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la vérité sur la gurre du rif

26/04/2008 14:36 par juste-1980

  • la vérité sur la gurre du rif

    la vérité sur la gurre du rif

    26/04/2008 14:36 par juste-1980

Exclusif. La vérité sur la guerre du rif


Précision.

La reproduction de cette photo, ici et en couverture, a fait l'objet de longues discussions internes à la rédaction de TelQuel. L'image est “trash”, et pourrait choquer les plus jeunes lecteurs. Après un âpre débat, nous avons considéré qu'elle témoigne crûment, mais justement, de la cruauté de cette guerre dont les Marocains savent si peu. Il s'agit avant tout d'un document historique - publier de tels documents est, après tout, notre métier.

 

 

   

1922, homme de troupe marocain
enrôlé par l’armée espagnole,
brandissant un "trophée de guerre”.
(BETTMANN/CORBIS, ED. TALLADIER)


L’histoire secrète de la République du Rif. Les ravages des armes chimiques. Le mépris de Abdelkrim pour Allal El Fassi. Le double jeu du sultan Moulay Youssef


Abdelkrim Khattabi a planté une république au cœur d’une monarchie dominée par deux puissances coloniales : la France et l’Espagne. C’était en 1922. Sur cet événement extraordinaire, ainsi que sur la guerre qui a embrasé tout le Rif entre 1921 et 1926, mettant en émoi tout l’Occident et inspirant bien des révolutions à venir, un livre (“La Guerre du Rif”, Editions Tallandier), dont la parution est attendue le 30

avril, revient avec un éclairage nouveau, fourmillant de rapports confidentiels et de témoignages directs. Victoires, défaites, intrigues, trahisons, etc. TelQuel restitue pour vous, avec l’aimable autorisation des auteurs, les moments les plus saillants de cette formidable leçon d’histoire, douloureuse, complexe, aux prolongements et aux résonances tout à fait actuels.

Les suppliciés d'Igueriben
Le 17 juillet 1921 au matin, une colonne de 200 hommes et d'une centaine de mulets chargés de munitions et de barriques d'eau quitte Anoual pour ravitailler Igueriben, à la pointe sud du dispositif espagnol au Rif. Mais, pour la première fois, sur les six kilomètres escarpés menant à Igueriben, c'est un déluge de coups de feu croisés qui accompagne sa progression. Une soixantaine de blessés, une vingtaine de morts, la majorité des mulets tués ou abandonnés à l'ennemi, la plupart des tonneaux perforés : c'est le lourd bilan de cette première tentative de sauvetage. Parvenus à Igueriben, les survivants de la colonne dirigée par le capitaine Cebollinos von Lindeman, distribuent aux assiégés les quelques dizaines de litres d'eau qui ont échappé aux balles rifaines. À peine un verre d'eau par homme. Le lendemain, nouvel échec d'une colonne de secours qui doit rebrousser chemin devant le tir ennemi. Le 21, le général Silvestre en personne, accouru de Melilia, tente de coordonner une sortie de 3 000 hommes pour libérer à tout prix les derniers suppliciés d'Igueriben. Ceux-ci, calcinés par la chaleur, en sont réduits à boire leur urine et à sucer des cailloux pour essayer de s'hydrater entre deux assauts rifains. Derrière les remblais et les barbelés du poste isolé composé d'une dizaine de tentes coniques, la peur cède à la terreur tandis que hurlent les blessés atteints de gangrène et que se décomposent déjà, dans une odeur asphyxiante, les cadavres des hommes et du bétail sur ce piton pelé de quelques centaines de mètres carrés. Ouberrane, Sidi Brahim, Igueriben… le général Silvestre pensait avoir tissé une solide toile de postes avancés. Mais, s'il en est l'architecte, c'est Abdelkrim qui en est l'araignée. Après cette série de revers, tout le plan espagnol d'invasion du Rif central est compromis. Ce n'est plus Al Hoceïma qui est la cible. Bien au contraire, c'est Anoual qui semble “à portée de la main” des Rifains. Anoual où les soldats espagnols commencent à regarder avec méfiance leurs frères d'armes rifains, des regulares, dont l'ardeur au combat a brusquement décliné ces derniers jours. Car, à la différence des troupes coloniales françaises, majoritairement composées d'Algériens, de Sénégalais, les regulares, eux, sont payés pour combattre leurs propres frères rifains.

