Ismaïl Haniyeh affirme que Gaza ne cédera pas

28/12/2008 13:01 par juste-1980

GAZA - Dans un message adressé aux Palestiniens, le chef du gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza affirme que l'enclave ne cédera jamais à Israël, quelle que soit la force employée contre le territoire.

Dans un message adressé aux Palestiniens, le chef du gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza, Ismaïl Haniyeh, affirme que l'enclave ne cédera jamais à Israël, quelle que soit la force employée contre le territoire. (Reuters/Ismail Zaydah)

 

Dans un message adressé aux Palestiniens, le chef du gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza, Ismaïl Haniyeh, affirme que l'enclave ne cédera jamais à Israël, quelle que soit la force employée contre le territoire. (Reuters/Ismail Zaydah)

"Nous ne quitterons pas notre terre, nous ne brandirons pas de drapeaux blancs et nous ne nous agenouillerons que devant Dieu", écrit Ismaïl Haniyeh dans cette lettre aux Palestiniens publiée par un site internet pro-Hamas. Des bombardements israéliens ont fait 205 morts samedi à Gaza.

"Il y a du sang partout, il y a des blessés et des martyrs dans chaque maison et dans chaque rue. Gaza est aujourd'hui décorée de sang (...) Il y aura peut-être d'autres martyrs et d'autres blessés, mais Gaza ne sera jamais brisée et ne se rendra jamais", ajoute Haniyeh.

Version française Philippe Bas-Rabérin

Les ténèbres de Gaza

27/12/2008 19:19 par juste-1980

  • Les ténèbres de Gaza

    Les ténèbres de Gaza

    27/12/2008 19:19 par juste-1980

 

Par Gideon Levy
Haaretz, 3 septembre 2006
article original : "Gaza's darkness"

Gaza a été réoccupée. Le monde doit le savoir et les Israéliens aussi doivent le savoir. Gaza se trouve dans la pire des situations de son histoire. Depuis la capture de Gilad Shalit et plus encore depuis le déclenchement de la guerre au Liban, les Forces de Défense d'Israël [FDI] saccagent tout dans Gaza - il n'y a aucun autre mot pour le décrire - tuent, démolissent, bombardent et pilonnent, sans discrimination.

Personne ne pense à mettre en place une commission d'enquête, la question n'est même pas à l'ordre du jour. Personne ne demande pourquoi cela a lieu et qui l'a ordonné. Mais, sous le couvert des ténèbres la guerre au Liban, les FDI sont retournées à leurs vieilles pratiques à Gaza comme s'il n'y avait jamais eu aucun désengagement. Par conséquent, cela doit être dit sans détours : le désengagement est mort. À part les implantations qui sont toujours un tas de gravats, il ne reste rien du désengagement et de ses promesses. Combien tout ce blabla sublime et absurde au sujet de "la fin de l'occupation" et "de la partition de la terre" apparaît à présent méprisable ! Gaza est occupée et avec une plus grande brutalité qu'avant. Le fait que ce soit plus pratique pour l'occupant de la contrôler de l'extérieur n'a rien à voir avec les conditions de vie intolérables de l'occupé.

Ces derniers temps, dans de grandes parties de Gaza, il n'y plus aucune électricité. Israël a bombardé la seule station d'électricité de Gaza et plus de la moitié de la fourniture d'électricité sera coupée pendant encore au moins un an. Il n'y a pratiquement pas d'eau. Puisqu'il n'y a plus d'électricité, approvisionner les habitations en eau est pratiquement impossible. Gaza est plus sale et plus nauséabonde que jamais : À cause de l'embargo qu'Israël et le monde ont imposé sur l'autorité élue, aucuns salaires n'ont été payés et les nettoyeurs de rue ont été en grève pendant les dernières semaines. Des piles de détritus et des nuages de puanteur étranglent la bande côtière, la faisant ressembler à Calcutta.

Plus que jamais, Gaza est aussi comme une prison. Le passage d'Erez est vide, le passage de Karni n'a été ouvert que quelques jours ces derniers mois et la même chose est vraie pour le passage de Rafah. Quelques 15.000 personnes ont attendu pendant deux mois pour entrer en Egypte, certains attendent toujours, y compris un grand nombre de personnes malades et blessées. 5.000 autres personnes attendaient de l'autre côté pour retourner dans leurs foyers. Certains sont morts pendant l'attente. Il faut voir les scènes à Rafah pour comprendre à quel point cette tragédie humaine qui se déroule est profonde. Un passage qui n'était pas censé avoir une présence israélienne continue d'être un moyen pour Israël de faire pression sur 1,5 millions d'habitants. C'est une punition collective scandaleuse et choquante. Les Etats-Unis et l'Europe, qui font la police au passage de Rafah, sont aussi responsables de cette situation. Gaza est aussi plus pauvre et plus affamée qu'elle ne l'a jamais été. Il n'y a pratiquement aucune marchandise qui entre ou qui sort. Pêcher est interdit. Les dizaines de milliers de fonctionnaires de l'AP ne reçoivent plus aucun salaire et la possibilité de travailler en Israël est hors de question.

Et nous n'avons pas encore parlé de la mort, de la destruction et de l'horreur. Ces deux derniers mois, Israël a tué 224 Palestiniens, dont 62 enfants et 25 femmes. Israël a bombardé et assassiné, détruit et pilonné, et personne ne l'a arrêté. Aucune cellule de lanceurs de Qassam et aucun tunnel de contrebande ne peut justifier une tuerie à si grande échelle. Il n'y a pas un seul jour sans morts, la plupart des civils palestiniens innocents.

