UN and Gaza
28/12/2008 22:49 par juste-1980
16/12/2008 15:27:08 - Jeune Afrique
Le silence et la passivité des gouvernements arabes après l’élection de Barack Obama sont une nouvelle illustration de leur incapacité endémique à réagir vigoureusement et collectivement à un événement international majeur.
Une étonnante particularité de la scène politique internationale actuelle est l’incapacité des gouvernements arabes à réagir vigoureusement et collectivement à des développements majeurs, même quand il s’agit d’événements importants pour eux. Des personnalités arabes de premier plan interrogées pour cet article (mais qui souhaitent garder l’anonymat) confirment que l’incapacité endémique des pays arabes à agir de concert a entraîné une paralysie de la diplomatie arabe et, plus généralement, un discrédit de l’ensemble du système étatique arabe. Dernier exemple en date : la réunion de la Ligue arabe, le 26 novembre, au Caire. Organisée pour promouvoir la réconciliation entre l’Autorité palestinienne et le Hamas, elle ne semble pas avoir eu de résultat tangible.
Les relations interarabes ont longtemps été caractérisées par des rivalités et des querelles implacables, qui entravaient l’action collective. C’est d’autant plus regrettable que les Arabes doivent aujourd’hui faire entendre leur voix aussi bien à la nouvelle administration du président élu Barack Obama qu’à Israël, qui, à la veille des élections générales de février, est agité par un grand débat sur ses relations avec le monde arabe. Contrairement aux Arabes, les vingt-sept membres de l’Union européenne (UE) ont fait parvenir à Barack Obama un document où ils définissent leurs positions sur un certain nombre de dossiers. Ils souhaitent que les relations américano-européennes soient fondées sur le « multilatéralisme » ; qu’on s’occupe rapidement du conflit israélo-arabe, l’UE se proposant de jouer un rôle stabilisateur ; que les relations avec la Russie soient placées sous le signe du pragmatisme ; et qu’il soit admis qu’il ne peut pas y avoir de solution militaire au conflit avec les talibans en Afghanistan et au Pakistan.
Où est l’équivalent arabe d’un tel document ? Où est la réflexion sur les futures relations américano-arabes ? Comment les Arabes espèrent-ils être entendus s’ils ne s’expriment pas comme collectivité ? Leur silence a au moins deux conséquences importantes. D’abord, il a offert une possibilité à l’Iran et à la Turquie de combler le vide. Ensuite, il a poussé la « rue » à se radicaliser. Paradoxalement, plus les régimes arabes ont peur de l’attirance qu’exercent les idées extrémistes sur leurs populations, plus ils se mettent des œillères et se montrent répressifs, et moins ils se montrent capables de sauver leur réputation par une action collective hardie.
Le scandale de Gaza en est un exemple flagrant. Les pays arabes n’ont élevé aucune protestation collective contre la violation manifeste du droit international par Israël, aucune, en tout cas, qui ait été audible. Ils ne se sont pas servis de leur poids politique ou financier pour obliger la communauté internationale à mettre fin au siège. Aucune délégation de ministres arabes importants n’a fait le tour des capitales des cinq membres permanents du Conseil de sécurité pour exiger que l’État hébreu mette fin au châtiment collectif de 1,5 million de personnes.
Moubarak à bout de souffle
Un ou deux pays arabes ont bien tenté une action individuelle, mais sans résultat. Une organisation caritative islamique du Qatar se propose d’envoyer un bateau à Gaza, mais sans beaucoup d’espoir de franchir les barrages. Un bateau libyen, chargé de 3 000 tonnes de vivres, a été intercepté et obligé de faire demi-tour par la marine israélienne. Il est à quai dans le port égyptien d’Al-Arish. Mais l’Égypte – tenue par son traité de paix avec Israël, affaiblie par sa dépendance à l’égard de l’aide américaine, terrifiée par l’extrémisme des Frères musulmans, accablée par les difficultés internes et obsédée par le problème de la succession d’un président Hosni Moubarak à bout de souffle – semble totalement incapable du moindre geste qui puisse soulager la misère de Gaza à ses portes. Il y a une génération, la troïka composée de l’Égypte, de l’Arabie saoudite et de la Syrie avait un certain poids dans le monde. Aujourd’hui, l’Égypte est – politiquement au moins – l’ombre de ce qu’elle était, tandis que les relations entre l’Arabie saoudite et la Syrie sont polluées par l’alliance Damas-Téhéran.