Un certain Franco
Même s'il n'est encore que lieutenant-colonel, Francisco Franco Bahamonde est déjà un personnage considérable dans l'armée espagnole. Ce petit Galicien affligé d'une voix de fausset, sorti dans un rang moyen de l'Académie de Tolède, est maintenant un officier colonial respecté et craint. Ayant commencé sa carrière militaire au Maroc dans les regulares, il y a montré le visage d'un officier méticuleux, préparant ses opérations dans le détail, se taillant ainsi une réputation de courage physique, voire d'invulnérabilité, qui force l'admiration de ses camarades. Appelé pour fonder la Légion étrangère espagnole, il est désormais le patron de cette troupe réputée pour sa violence, et qui depuis sa création est de toutes les opérations où il faut tirer l'armée régulière d'une catastrophe. Mais Franco n'est pas que le chef extrêmement dur d'une troupe de choc impitoyable, c'est une vedette en Espagne où l'on a besoin de parler d'autres choses que de militaires lâches ou incompétents. Le correspondant du Matin de passage à Melilia note d'ailleurs que les journalistes “le proclament héros trois fois par semaine”. Le roi lui écrit : “Ton affectueux ami qui t'embrasse”. Si bien que, rapporte l'ambassadeur de France le 15 mai 1924, l'article qu'il signe dans la Revue des troupes coloniales, intitulé “Passivité ou inaction”, “a produit quelque sensation à Madrid où la personnalité du colonel Franco est assez redoutée”. Que dit Franco dont le diplomate décrit “le prestige et l'ascendant sur les troupes coloniales” ? Il critique la passivité qui est la règle dans les campagnes marocaines, les entreprises timides et “invite ceux qui ne se sentent pas de taille pour affronter les responsabilités actuelles ‘à céder la place aux plus capables’”.

Un Haj venu d'Allemagne
Avec l'expérience de la guerre contre l'Espagne, l'aide de déserteurs a permis aux Rifains d'acquérir un vrai savoir-faire en matière de fortifications, de tranchées. Parmi ces auxiliaires étrangers du Rif, un déserteur allemand de la Légion, Joseph Klems, apporte une expertise précieuse aux Rifains. L'homme s'est converti à l'islam et se fait appeler “L’haj Alleman”. Mowrer rapporte que des abris souterrains ont été creusés dans tous les villages de la région d'Ajdir. Au premier ronflement de moteur d'un avion espagnol, les habitants s'y réfugient. Le stock de canons de divers calibres est évalué entre 200 à 300 pièces avec environ 6000 obus. Plusieurs dépôts d'armes gardés par des réguliers rifains, installés à l'écart des habitations, sont répartis sur tout le territoire. Des registres servent à en contrôler les mouvements et à affecter les armes. Un système de mobilisation d'une souplesse remarquable permet de lever des contingents dans toutes les tribus. Le Rif est donc armé, entraîné et prêt à se battre.

La leçon de Chefchaouen
Le 13 décembre 1924, les survivants de la retraite de Chefchaouen atteignent enfin Tétouan. Primo de Rivera s'adresse ainsi à ses troupes : “Vous entrez triomphants à Tétouan…” La proclamation n'abuse personne. L'armée espagnole vient de subir, en réalité, un nouveau cataclysme. Même si, cette fois-là, elle n'a pas cédé à la panique, elle n'a dû son salut qu'aux troupes du Tercio et des regulares. Le montant exact des pertes n'est pas connu, la fourchette la plus haute monte à 15 000 hommes, la plus basse à 2 000, le chiffre de 10 000 hommes faisant souvent office de moyenne. Dans un rapport de la résidence de mars 1925, les pertes de la retraite se seraient élevées de juin à décembre 1924 à 190 officiers morts, 60 disparus, 700 blessés, 3 800 soldats morts, 2 500 prisonniers ou disparus, 14 000 blessés. Si l'on considère qu'une troupe comme le tabor de regulares de Larache a perdu au cours du repli la moitié de ses effectifs et compta 318 tués, les pertes dans les unités de l'armée régulière ont donc été énormes. Le matériel laissé sur place ou pris par les troupes de Abdelkrim est considérable. La modestie avec laquelle les Rifains entrent dans Chefchaouen reconquis contraste avec les forfanteries du dictateur espagnol. Selon la tradition orale, M'hammed, le frère de Abdelkrim Khattabi, maître d'œuvre de cette seconde grande victoire rifaine, se serait, ainsi que ses troupes, déchaussé pour entrer dans la ville sacrée. Le pouvoir rifain s'y montre dans toute sa maturité précoce. Aucun pillage n'est commis.