Où sont passés les jours où il y avait encore un débat en Israël sur les assassinats ? Aujourd'hui, Israël largue d'innombrables missiles, obus et bombes sur les maisons et tue des familles entières, en route vers un autre assassinat. Les hôpitaux croulent sous les plus de 900 personnes qui doivent subir des interventions. À l'hôpital de Shifa, le seul équipement de Gaza que l'on peut encore appeler un hôpital, j'ai vu des scènes déchirantes, la semaine dernière. Des enfants démembrés, sous respirateur, paralysés, infirmes pour le reste de leurs vies.

Des familles ont été tuées dans leur sommeil ou pendant qu'elles se déplaçaient à dos d'ânes ou qu'elles travaillaient dans les champs. Des enfants effrayés, traumatisés par ce qu'ils ont vu, recroquevillés chez eux avec une horreur dans leurs yeux qu'il est difficile de décrire avec des mots. Un journaliste espagnol qui a passé récemment du temps à Gaza, un vieux routier des zones de guerre et de désastres dans le monde entier, a dit qu'il n'avait jamais été exposé à des scènes aussi horribles que celles qu'il a vues et qu'il a décrites pendant ces deux derniers mois.

Il est difficile de déterminer qui a décidé tout cela. On peut douter que les ministres aient conscience de la réalité à Gaza. Ils en sont responsables, à commencer avec la mauvaise décision sur l'embargo, jusqu'aux bombardements des ponts de Gaza et de la centrale électrique et les assassinats de masse. Aujourd'hui, Israël est responsable une nouvelle fois de tout ce qui arrive à Gaza.

Les événements de Gaza exposent la grande fraude de Kadima : Il est arrivé au pouvoir en profitant du succès visible du désengagement, qui est maintenant de l'histoire ancienne. Et il a promis la convergence, une promesse que le Premier ministre a déjà annulée. Ceux qui pensent que Kadima est un parti centriste devraient désormais savoir qu'il n'est rien d'autre qu'un parti d'occupation de droite. La même chose est vraie pour le parti travailliste. Le ministre de la défense, Amir Peretz n'est pas moins responsable de ce qui se passe à Gaza que le Premier ministre et ses mains sont aussi pleines de sang que celles d'Olmert. Il ne peut plus jamais se présenter comme un "homme de paix". Les invasions terrestres toutes les semaines, à chaque fois à des endroits différents, les opérations d'assassinat et de destruction par voie maritime, aérienne et terrestre sont toutes affublées de noms qui tentent d'effacer la réalité, comme "Pluies d'Eté" ou "Jardin d'enfants verrouillé". Aucun prétexte au nom de la sécurité ne peut expliquer ce cycle de folie et aucun argument civique ne peut excuser le silence scandaleux de nous tous. Gilad Shalit ne sera pas libéré et les Qassams ne s'arrêteront pas. Au contraire, il y a une horreur qui se déroule à Gaza et, pendant que cela pourrait empêcher quelques attaques terroristes à court terme, cela va sûrement donner naissance à beaucoup plus de terrorisme meurtrier. Israël dira alors avec son autosatisfaction coutumière : "Mais nous leur avons rendu Gaza".

Traduit de l'anglais par [JFG-QuestionsCritiques]

Gaza se meurt

27/12/2008 19:17 par juste-1980

  • Gaza se meurt

    Gaza se meurt

    27/12/2008 19:17 par juste-1980

Par Patrick Cockburn à Gaza

CounterPunch et Independent, le 8 septembre 2006

"Gaza est une prison. Personne n'a le droit de partir.
À présent, nous sommes tous affamés"

 


Gaza se meurt. Le siège de l'enclave palestinienne par Israël est tellement rigoureux que son peuple est au bord de la famine. Ici, sur les rives de la Méditerranée, se déroule une grande tragédie que le monde ignore, parce que son attention a été détournée par les guerres au Liban et en Irak.

Une société tout entière est en cours de destruction. Dans cette zone la plus dense du monde, 1,5 millions de Palestiniens y sont emprisonnés. Israël [seul débouché direct pour les marchandises] a cessé tout commerce [avec Gaza]. Israël a même interdit aux pêcheurs d'aller un peu au large ; alors, ces derniers barbotent dans les vagues pour essayer en vain d'attraper du poisson avec des filets lancés à la main.

Beaucoup de gens se font tuer lors des incursions israéliennes, terrestres et aériennes, qui ont lieu chaque jour. Le Dr Jouma al-Saqa, directeur de l'hôpital al-Shifa à Gaza (qui va bientôt se retrouver à cours de médicaments), m'explique que depuis le 25 juin, ce sont 262 personnes qui ont été tuées et 1.200 qui ont été blessées. Parmi ces dernières, 60 ont dû être amputées des bras ou des jambes. Parmi les victimes on compte 64 enfants et 26 femmes. Le conflit sanglant qui se déroule à Gaza n'a reçu, jusqu'à présent, qu'une [toute petite] fraction de l'attention accordée par les médias à la guerre au Liban.

Le 25 juin, des militants palestiniens, utilisant un tunnel pour sortir de la Bande de Gaza, ont tué deux soldats israéliens et capturé un troisième (Gilad Shalit). À la suite de quoi, écrit Gideon Levy [1] dans le quotidien Haaretz, les Forces de Défense d'Israël "saccagent tout dans Gaza - il n'y a aucun autre mot pour le décrire - tuent, démolissent, bombardent et pilonnent, sans discrimination". En gros, Gaza a été réoccupée, puisque les soldats et les chars israéliens vont et viennent comme ils veulent. La semaine dernière, dans le district de Shajhayeh, au nord, ils ont investi plusieurs maison et y sont restés cinq jours. Le temps qu'ils se retirent, 22 Palestiniens avaient été tués, trois maisons avaient été détruites et les oliveraies, les vergers de citronniers et d'amandiers avaient été rasés par les bulldozers [israéliens].