Les exemples de l’incapacité arabe à agir sont légion. En novembre, pas moins de cinq cents anciens généraux, diplomates et responsables de la sécurité israéliens ont entamé une campagne pour « vendre » à leur opinion le Plan de paix arabe patronné par les Saoudiens et présenté au sommet de Beyrouth, en 2002. Ce plan propose à Israël la paix et des relations normales avec les vingt-deux pays de la Ligue arabe en échange de l’évacuation des territoires palestiniens et syriens annexés en 1967. Dans une publicité pleine page dans la presse israélienne, les cinq cents personnalités, réunies autour du général de réserve Danny Rothschild, invitaient leurs compatriotes à ne pas « laisser passer l’occasion historique que [leur] offre le monde arabe “modéré” ». Rothschild déclarait, le 27 novembre, au Financial Times : « L’opinion israélienne doit être encouragée à accepter la finalisation d’un accord sur les Palestiniens et les Syriens. »
Comment les dirigeants arabes ont-ils réagi à cette invitation israélienne à la paix sans précédent ? Lui ont-ils fait un accueil enthousiaste ? Ont-ils proposé un sommet commun pour préciser les détails du plan de paix ? Sont-ils vigoureusement intervenus auprès de la nouvelle administration américaine et de l’UE pour qu’elles soutiennent ce plan de paix ? Certes, le prince Turki al-Fayçal, ancien chef des services de renseignements saoudiens, a prêté son nom à un récent rapport d’un think-tank britannique, l’Oxford Research Group, pour appuyer le plan. Mais on est loin de l’action diplomatique collective voulue au plus haut niveau et largement médiatisée qu’exigeait l’occasion.
Israël a les mains libres
Le silence arabe est encore plus assourdissant quand on en vient aux menaces ouvertes lancées par Israël à la fois contre Gaza et contre le Liban. Il ne se passe guère un jour sans que le ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, ne menace de lancer une vaste opération militaire contre Gaza pour mettre fin aux tirs de roquettes contre Israël. Mais c’est l’État hébreu, pas le Hamas, qui a rompu la trêve, le 4 novembre, par une série d’incursions armées dans Gaza qui ont, à ce jour, tué plus d’une douzaine de Palestiniens. Comme d’habitude, Israël veut cogner et tuer sans subir de représailles. De même, d’importantes personnalités israéliennes n’hésitent pas à prédire une nouvelle guerre « inévitable » contre le Liban. Dans le numéro de novembre de Strategic Assessment, le trimestriel de l’Institut des études de sécurité nationale israélien, le général de réserve Giora Eiland, ancien conseiller à la sécurité nationale de Sharon et d’Olmert, affirme que la prochaine guerre « entraînera l’élimination de l’armée libanaise, la destruction des infrastructures nationales et de grandes souffrances dans la population ». Dans le même numéro, le général Yossi Kuperwasser, l’ancien chef des renseignements militaires, écrit que « s’abstenir d’agir [au Liban] permet aux organisations terroristes [comprendre le Hezbollah] de montrer leur force et d’afficher leurs possibilités… Ainsi n’y a-t-il finalement aucun moyen d’éviter une opération terrestre à grande échelle ».
Pourquoi les pays arabes n’ont-ils pas publiquement dénoncé ce bellicisme irresponsable ? Il est facile d’imaginer l’indignation d’Israël et le tollé international qui suivrait si une personnalité arabe ou un journal iranien parlait de « l’inévitabilité » d’une guerre ayant pour objectif de détruire les infrastructures nationales israéliennes et d’infliger de grandes souffrances à sa population. Rarement la nécessité pour les Arabes de faire entendre leur voix collective aura été aussi impérieuse, surtout si l’on veut épargner à la région un autre conflit dévastateur.
L’armée israélienne a attaqué Gaza cette nuit avec des moyens militaires énormes. Le premier bilan fait état de 150 morts, civils pour la plupart. Ce massacre était annoncé, envisagé et commenté ces derniers jours dans la presse israélienne, après la fin de la trêve respectée par le Hamas et rompue sans arrêt par l’armée israélienne. Ce crime a été rendu possible par l’impunité totale accordée à Israël depuis bientôt 9 ans et le soutien actif dont il bénéficie au sein de l’Union Européenne. Il est le résultat direct du « rehaussement de la coopération avec l’UE » imposée par la présidence française contre le vote de report du Parlement Européen.