La République du Rif
Le gouvernement du Rif est surtout un gouvernement de guerre. Le chef rifain met d'ailleurs tout en œuvre pour assurer, avec des moyens de fortune, l'efficacité de son administration. Dans cette région au relief difficile, il améliore les voies de communication. Un réseau de pistes muletières est aménagé pour relier les points stratégiques et ainsi faciliter la mobilité des troupes, l'acheminement du ravitaillement. Les prisonniers, souvent espagnols, en sont les ouvriers. Une piste carrossable entre Ajdir et Targuist permet même à Abdelkrim d'utiliser son parc automobile, Ford ou Renault ainsi qu'une Torpedo 6 places Turcat Mery “double pare-brise” que le caïd Haddou a oublié de payer à M. de Loÿs, un armateur français d'Oran. Le souci de transmettre ses directives et de disposer rapidement de l'information conduit Abdelkrim à instaurer un service téléphonique. D'après les renseignements des services français, les lignes sont accrochées sur des perches de thuya et constituées par “un mélange de fils de toutes sortes et de toutes dimensions”. L'installation serait l'œuvre d'un prisonnier espagnol surnommé El mecanico Antonio. Embryonnaire, la téléphonie rifaine n'en est pas moins très efficace. Le réseau court d'Aït Kamara, quartier général de Abdelkrim près d'Ajdir, vers tous les secteurs sous contrôle rifain. Au besoin, les Rifains ont récupéré des appareils portatifs de campagne espagnols fonctionnant sur pile Mazda. Un rapport du contrôle civil du 9 janvier 1925 note : “Tout ce matériel, qui inspire aux populations rifaines une sorte de crainte mystérieuse, est respecté par tous, femmes et enfants, qui se gardent bien d'y toucher”.

Lyautey et la tentation de l'arme chimique
“En présence des éventualités créées par la soudaineté et la violence de l'irruption des Rifains, par l'intention qui apparaît chez Abdelkrim de vouloir frapper un grand coup spécialement sur Fez avec la décision et la rapidité dont il a été coutumier vis-à-vis des Espagnols, par le risque que, sous l'influence de son prestige et de la terreur qu'il inspire, nos tribus se décollent une à une se sentant insuffisamment couvertes et soutenues, il est impossible de rester dans cette situation, sous peine, je le dis nettement, de risquer de perdre le Maroc”, s'alarme Lyautey. Le protectorat, que même la Première guerre mondiale n'avait pas réussi à ébranler, se fissure. Et les vieux du Maroc comme Lyautey savent une chose, c'est qu'ici les révoltes sont très contagieuses. On dit bien que “le berbère vole au secours de la victoire”. S'il n'y a pas pour l'instant, à proprement parler, de défaite, les Français ne savent pas pour combien de temps encore : Abdelkrim a partout l'avantage. Ce soir du 29 avril 1925, dans un de ses télégrammes critiques qu'il adresse au président du Conseil, Paul Painlevé, Lyautey fait une comptabilité d'entreprise au bord de la faillite : “Il ne restera à Fez que la valeur d'un bataillon, un escadron, deux batteries qui y seront concentrés demain 30 avril. J'y dirige, en outre, pour y servir de troupes de garnison, un bataillon de zouaves et de Sénégalais à peine instruits prélevé sur la garnison de la côte - et un bataillon de tirailleurs marocains prélevé sur la garnison de Marrakech. Et cela fait, il ne restera plus au Maroc une seule unité disponible”. Lyautey va même aller au-delà. Alors qu'il s'est élevé contre cette pratique des Espagnols, qu'il a critiqué l'abus que ceux-ci faisaient de l'usage des gaz, il sollicite, le 4 mai, l'envoi d'ypérite (gaz chimique) : “En raison événements front nord estime indispensable constituer en réserve approvisionnement obus et bombes aviation à ypérite pour me permettre éventuellement interdire certaines zones ou points vitaux où en raison faiblesse effectifs ne me trouverais pas en mesure exercer action effective. Vous demande en conséquence diriger urgence sur Kenitra pour artillerie 75 20 000 obus modèle no 20 et pour aviation 5 000 bombes de 50 kg, pour avions gros porteurs. Vous demande en outre mettre à disposition […] six avions gros porteurs équipés lance-bombes 50 kg. Ces avions étant seuls susceptibles rendement utile”. Il ne s'agit pour le moment que d'une réserve que Lyautey ne semble destiner qu'aux cas de force majeure, mais un pas a été franchi. Le résident, pour sauver son protectorat, est prêt à utiliser les gaz toxiques. La réponse du chef d'état-major de l'armée est négative, voire sèche. Il ne fournira pas d'avions gros porteurs : il n'y en a pas assez et cela compromettrait la mobilisation. C'est bien du Lyautey, ce chef qui aime si peu la chose militaire qu'il demande des armes dont la France ne dispose pas. On lui expédie à défaut mille bombes explosives de 50 kilos.