Voici ce que Fouad al-Touba, un fermier de 61 ans qui y possédait une ferme, a déclaré : "Ils ont même détruit 22 de mes ruches et tué quatre moutons". Il me montre un champ avec tristesse, sa propre terre brune sablonneuse, labourée par les sillons des bulldozers, où les souches des arbres et les branches cassées aux feuilles fanées forment des tas. À proximité, une voiture jaune est dressée sur le nez au milieu d'un tas de blocs de béton. Ce sont les restes d'une petite maison.

Son fils, Baher al-Touba, décrit comment des soldats israéliens l'avaient confiné dans une pièce de sa maison pendant cinq jours avec des membres de sa famille. Ils ont survécu en buvant l'eau d'un aquarium. "Les snipers ont pris position aux fenêtres et ont tiré sur tous ceux qui s'approchaient", raconte-t-il. "Ils ont tué l'un de mes voisins, Fathi Abou Goumbouz qui avait 56 ans. Il était juste sorti pour aller chercher de l'eau".

Parfois, l'armée israélienne prévient avant de détruite une maison. Le son que redoutent le plus les Palestiniens est cette voix inconnue sur leur téléphone cellulaire qui leur signifie qu'ils ont une demi-heure pour quitter leur maison avant qu'elle ne soit touchée par des bombes ou des missiles. On ne peut jamais faire appel.

Mais ce ne sont pas que les incursions israéliennes qui détruisent Gaza et son peuple. Dans la prose d'une rare élégance d'un rapport de la Banque Mondiale, publié le mois dernier, la Cisjordanie et Gaza font face à "une année de récession économique sans précédent. Les revenus réels pourraient se contracter d'au moins un tiers en 2006 et la pauvreté affecter les deux-tiers de la population". Dans ce cas, pauvreté signifie un revenu par habitant de moins de 2 dollars (1,57 €) par jour.

Le désespoir se voit partout. La criminalité augmente. Les gens font n'importe quoi pour nourrir leurs familles. Les soldats israéliens, à la recherche de tunnels, sont entrés dans la zone industrielle de Gaza et y ont éjecté la police palestinienne. Un jour de cette semaine, trois charrettes tirées par des ânes emportaient de la ferraille tordue - les restes des usines qui employaient autrefois des milliers de personnes.

"Pour nous, c'est la pire année depuis 1948 [lorsque les réfugiés palestiniens se sont déversés pour la première fois à Gaza]", dit le Dr Maged Abou-Ramadan, un ancien ophtalmo qui est le maire de la ville de Gaza. "Gaza est une prison. Ni les gens, ni les marchandises ne sont autorisés à sortir. Les gens sont déjà affamés. Ils essayent de survivre avec du pain et des falafels et quelques tomates et concombres qu'ils cultivent eux-mêmes".

Les quelques jours pendant lesquels les Gazéens pouvaient gagner un peu d'argent ont disparu. Le Dr Abou-Ramadan dit que les Israéliens "ont détruit 70% de nos orangeraies afin de créer des zones de sécurité". Les œillets et les fraises, deux des principales exportations de Gaza, ont été jetés ou ont pourri sur pieds. Une frappe aérienne israélienne a détruit la centrale électrique et 55% de l'énergie est perdue. La fourniture d'électricité est à présent devenue aussi intermittente qu'à Bagdad.

L'attaque israélienne qui dure depuis deux mois a frappé une société déjà touchée par le retrait des subventions européennes après l'élection du Hamas, qui a formé un gouvernement en mars. Israël retient les taxes payées sur les biens entrant à Gaza. Sous la pression étasunienne, les banques arabes à l'étranger ne transfèreront pas de fonds au gouvernement.

Les deux-tiers de la population sont au chômage et le tiers restant qui travaille surtout pour l'Etat n'est pas payé. Gaza est désormais, de loin, la région la plus pauvre de la Méditerranée. Le revenu annuel par habitant est de 700 dollars (550 €), à comparer aux 20.000 dollars (16.600 €) en Israël. Les conditions sont bien pires qu'au Liban, où le Hezbollah indemnise de façon libérale les victimes de la guerre pour la perte de leur maison. Comme si Gaza n'avait pas assez de problèmes cette semaine, la grève et les manifestations des soldats, des policiers et des personnels de sécurité sont venus compléter le tableau. Ces manifestations étaient organisées par le Fatah, le mouvement du président palestinien, Mahmoud Abbas (Abou Mazen), qui a perdu les élections contre le Hamas en janvier dernier. Ses militants ont manifesté dans les rues en brandissant en l'air leurs kalachnikovs. "Abou Mazen, tu es courageux", scandaient-ils. "Sauve-nous du désastre !". Des hommes en armes du Hamas, à l'air revêche, adoptaient un profil bas pendant la manifestation mais les deux camps ne sont pas loin d'en découdre dans la rue.

Le siège israélien et le boycott européen sont des punitions collectives infligées aux Gazéens. Cela ne risque pas de dissuader les hommes en armes. Un jeune homme robuste, Ala Hejaïri, occupe un lit de l'hôpital Shifa. Il porte des blessures au cou, aux jambes, à la poitrine et au ventre. "Je déposais une mine antichars à Shajhayeh, la semaine dernière, lorsque j'ai été touché par le tir d'un drone israélien", dit-il. "Je retournerai dans la résistance lorsque j'irai mieux. Pourquoi devrais-je être inquiet ? Si je meurs, je mourrai en martyr et j'irai au Paradis".