Depuis maintenant des années, la bande de Gaza subit, avec le soutien complice de l’Union Européenne un siège criminel qui viole délibérément toutes les lois internationales : un million et demi de civils sont prisonniers de l’armée israélienne et privés de tout : de nourriture, de carburant, d’électricité, de médicaments, de matériel scolaire … Moins d’un dixième des camions nécessaires au ravitaillement normal de la population parviennent à passer. L’aéroport et le port ont été détruits avant même d’avoir jamais pu fonctionner. Il est interdit de pêcher. Seuls quelques bateaux affrétés par des militants ont pu forcer le blocus. La population subit une « punition » collective impitoyable pour avoir « mal » voté. La communauté internationale laisse faire, voire encourage ce siège. L’occupant a expulsé Robert Falk, le rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme de l’ONU.
Il n’y a aucun statu quo possible, aucune perpétuation envisageable de ce siège impitoyable et criminel. Tout peuple assiégé a le droit de résister à l’oppression.
Aucune symétrie ne peut être établie avec les quelques missiles qui sont tombées sur des villes israéliennes. Il n’y aura pas de sécurité pour les Israéliens sans sécurité pour la population de Gaza. Les politiques européenne et américaine depuis Annapolis, en évitant d’affronter la réalité de l’occupation, aboutissent à l’impasse attendue dont encore une fois le peuple palestinien paie tout le prix.
L’Union Juive Française pour la Paix dénonce le crime qui se déroule contre la population de Gaza. Elle appelle à manifester partout contre cette nouvelle agression. L’UJFP exige une réaction immédiate du gouvernement français, de la Communauté Européenne et de l’ONU pour faire cesser l’agression et pour mettre un terme au blocus de Gaza.
Communiqué du Bureau National De l’Union Juive Française pour la Paix
140 morts après la première heure de l’attaque criminelle israélienne sur la population civile de Gaza [1]. « Ce n’est que le commencement » ont dit des hauts responsables israéliens, se promettant de continuer les bombardements de la ville la plus peuplée au mètre carré du monde !
Nous étions une douzaine de militants Palestiniens et Israéliens assis au siège de l’AIC à Beit Sahour (Cisjordanie), discutant de la crise des partis laïcs palestiniens quand nous avons appris les nouvelles. Après quelques minutes de vrai choc, nous sommes partis chacun vers nos tâches dans une telle situation d’urgence : Ahmad J. a contacté ses amis de Gaza pour avoir les dernières infos, Connie et John sont allés au bureau de Jérusalem pour envoyer un appel à agir du mouvement social international, Sergio et Guila ont contacté les médias étrangers, Ahmad A. est allé à une réunion urgente les mouvements populaires de la zone de Bethléem, Nassar a appelé des factions politiques palestiniennes à une rencontre nationale d’urgence, et en revenant à Jérusalem, j’ai contacté les forces progressistes pour organiser pour cette soirée une protestation en commun des forces israéliennes progressistes devant la maison du Premier Ministre, mais la Coalition des Femmes pour la Paix avait déjà pris l’initiative : On se retrouvera à Tel Aviv à 18 heures.
Après avoir organisé le transport de manifestants potentiels venant de Jérusalem, il me reste deux heures avant de partir pour Tel Aviv. Je les emploie pour vous appeler, amis et camarades du mouvement social et international de solidarité avec le peuple palestinien, à répondre immédiatement à ce nouveau crime de guerre commis par mon gouvernement et mon armée : Plus que jamais, le peuple palestinien a besoin de votre mobilisation, de votre solidarité et de vos efforts. Plus que jamais vous devez faire pression sur vos gouvernements pour imposer des sanctions sur Israël et pour qu’il soit clair qu’un Etat qui viole les règles les plus élémentaires de la loi internationale doit être mis à l’écart de la communauté des nations civilisées.
L’Etat d’Israël doit être suspendu des institutions internationales, tant que Gaza sera assiégé et que l’aviation et l’artillerie israélienne continueront à massacrer sa population !
Les dirigeants politiques et militaires israéliens doivent être traînés en jugement dans un tribunal international pour crimes de guerre ! Suivons l’exemple de nos camarades britanniques, et disons clairement que où que Barak, Ashkenazi, Olmert ou Livni veuillent aller, ils seront accueillis par une inculpation pour les crimes de guerre qu’ils ont commis dans les territoires palestiniens occupés !
Pas d’impunité pour les criminels de guerre israéliens !
association france palastine solidarité
-http://www.france-palestine.org-