Une menace pour l'Occident colonial
Le communiste Marcel Cachin tente de poser les enjeux internationaux et religieux du conflit rifain : “Voici messieurs une grande race, une grande religion, la religion musulmane. Elle a dans le monde trois cents millions d'adhérents, elle a derrière elle une histoire qui, au sens de tout le monde, au sens banal si vous voulez, fut glorieuse, trois cents millions d'êtres humains qui sont, à l'heure actuelle, subjugués, dominés par de grandes puissances, les grandes puissances du capital occidental […]. Vous pouvez dire que ceux qui les dirigent sont des chefs de bande, vous pouvez dire que leur civilisation est inférieure et grossière, ils pensent au contraire que la façon dont ils vivent est la meilleure”. Et Marcel Cachin d'énumérer “les points de l'univers musulman” où se sont dressés les peuples : la Turquie républicaine, l'Égypte contre les Anglais et “la petite république libre” du Rif qui a vaincu “un grand peuple, l'Espagne”. Quelques semaines plus tard, alors que s'est allumé un nouveau foyer antifrançais en Syrie avec la révolte druze, le député radical Gaston Thomson posera avec lucidité ce diagnostic : “En présence de telles menaces, on voit qu'il ne s'agit plus seulement du Rif. Tout s'enchaîne : Maroc, Algérie, Tunisie et d'autres colonies. Nous n'ignorons pas que dans certains meetings on envisage, que dis-je, on réclame l'évacuation de toutes les colonies”. Avec Abdelkrim, c'est donc toute l'histoire musulmane de l'Occident colonial qui, dès 1925, s'invite rive gauche de la Seine alors que brûle la rive droite de l'Ouergha.

À la rencontre dE Abdelkrim
Après quelques jours d'un périple éreintant, au cours duquel il faut se cacher sans cesse de l'aviation espagnole, Léon Gabrielli est reçu pendant deux heures le dimanche 28 juin 1925 par Abdelkrim. Le témoignage de Léon Gabrielli est unique ; il est le seul officiel français à avoir approché le chef rifain pendant la guerre. Abdelkrim reçoit l'émissaire français sous une petite tente installée dans un verger. Une table, sur laquelle sont posés des papiers et des journaux, des chaises ; Abdelkrim porte la jellaba rifaine, une rezza blanche sur la tête. Le style est dépouillé à l'extrême ; du Ho Chi Minh avant l'heure. Gabrielli, qui se demande comment il va s'adresser à lui, opte pour “Excellence”, un titre “déférent et qui n'engage à rien”. Abdelkrim, lui, l'interroge en arabe classique et veut savoir si le fonctionnaire colonial va prendre des notes “comme un journaliste”. Ce qui frappe le contrôleur civil, c'est la précision et la construction du discours, son caractère très réfléchi, les reparties “immédiates et pleines d'assurance”, la solidité du raisonnement. On sent que Abdelkrim rayonne d'intelligence, qu'il irradie. À défaut d'être acceptable pour un Français, sa position est limpide. Pour lui, la France n'a qu'un seul but : la conquête du Rif. C'est l'objectif ultime du “Parti colonial” dont “le maréchal Lyautey” et “toutes les autorités marocaines” sont les représentants. Lyautey ? : “Une grande intelligence, un grand colonial […]. C'est un homme qui a reçu des dons divins”. Un commentaire cependant : “L'amour ou le respect de l'islam de sa part sont choses très possibles, mais je constate qu'ils ne m'apportent aucun profit”. Sur le plan religieux, l'émir se défend, contre toute évidence vu sa propagande dans les tribus, de faire le jihad : “Le temps des guerres saintes est passé, nous ne sommes plus au Moyen Âge ni au temps des Croisades”. Au cours de l'entretien, Abdelkrim balaie ensuite les arguments sempiternels qu'on oppose à la volonté d'indépendance du Rif. Les traités de 1904 et 1912 sont caducs : “Aucun peuple au Maroc n'avait à ce moment aspiré à son indépendance”. Le traité franco-espagnol n'est pas non plus un problème : “La France est en guerre avec le Rif ; elle peut parfaitement faire la paix avec lui, et ce traité deviendra alors caduc”. Abdelkrim propose un accord de reconnaissance bilatéral ; libre à la France ensuite d'avoir dans sa zone un sultan ou un président. Le sultan chérifien est à peine évoqué par Abdelkrim : “La seule chose qui nous importe aujourd'hui, ce n'est pas l'existence d'un sultan au Maroc, mais l'indépendance entière, sans réserve, du malheureux peuple rifain”. Le message final que délivre Abdelkrim à Gabrielli est qu'il n'y a qu'un seul moyen d'arrêter la guerre : que la France reconnaisse l'indépendance du Rif.