Son père, Adel, a dit qu'il était fier de ce que son fils avait fait, ajoutant que trois de ses neveux étaient déjà des martyrs. Il a soutenu le gouvernement du Hamas : "Les pays arabes et occidentaux veulent détruire ce gouvernement parce que c'est le gouvernement de la résistance".

Tandis que l'économie s'effondre, ils seront nombreux, les jeunes hommes de Gaza, à se porter volontaires pour prendre la place de Hejaïri. Non entraînés et mal armés, ils se feront tuer, pour la plupart. Mais la destruction en cours de Gaza assurera qu'aucune paix ne sera possible au Proche-Orient pour les générations à venir.

Le décompte des morts

· À la suite de la capture par les Palestiniens, le 25 juin, du caporal Gilad Shalit, Israël a lancé une offensive massive et instauré le blocus de Gaza avec l'opération "Pluies d'Eté".

· Cela fait 74 jours que les 1,3 millions d'habitants de la Bande de Gaza, dont 33% vivent dans des camps de réfugiés, sont attaqués. · Depuis le 25 juin, plus de 260 Palestiniens - dont 64 enfants et 26 femmes - ont été tués. Un mort sur cinq est un enfant. Un soldat israélien a été tué et 26 d'entre eux ont été blessés.

· 1.200 Palestiniens ont été blessés, dont jusqu'à 60 ont dû être amputés. Un tiers des victimes conduites à l'hôpital sont des enfants. · Les avions de guerre israéliens ont lancé plus de 250 raids sur Gaza, touchant les deux centrales électriques et les ministères des affaires étrangères et de l'information.

· Au moins 120 structures palestiniennes, dont des maisons, des ateliers et des serres, ont été détruites par les Israéliens et 160 autres ont été sérieusement endommagées.

· L'Onu a critiqué le bombardement par Israël, qui a causé 1,8 Mds (estimation) de dollars [1,4 Mds d'euro] de dommages au réseau électrique et laissant plus d'un million de personnes sans accès régulier à l'eau potable.

· Le groupe israélien des droits de l'homme, B'Tselem, déclare que 76 Palestiniens, dont 19 enfants, ont été tués par les Forces israéliennes au seul mois d'août. Des preuves montrent qu'au moins 53% des victimes ne participaient pas aux hostilités.

· Lors de la dernière éruption de violence, hier, trois Palestiniens ont été tués, lorsque les soldats israéliens ont attaqué une ville de Cisjordanie pour mettre la main sur des militants recherchés.

Traduit de l'anglais par Jean-François Goulon

Près de 200 morts à Gaza après les raids israéliens

27/12/2008 19:08 par juste-1980

  • Près de 200 morts à Gaza après les raids israéliens

    Près de 200 morts à Gaza après les raids israéliens

    27/12/2008 19:08 par juste-1980

 

Par Reuters, publié le 27/12/2008 17:07 - mis à jour le 27/12/2008 17:20

Israël a déclenché ce samedi une attaque massive contre le Hamas dans la bande de Gaza. Bilan: près de 200 morts. Il s'agit de la journée la plus meurtrière depuis vingt ans. Le mouvement islamiste a riposté par des tirs de roquettes. Une Israélienne a été tuée.

Un bâtiment appartenant aux forces de sécurité du Hamas détruit par un missile israélien, à Gaza. Les raids israéliens menés samedi dans la bande de Gaza ont fait 195 morts, selon des responsables des services médiacaux de Gaza. (Reuters/Ibraheem Abu Mustafa)

 

Un bâtiment appartenant aux forces de sécurité du Hamas détruit par un missile israélien, à Gaza. Les raids israéliens menés samedi dans la bande de Gaza ont fait 195 morts, selon des responsables des services médiacaux de Gaza. (Reuters/Ibraheem Abu Mustafa)

Des avions de combat et hélicoptères d'assaut israéliens ont mené une large offensive sur la bande de Gaza aux mains du Hamas, faisant 195 morts au cours de la journée la plus meurtrière en vingt ans côté palestinien.

Les activistes de la bande de Gaza ont rapidement riposté par des tirs de roquettes, qui ont tué un Israélien dans le sud du pays et en ont blessé plusieurs autres.

Les Etats-Unis ont appelé le Hamas à mettre fin aux tirs de roquettes et Israël à éviter de faire des victimes parmi la population civile. Washington n'a toutefois pas appelé à la fin des frappes aériennes.

Les associations humanitaires ont dit craindre une aggravation de la situation humanitaire dans le territoire côtier où vivent 1,5 million de Palestiniens, dont la moitié dépendent de l'aide alimentaire.

Une épaisse fumée noire s'élevait au-dessus de la ville de Gaza, où de nombreux morts et blessés gisaient dans les rues après le tir d'une trentaine de missiles et la destruction de plusieurs bâtiments des forces de sécurité du Hamas, dont deux où se déroulaient des cérémonies de remise des diplômes des nouvelles recrues de la police.

Les morgues de la ville étaient saturées.

Le parti islamiste, au pouvoir à Gaza, a annoncé qu'une centaine de membres de ses forces de sécurité avaient péri, dont le chef de la police Taoufik Djabber, ainsi que le chef de l'unité de sécurité et de protection du Hamas.

Au moins quinze femmes, plus des enfants, sont également morts, a annoncé le Hamas, qui a de plus rapporté la destruction de l'ensemble de ses bâtiments de sécurité dans la bande de Gaza.

BOMBARDEMENTS PRÈS DE LA FRONTIÈRE ÉGYPTIENNE

La télévision a montré, aux abords des décombres du quartier général de la police, des images de cadavres vêtus d'uniformes tandis que des blessés se tordaient de douleur. Des sauveteurs emmenaient les blessés vers des véhicules ou tentaient de ranimer des victimes inconscientes.