Un maréchal peut en cacher un autre
La réunion qui se tient le 14 juillet à l'état-major de l'armée démontre clairement la volonté de Paris de se réapproprier le contrôle de la direction militaire des opérations. Le 16 juillet, Paul Painlevé, ministre de la Guerre, écrit à Lyautey la lettre suivante : “J'ai désigné M. le maréchal Pétain pour procéder sur place et de toute urgence à l'examen de la situation générale et militaire du Maroc et pour prendre, suivant les directives que je lui donne à ce jour, les décisions qui lui paraîtront s'imposer touchant le commandement, l'organisation et la mission des troupes et des services en opérations ou susceptibles d'entrer en opérations, ainsi qu'au sujet des attributions respectives du commandant des troupes et du résident général. Je vous prie de donner à M. le maréchal Pétain les moyens les plus complets qu'il croira devoir vous demander pour l'accomplissement de la mission que lui confie le gouvernement”. La mission de Pétain n'est donc pas qu'une simple tournée d'inspection. Pétain aura une part de pouvoir décisionnel dans l'organisation militaire au Maroc. Mais tout oppose les deux hommes. La petite paysannerie dont s'est extrait Pétain ne vivait pas aux mêmes étages que les Lyautey. Au seuil de la Grande guerre, l'un est un cavalier qui après avoir ébranlé les certitudes d'une armée conservatrice en écrivant “le rôle social de l'officier”, après avoir servi au Tonkin, à Madagascar, en Algérie, est résident général du Maroc, a des amis considérables, tutoie les grands et construit des parcelles d'empire, alors que Pétain n'est encore qu'un petit colonel de l'infanterie qui achève une carrière moyenne et exclusivement métropolitaine. Lyautey et Pétain, ce sont deux espèces humaines radicalement différentes, antinomiques, deux climats incompatibles sous le même uniforme de maréchal de France.

Lyautey est une diva qui veut qu'on l'aime pour qu'on lui obéisse, Pétain, qu'on lui obéisse tout simplement. Le résident est un être inspiré, Pétain est organisé. L'un est lui-même avant d'être un militaire, l'armée est tout pour l'autre.

Le Rif aux abois
La France déploie cent bataillons sur le front, soit environ 50 000 hommes. Pétain, le numéro 1 de l'armée française, n'a pas l'intention de se satisfaire d'une demi-victoire contre “le rebelle” Abdelkrim dont le sultan lui a demandé de “le débarrasser”. Il a maintenant une stratégie à proposer au gouvernement pour en finir avec cette guerre. Le plan est simple : il passe par une action combinée avec les Espagnols. Ces derniers vont débarquer à Al Hoceïma ; les Français pourraient de leur côté attaquer à l'est et menacer les centres vitaux du Rif. Pétain l'éradicateur veut aller au cœur du Rif car l'Espagne, vis-à-vis de laquelle “il faut tenir fidèlement les engagements” pris en juillet 1925, n'est pas “en mesure de s'acquitter à elle seule de la lourde charge de réduire le foyer de la rébellion”. Et de conclure à la nécessaire et urgente “soudure” des fronts français et espagnol pour “abattre définitivement la puissance de Abdelkrim” et “raffermir de façon éclatante vis-à-vis des populations musulmanes le prestige de la France”. À cette date (février 1926), la marge de manœuvre de l'émir du Rif n'existe plus. En dépit de sa propagande, les tribus de la zone française n'ont pas bougé et la totalité de celles qui ont fait leur soumission à l'hiver sont maintenant sous la protection du bouclier militaire français. La lassitude de cinq années de guerre, le typhus, les bombardements aériens, les gaz toxiques, la cohabitation hivernale avec l'impressionnante armada française sur les 300 kilomètres du front sud, la prise d'Ajdir par les Espagnols au nord, la perspective inéluctable d'une offensive de printemps ont miné le moral des plus enthousiastes partisans de la République du Rif. Les défections se multiplient. Par l'effet du blocus, le prix des denrées de base a grimpé en flèche dans la montagne. Le sel a pratiquement disparu des marchés. La cohésion des blocs rifain et Jbala se fissure et contraint l'émir à multiplier les envois de délégués pour mettre en garde les Jbala contre toute velléité de rapprochement avec les Français. “Mes populations étaient fatiguées et je ne me faisais plus d'illusions sur ce que je pouvais attendre de leur fidélité, racontera Abdelkrim dans ses mémoires, je savais que, de jour en jour, mes guerriers se battraient avec moins d'entrain”. Les prises d'otages et les exécutions de “traîtres” à la solde des Français se multiplient dans les tribus pour s'assurer de leur fidélité chancelante. L'appel à la guerre sainte tente de soutenir des ardeurs désormais défaillantes, quand ce ne sont pas les rumeurs les plus invraisemblables comme l'entrée en guerre prochaine de l'Allemagne contre la France. Tous les garçons de plus de 15 ans seraient mobilisés. Et même, parfois, les femmes. Les renseignements rapportent que, dans le Rif, on ne croise plus personne aux champs.

Le baroud d'honneur
Dès le 7 mai, les troupes françaises sont enfin lâchées au crépuscule. Dans la matinée, l'offensive franco-espagnole est déclenchée sur le double front avec pour objectif Targuist, puis l'occupation du massif du Djebel Hamman, base de la puissance de Abdelkrim. Après un bombardement opéré par 150 avions espagnols et français, 25 000 soldats espagnols s'élancent d'Ajdir pour foncer plein sud. Les premiers combats sont très durs et les pertes nombreuses. À tel point que, n'arrivant pas à percer les lignes rifaines, Primo de Rivera propose au général Sanjurjo de suspendre l'offensive. Le chef militaire espagnol refuse et parvient le 10 mai à enfoncer les défenses à Beni Ouriaghel. À l'est, les Espagnols franchissent le Kert et parviennent en quelques jours à faire la soudure avec les troupes parties d'Ajdir. Le 20 mai, cinq ans après l'écriture de la page la plus tragique de leur histoire coloniale africaine, c'est en vainqueurs qu'ils foulent la plaine d'Anoual. Côté français, les résultats de l'offensive sont qualifiés de “foudroyants”. Six divisions réparties en deux groupements, des forces du Makhzen, des supplétifs, l'ensemble appuyé par des bombardements aériens massifs font voler en éclats la mosaïque des tranchées rifaines. “L'ennemi, surpris par la rapidité de l'attaque et par l'allant des troupes régulières et des partisans, pourchassé sans répit par les tirs d'artillerie et les bombardements d'aviation abandonne ses positions”, se réjouit le commandant supérieur des troupes du Maroc. L'armée française affronte les réguliers rifains, troupes de choc de Abdelkrim. Cependant, les défections massives des tribus font imploser le château de cartes du bloc rifain, patiemment construit par Abdelkrim sur le ciment d'un schéma offensif. Les appels réitérés dans les villages à la guerre sainte ne trouvent plus guère d'échos.