Plusieurs sauveteurs se frappaient la tête en criant "Dieu est grand", tandis qu'un blessé récitait des versets du Coran.

Le palais présidentiel de Gaza a également été bombardé. le bâtiment avait été saisi par le Hamas en juin 2007 après la mise en déroute des forces de sécurité du Fatah de Mahmoud Abbas.

Des témoins ont de plus signalé des bombardements israéliens dans le sud de la bande de Gaza, près de la frontière égyptienne. Des centaines de tunnels traversent cette frontière et permettent l'approvisionnement de l'enclave soumise à un blocus israélien.

L'armée israélienne a indiqué avoir ciblé "l'infrastructure terroriste" après plusieurs jours de tirs de roquettes de Gaza vers le sud d'Israël, lesquels ont causé quelques dégâts matériels mais peu de blessures.

Tsahal a assuré que d'autres frappes seraient menées si nécessaires, et qu'elles pourraient viser les dirigeants du Hamas.

Le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, a prévenu que l'opération à Gaza serait de longue durée. "Ce ne sera pas facile et ce ne sera pas court. Il y a un temps pour le calme et un temps pour le combat, et maintenant le moment est venu de combattre."

MANIFESTATIONS EN CISJORDANIE

De son côté, le parti islamiste a fait voeu de déchaîner "l'enfer" pour venger les morts, et menacé d'éventuels attentats suicide en territoire israélien.

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a qualifié l'attaque israélienne de "criminelle" et appelé la communauté internationale à agir.

De nombreux Palestiniens se sont rassemblés pour manifester à Jérusalem-Est, Ramallah et Hébron. Des échauffourées les ont opposés à l'armée israélienne.

Le représentant diplomatique de l'Union européenne, Javier Solana, a appelé à un cessez-le-feu immédiat et appelé "toutes les parties à faire preuve de la plus extrême retenue".

L'Egypte a également condamné le raid israélien et assuré qu'elle tenterait de ramener la trêve entre Israël et Gaza. Les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe doivent tenir une réunion d'urgence dimanche ou lundi au Caire afin de définir une position commune.

L'attaque israélienne fait suite à la décision du conseil de sécurité du Premier ministre Ehud Olmert d'intensifier les représailles contre les tirs de roquettes palestiniens.

Une trêve de six mois entre les activistes de Gaza et Israël a pris fin la semaine dernière et une douzaine de roquettes et d'obus de mortiers ont été tirés vendredi en direction du sud de l'Etat juif.

Le porte-parole de la branche armée du Hamas, Abou Oubaïda, a assuré que le groupe "donnerait à l'ennemi une leçon qu'il n'oubliera jamais".

Dans une interview à la chaîne Al Arabiya, très regardée à Gaza, Olmert a quant à lui sommé le Hamas de faire cesser les tirs de roquettes, affirmant qu'il n'hésiterait pas à "utiliser la puissance d'Israël".

A l'approche des élections législatives anticipées du 10 février, les dirigeants israéliens étaient pressés d'agir par une opinion publique excédée par les tirs de roquettes.

Après l'opération lancée dans le Sud-Liban en 2006 et largement considérée comme un échec, l'idée d'une intervention militaire à Gaza est devenue un enjeu crucial, qui pourrait bouleverser l'issue du prochain scrutin.

Avec Dan Williams à Jérusalem, Peter Millership à Londres et Tabassum Zakaria à Washington, version française Gregory Schwartz

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les Forces armées royales

25/12/2008 22:18 par juste-1980

  • les Forces armées royales

    les Forces armées royales

    25/12/2008 22:18 par juste-1980

Par Samir Achehbar

Enquête sur les Forces armées royales

 
(DR)

Vendredi 21 novembre 2008. Siège du Parlement. Salaheddine Mezouar, ministre de l’Economie et des Finances, a fait le déplacement à l’hémicycle pour son grand oral, devant les caméras des deux chaînes étatiques, venues immortaliser le moment.


Cette après-midi, l’argentier du royaume est là pour présenter aux députés de la première chambre la nouvelle Loi de Finances 2009, concluant plusieurs semaines de négociations entre le gouvernement et
les commissions parlementaires. Les cadors des partis ont répondu présent à l’invitation : Fouad Ali El Himma est de la fête, Ahmed Zaïdi, président du groupe socialiste à la Chambre des représentants, aussi, sans oublier Mustapha Ramid, président du groupe du PJD, toujours aussi assidu. Après un long discours de présentation du “ministre de l’argent”, les votes commencent. Les négociations de dernière minute aussi. Ce n’est que tard, très tard, dans la soirée, que le président de la séance annonce le résultat des suffrages. Le projet de loi de la future Loi de Finances passe (presque) comme une lettre à la poste. Le texte, qui comprend en tout et pour tout 50 articles, a été adopté à la majorité (63 voix pour et 30 contre) par la Chambre des représentants.

Jusque-là, rien de bien anormal. Sauf que le diable se cache dans les détails. Dans la nouvelle Loi de Finances, le royaume a consacré une enveloppe de 34, 526 milliards de dirhams consacré à la Défense, soit environ 15% du budget de l’Etat. Du jamais vu dans les annales du Parlement. C’est que, depuis son accession au trône en 1999, le roi Mohammed VI a gâté son armée : son budget a été doublé rien que sur les deux dernières Lois de Finances, celles de 2008 et 2009. Il y a encore quatre ans, ce budget ne dépassait guère les 12 milliards de dirhams. Le Maroc s’est-il lancé dans une course à l’armement ? Quelle raison aurait-il de le faire ? S’agit-il de maintenir la “parité militaire” avec le voisin algérien ? De faire face à la montée du terrorisme ?

Le coup de gueule royal
Août 2001, palais royal de Rabat. Mohammed VI, chef suprême des armées, réunit pour la première fois depuis son intronisation l’état-major des Forces armées royales (FAR). Pour leur baptême du feu, les généraux ainsi conviés ont droit à un cours magistral, donné par le roi himself : “Le roi a présenté à l’assistance un exposé détaillé sur l’état de santé de l’armée marocaine, s’attardant essentiellement sur ses faiblesses”, nous rapporte une source bien informée. Si le roi n’a pas mâché ses mots, c’est qu’il sait de quoi il parle. Il est loin d’être un novice en la matière. Du temps de son père, il a été le coordonnateur des FAR. Un poste stratégique qui lui a permis de se frotter de près à la réalité de ses troupes. La réalité en question : une armée vieillotte, des soldats mal formés, un matériel obsolète… C’est ce qu’on dit dans les chaumières, c’est un peu vrai, de plus en plus, sur le terrain. “Mohammed VI a dit ce jour-là ce qu’il n’a jamais pu dire lorsqu’il était prince héritier, c’était en quelque sorte l’heure de vérité, le moment de remettre les pendules à l’heure”, ajoute notre source. Mais le souverain ne s’est pas arrêté en si bon chemin.

Il a surpris ses “lieutenants” en leur dressant un topo très pointu sur les voisins : l’armée algérienne. La source de Mohammed VI ? Un gros rapport du Pentagone fourni gracieusement par l’allié américain. Le document révèle dans le moindre détail l’armement dont disposent les troupes de Abdelaziz Bouteflika, ses acquisitions des deux années précédentes (officielles ou non), ses mouvements sur le terrain… Réaction de l’assistance, médusée devant le speech technique du roi : “Tout le monde était gêné devant tant de précisions. Surtout les responsables de la DGED (renseignements extérieurs, aujourd’hui civils, longtemps assimilés à l’appareil militaire) et des renseignements militaires qui n’avaient jamais entendu parler de ce rapport”, nous confie ce haut gradé. Avant de donner congé à ses invités, Mohammed VI leur fait part de ses conclusions, sur le mode impératif : il faut développer et moderniser l’armée marocaine. Ce qui passe, entre autres, par un dopage de son budget.

Les FAR font leur marché
Mohammed VI ne s’est pas contenté d’appeler à la mise à niveau et à l’augmentation du budget de ses troupes. Le chef d’état-major des FAR a également fixé les priorités de la grande muette. Il a tenu avant tout à “muscler” l’armée de l’air. Après de longues négociations qui ont fait couler beaucoup d’encre, le Maroc a lancé durant l’été 2008 une commande de 24 avions de chasse F-16 de dernière génération au constructeur américain Lockheed Martin, livrables à partir de 2011. Petite entorse à la règle, telle que nous l’a rapportée ce militaire de haut rang : “Les Américains nous ont déjà livré un exemplaire de ces F-16, qui se trouve actuellement à la base aérienne de Kénitra. C’est une petite faveur, le but étant de nous familiariser avec ce nouveau type d’appareil”. Coût de la transaction globale : 2,3 milliards de dollars, dont 80% devraient être financés par l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis. “Mais attention, ajoute notre source, des radars, un simulateur et des pièces de rechanges sont également compris, en plus des F-16, dans la facture globale de cette opération”.

La Marine royale a eu, elle aussi, droit à la bienveillance de son officier en chef. Equipée seulement de quelques modestes patrouilleurs avant l’arrivée de Mohammed VI sur le trône, la “Navy” marocaine peut aujourd’hui se targuer de posséder trois frégates, dont trois achetées à un consortium franco-italien, et quatre corvettes acquises en Espagne et aux Pays-Bas. En avril dernier, le Premier ministre français en personne, François Fillon, annonçait la conclusion d’un contrat entre Rabat et Paris pour l’acquisition d’une frégate multi missions (FREMM) d’un montant de 500 millions d’euros.

Pour accueillir tous ces nouveaux joujoux, Mohammed VI a annoncé le 24 mars dernier à Ksar Sghir, dans le nord du royaume, le lancement des travaux de la première base navale à usage strictement militaire du pays. D’un coût estimé à 1,39 milliard de dirhams, celui qui deviendra le plus important port militaire du Maroc ouvrira ses portes en 2010. “Aujourd’hui, explique cet expert en géostratégie, nous avons une marine digne de ce nom, qui se permet même de prendre part à des manœuvres internationales”. Pour ce qui est de l’armée de terre, l’essentiel a été avant tout de remettre sur pied le matériel existant. “Une bonne partie des tanks et des véhicules subissent les dégâts du temps (rouille). Tout ce matériel nécessite donc un entretien permanent, forcément coûteux”, explique notre expert, qui rappelle que le royaume a, entre autres, acquis dans la foulée “missiles, radars et divers systèmes de détection”.

Le rêve d’une unité de production d’armes
C’est clair, l’ambition (militaire), Mohammed VI n’en manque pas. Il voit même grand puisqu’on lui prête sérieusement l’intention de construire une unité industrielle dans les années à venir, pour produire munitions et armes légères.
Concernant le volet de la formation (militaire, mais aussi intellectuelle) de ses troupes, le souverain n’a pas lésiné sur les moyens. D’après Mohamed Ghomari, professeur de sciences politiques à Casablanca et expert en stratégie militaire, “les FAR ont signé récemment des accords avec plusieurs facultés marocaines, dans des filières comme les sciences, les lettres ou le droit. Alors que, il y a encore deux ans, le nombre de militaires ayant fait des études supérieures était de 1966, aujourd’hui ils sont 4000”. Les plus chanceux des officiers, et surtout les plus brillants, sont même envoyés à l’étranger pour parfaire leur formation. Il y a quelques mois, la presse se faisait par exemple l’écho de l’arrivée au Maroc d’experts internationaux, notamment sud-américains, chargés de former 10 000 soldats aux techniques de guérilla. Cerise sur le gâteau, Mohammed VI aurait consenti une augmentation de 5% pour ses ouailles.