La reddition de Abdelkrim
C’est à l'aube du 27 mai que Abdelkrim arrive aux avant-postes de Targuist, accompagné des trois officiers français qui l'ont convaincu de se rendre sans délai. “Alignés le long de la piste, immobiles, les tirailleurs contemplent le rogui, témoignera De Bournazel, l'homme à la veste rouge”, cité par Jean d'Esme, “petit, le visage encadré du collier de barbe noire, l'œil intelligent et vif, vêtu d'une jellaba grise, le chef rifain s'entretient avec le colonel Corap sans que rien dans son attitude ne décèle ni amertume ni regret”. Très digne, il est conduit et enfermé dans sa mahakma, le siège de son ancien quartier général. Autour de lui les militaires français s'agitent. Une colonne de 2 000 hommes, dirigée par De Bournazel, s'ébranle pour aller chercher la famille et les biens de l'émir déchu regroupés à Kemmoun. Ils reviendront à la tête d'une caravane de 250 mulets chargés d'argent et de matériel et accompagnés d'Azerkane, de M'hammed, de Abdeslam, de huit femmes, de 13 enfants et de dix serviteurs. Dans les heures qui suivent, les tribus avoisinantes viennent se placer sous la protection des militaires français. Sous le soleil printanier, Targuist est noyé sous la poussière soulevée par les cavaliers et le bétail. Les jarrets d'un jeune taureau sont coupés. Cette ultime cérémonie d'allégeance signe une nouvelle ère : la République du Rif appartient désormais à l'histoire.

Le temps de l'exil
Sur son île de la Réunion, Abdelkrim se morfond. Tous ceux qui ont côtoyé ou ont correspondu avec l'émir déchu pendant son exil dans l'Océan Indien évoquent la grande détresse et l'ennui qui l'habitent dans ses domiciles successifs du château Morange puis du Castel Fleury où il ne cesse de se plaindre du paludisme et de “ses fièvres de langueur”. “Ces Rifains exilés s'entretiennent dans une oisiveté dépri-mante”, notent deux journalistes français qui le rencontrent en 1930. À quelque temps de là, dans le journal irakien Sawt el Irak, Gordon Canning pleure en poésie l'infortune de l'émir : “Adieu ô épée de l'Islam, ô héros du Maghreb […] Ô mes yeux, fondez en larmes ! Blessures saignez en abondance ! Je ne verrai plus jamais Abdelkrim. Qui défendra la cause du Rif à l'avenir ? L'émir du Rif est le prisonnier des roumis qui l'ont exilé au loin. Rifains ! Où est votre pasteur, votre chef ? N'avez-vous plus désormais qu'humiliation et esclavage à subir ?”. Le désœuvrement de Abdelkrim n'empêche pas la presse espagnole de se faire de temps à autre l'écho d'incroyables évasions et de signaler l'émir tour à tour à Oran, au Sénégal ou à bord d'un sous-marin allemand. Mais en avril 1947, Mohammed V, fort du soutien explicite exprimé dès janvier 1943 par le président américain Franklin Roosevelt en marge de la conférence d'Anfa, prononce le discours de Tanger. “Aujourd'hui que tous les peuples réclament des droits compatibles avec les temps modernes, il est juste que le peuple marocain obtienne ses droits légitimes et voie réaliser ses aspirations”, déclare le souverain dans un texte aujourd'hui considéré par les historiens officiels de la monarchie chérifienne comme le véritable coup d'envoi de la marche vers l'indépendance. C'est à ce moment que les Français, malgré les réserves de la Résidence générale, décident de donner crédit à la “francophilie” affichée par Abdelkrim et admettent la prescription de l'affaire rifaine. Pas tout à fait pourtant : Abdelkrim ne retournera pas encore au Maroc, on l'établira en métropole, dans le sud. “La France avait un plan pour utiliser mon père dans sa politique coloniale et faire pression sur le sultan Mohammed V”, dira son fils Saïd Khattabi. Mais, comme pour les Espagnols quelques décennies plus tôt, le savant “plan” conçu par les Français pour attirer à eux le prestige de Abdelkrim va tourner au fiasco.