C’est un peu cela le nouveau style royal, imprimé par Mohammed VI, en totale rupture avec le passé et la gestion de l’armée hassanienne. Exemple : du temps de Hassan II, le noir dominait dans les transactions liées aux achats d’armes et une poignée de généraux, toujours les mêmes, allaient négocier et acheter des armes pour le compte du royaume. “A la fin des années 1970, le Maroc était sur le point d’acheter un navire de guerre abandonné par les Américains au Vietnam. Des officiels marocains ont même avancé l’argent, mais au final, le deal, une vraie catastrophe, a capoté, fort heureusement”, nous déclare cet expert en armement. D’après une source qui a préféré garder l’anonymat, comme la plupart des personnes consultées pour les besoins de l’enquête, “certains hauts gradés ont amassé de véritables fortunes personnelles en profitant de cette mauvaise gestion et de la générosité des commissions perçues sur les achats d’armes”. Raison d’un tel laisser-aller ? Hassan II, après les deux coups d’Etat orchestrés à chaque fois par de hauts gradés, a sans doute souhaité ménager la chèvre et le chou. “Servez-vous mais ne vous occupez pas de politique”, laissait-il clairement entendre à ses hommes de main.

Les priorités ne sont plus les mêmes, le contexte (interne surtout) non plus, et Mohammed VI, chose impensable du temps de l’ancien règne, n’a pas hésité, au gré des purges, à radier plusieurs hauts gradés de son armée. Aujourd’hui, il tient aussi à suivre de près les achats de son armée, effectués suite à des appels d’offres, ou à des négociations au plus haut niveau de l’Etat, comme cela a été le cas pour la frégate multi-missions (FREMM), commandée à la France après un accord au sommet entre Sarkozy et Mohammed VI. “Quand le souverain ne le peut pas, il lui arrive de charger son ami et patron de la DGED (Yassine Mansouri) de garder un œil vigilant sur ces transactions et de lui préparer des comptes-rendus personnels”.

Les voisins surarmés… vraiment ?
Alors, faut-il conclure que le royaume s’est lancé dans une course effrénée à l’armement ? La question est posée. Pour Khalid Naciri, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, le budget de l’armée s’inscrit dans un trend haussier, à l’instar des autres secteurs. Parce qu’il le faut, et parce que les Algériens (en font de même) aussi. “Nous sommes dans un environnement géopolitique qu’il n’est nul besoin de vous décrire. Chez nos voisins, le trend est lui aussi haussier. En valeur absolue, leur budget est bien plus élevé. Nous avons une mission, c’est de protéger notre pays”, se justifie presque le porte-parole du gouvernement. C’est tout ? Non : “Le Maroc est un pays confronté à un environnement géopolitique tel qu’il ne peut rester les bras croisés. L’Algérie nous colle aux basques, elle fait une fixation obsessionnelle sur le Maroc. Nous ne sommes pas à un stade d’affrontement, mais nous ne sommes pas non plus dans une situation de calme plat”.

Le fait est que, en théorie militaire, chaque Etat dispose d’un ennemi potentiel. Pour ce qui est du Maroc, ils sont actuellement au nombre de quatre : l’Algérie, qui ne cache pas vraiment ses ambitions nucléaires, le Polisario, qui se dit capable d’atteindre Laâyoune ou Agadir (preuve qu’il dispose de missiles à longue portée), Al Qaïda, ou encore l’Espagne. Farfelu ? Inimaginable ? Pas sûr… D’après une enquête publiée par l’Institut royal des études stratégiques, créé par Mohammed VI en 2003, 85% de la population espagnole est persuadée que le prochain conflit armé de l’Espagne opposera le royaume de Juan Carlos à celui de Mohammed VI.

Qu’en est-il de l’Algérie voisine, dont le budget alloué à l’armée est largement supérieur au nôtre. 55 milliards de dirhams contre 34,6, cela fait une “petite” différence. “En stratégie militaire, il ne faut pas raisonner de manière manichéenne. Ce n’est pas parce que l’Algérie dépense un plafond donné que le Maroc doit en faire de même”, nuance le Professeur Abderrahmane El Mekkaoui, auteur d’une thèse à l’université de la Sorbonne à Paris (Théorie des jeux dans la guerre et la paix). Le chercheur embraye : “Même si en 2006 le Maroc a fait parti des 20 premiers pays au monde dans le palmarès des budgets consacrés à l’armée, on ne peut pas parler de course à l’armement. Le Maroc est simplement dans une phase de renouvellement du matériel, qui a atteint un stade de désuétude avancé”. Enfin, si le pays de Bouteflika consacre 15% de son PNB à l’achat d’armement (contre 4,7% pour le Maroc), ce n’est pas seulement une démonstration de force à l’adresse du Maroc. “L’Algérie, longtemps victime d’une sorte d’embargo à cause de la guerre civile, se contentait du marché noir pour s’approvisionner en armes. La donne a changé et, aujourd’hui, les Algériens, malgré tout, ont beaucoup de retard à rattraper. Et puis, nos voisins ont plus peur de la Libye de Kadhafi, dont l’une des nombreuses lubies est de créer les Etats-Unis du Sahel, et des organisations terroristes que du Maroc”, conclut notre analyste.

On ne s’oppose pas à sa Majesté…
Retour au Parlement. C’est là que Abderrahmane Sbaï, ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de l'administration de la Défense nationale, a présenté courant octobre le budget de l’armée aux membres de la commission des Affaires étrangères, de la Défense nationale et des Affaires islamiques. Détail cocasse, l’intitulé exact de ladite commission, créée par Hassan II à la fin des années 1970, révèle un champ d’(in)action pour le moins inattendu : elle chapeaute les questions se rapportant aux Affaires étrangères, à la Défense nationale, aux Anciens combattants, aux Affaires islamiques, aux Frontières, à la Culture et à la Communication, ou encore… aux Colonies. Au sein de la commission donc, les partis sont représentés au prorata du nombre de sièges dont ils disposent au parlement. Mais les candidats à la présidence de la commission chargée, entre autres, de la Défense ne se bousculent pas au portillon. “En fait, le parti le plus représenté dans le Parlement a le privilège de choisir en premier de présider une des 6 commissions parlementaires. Souvent, les élus jettent leur dévolu sur la commission des Finances, qui offre une grande marge de manœuvre. Cette année, elle est revenue à l’Istiqlal, qui était le premier à choisir, tandis que la coalition formée par le RNI et le PAM a choisi la commission de l’Intérieur”, rappelle l’économiste Najib Boulif, membre du PJD. Et de poursuivre : “Enfin, l’Union constitutionnelle a pris ce qu’il restait, à savoir la commission des Affaires étrangère, de la Défense nationale et des Affaires islamiques”.

Visiblement, Abderrahmane Sbaï n’a pas eu trop de difficultés à “défendre” son enveloppe, ni à convaincre son monde. La preuve en chiffres : les 31 députés de la commission ont voté comme un seul homme : pour, à l’unanimité. Mohamed Ghomari, notre expert en stratégie militaire, et auteur d’une étude intitulée Polyvalence de l’armée, explique : “Tout comme le budget du Palais, le budget de l’armée n’est pas débattu. Certes, il y a un léger mieux par rapport au passé, car on sépare les postes comptables, entre ce qui est utilisé pour le budget de fonctionnement, et ce qui va aux équipements, mais ça s’arrête là”, martèle notre source. De fait, l’exposé de la Loi de Finances ne détaille nullement l’utilisation des ressources. “Quand un député interpelle le ministre délégué, il se voit opposée un : ‘Je m’informerai’, dans le meilleur des cas, et puis l’affaire est classée sans suite”, poursuit Ghomari.

Question : qu’en pensent les parlementaires membres de la commission, principaux concernés ? Réponse de la députée pjdéiste, Soumia Benkhaldoun, membre de ladite commission : “Le budget de l’armée est discuté comme tous les autres budgets. Nous pouvons interpeller le ministre délégué sur la situation des militaires, sur leurs conditions de travail. Il est vrai qu’on ne sait pas dans le détail ce qui est fait du budget, mais ce n’est pas valable uniquement pour l’armée. Lorsque les députés valident le budget de la Santé, ils ignorent le détail de ce qui est acheté dans les hôpitaux”. Azzedine Akesbi, secrétaire général sortant de Tranparency Maroc, livre un autre son de cloche : “Il existe une loi de règlement, censée vérifier que les budgets ont été utilisés à bon escient, mais pour ce qui se rapporte à la Défense, il n’y a pas de contrôle, ni a priori, ni a posteriori”. Pour la bonne gouvernance, il faudra repasser… Pour le Professeur Ghomari, l’armée, “objet de soins particuliers de la part du Palais qui la dote de moyens considérables”, a été élevée au rang de sacralité. La députée pjdéiste Soumia Benkhaldoun lui donne raison : “Qu’on soit de l’opposition ou non, on sait l’importance de l’armée, et on sait qui en est le chef suprême. On ne s’oppose pas à Sa Majesté, ni au régime”. Comme quoi, certains réflexes ont la peau dure.

[Voire infographie 1]    [Voire infographie 2]



Profil.
(Presque) ministre de la Défense

En 1997, Abderrahmane Sbaï est récompensé pour bons et loyaux service rendus à l’administration en héritant du portefeuille de ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de l'Administration de la Défense nationale. Le poste a été créé par le défunt roi au lendemain du putsch de 1972, en remplacement du titre de ministre de la Défense. Diplômé de l'École nationale des sciences géographiques de Paris, notre (presque) ministre a occupé plusieurs postes à responsabilité au sein de la Direction de la conservation foncière et des travaux topographiques à Rabat, avant d’être nommé directeur des Affaires administratives au ministère de l'Agriculture, poste qu’il occupera jusqu'en 1983. Ce natif de Fès en 1940 a pris du galon progressivement pour devenir conseiller à la primature en 1986. En 1992, il est nommé secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé des Affaires générales dans le gouvernement de Karim Lamrani, et hérite de la fonction de ministre délégué auprès du Premier ministre dans le gouvernement de Abdellatif Filali en 1994. L’homme, qui résiste à tous les remaniements ministériels, est reconduit dans ses fonctions de ministre délégué chargé de l'administration de la Défense nationale par Mohammed VI en 2000. Sbaï a un rôle de coordinateur entre le Parlement et les différents corps d’armée (terre, mer, air). Ce Monsieur de l’ombre est connu pour sa discrétion, certainement imposée par sa fonction. De ce fait, le représentant de la grande muette ne prend que très rarement la parole devant ses pairs, sauf quand il s’agit de questions sécuritaires. Assidu devant l’éternel, il est souvent le premier arrivé à tous les conseils de gouvernement, et siège non loin du Premier ministre. Une place protocolaire qui veut tout dire.


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