La lucidité du vieux chef
Ses vingt ans d'exil à La Réunion semblent lui avoir fait toucher du doigt ce que Lyautey lui-même avait envisagé : “Nous aurions pu libérer l'Algérie, la Tunisie et le Maroc depuis le jour où éclata la guerre du Rif”, assure l'émir en juillet 1950 au quotidien égyptien Al Mokkatan. Cinq ans avant la conférence des Non-alignés de Bandœng, il prend ses distances avec l'Internationale communiste en avertissant Washington le 16 mars 1950 : “L'occupation du Maghreb par la France est l'un des principaux facteurs de propagation du communisme dans notre pays”. À l'aube de ses 70 ans, le vieux rebelle visionnaire n'est pas tombé de la dernière pluie et résiste aux sirènes émancipatrices de Moscou. Son obsession est la libération du Maghreb tout entier de toute occupation militaire étrangère, un Maghreb pour lequel il souhaite une “Union fédérale” toujours chimérique à l'aube du troisième millénaire. “Un jour, l'URSS sera dans un grave état de faiblesse, les Arméniens en profiteront et réaliseront leur indépendance”, prophétise-t-il en septembre 1954 devant l'envoyé spécial au Caire de La Nouvelle République du centre-ouest. Ennemi solide de la langue de bois, une qualité rare dans l'Orient compliqué, il rappelle en 1952 à l'hebdomadaire égyptien Akher Saa les racines anté-islamiques des Rifains pour inscrire son peuple dans la grande famille berbère : “Je suis de race berbère et j'ignore à quel point vous nous sous-estimez mais j'affirme cependant que les berbères sont des gens avancés, qui ont hérité de nombreuses civilisations. Vous ignorez par exemple qu'en tant que berbère, je suis d'origine juive. Mes ancêtres sont ensuite devenus chrétiens, puis musulmans. Maintenant nous parlons l'arabe, langue du Coran, nous nous entendons en berbère, langue de nos aïeux mais nous conversons aussi en français, langue de notre pays asservi”. Et, interrogé sur les prémices de l'indépendance marocaine, il enfonce le clou : “J'ai vu mes idées s'évanouir l'une après l'autre. Comme dans beaucoup de pays d'Orient, l'arrivisme, l'esprit de corruption se sont introduits dans notre cause nationale”.

Le mépris pour Si Allal et l'Istiqlal
C’est surtout de Allal El Fassi, fondateur en 1937 du Parti national (devenu plus tard l'Istiqlal) que le chef rifain se méfie. Arabisant et lettré, Allal El Fassi vit lui aussi en exil au Caire. Mais entre les deux hommes, le courant ne passe pas et Abdelkrim boude ostensiblement les tentatives de récupération de celui qu'il considère comme un salonard intrigant. Dès 1948, Mohammed Boujibar, l'ex-lieutenant de Abdelkrim, vend la mèche aux oreilles bienveillantes des services du protectorat : “Abdelkrim s'est rendu compte de ce que les leaders nationalistes, dont Allal El Fassi, qui reçoit des subsides du Maroc, n'ont d'autre souci que d'amasser le plus de biens possibles et de bien vivre”. En septembre 1954, alors que le protectorat a, un an plus tôt, déposé et exilé à Madagascar le sultan Mohammed V qui incarne désormais les aspirations indépendantistes du royaume, Abdelkrim enfonce encore Allal El Fassi. “Je n'ai rien à faire avec lui, déclare-t-il à des journalistes français, El Fassi est un politicien qui mange et dort bien au Caire. Il ne fait strictement rien pour le peuple. Moi, au cours de la guerre du Rif, je me battais contre vous en première ligne avec mes hommes”. Interrogé par les auteurs, le fils du rebelle confirme ce mépris en 2006 : “Mon père appelait les leaders de l'Istiqlal “les femmes à barbe”.

Vous avez dit “le primitif” ?
Dans les colonnes du Monde, Jean Lacouture, qui avait eu le loisir d'observer dans les ambassades du Caire “l'oeil vif”, “la silhouette de paysan madré” et “la repartie sèche” de Abdelkrim dresse du Rifain cette nécrologie soulagée : “Admirable dans le combat, noble dans la défaite, il ne fut plus guère en exil qu'un vieux politicien jaloux. Créateur de la République d'Ajdir, il était demeuré, au fond, un républicain et sa haine à l'égard de la monarchie marocaine était restée vive […]. Il était un homme du passé, un grand souvenir, un “primitif”. Il aura été l'un des inventeurs du nationalisme marocain ou, plutôt, maghrébin”. Près d'un demi-siècle après sa mort, Abdelkrim “le primitif” reste pourtant étonnamment d'actualité au Maroc. Le Makhzen, qui sait rendre hommage à ses ennemis les plus intimes, comme en témoigne l'abondance des boulevards Abdelkrim ou Ben Barka dans les villes du royaume, semble encore désireux de tourner une page à peine écrite dans les manuels scolaires marocains.

 


Les co-auteurs. Un tandem à l'assaut du Rif


Nicolas Marmié et Vincent Courcelle-Labrousse ont deux points communs : leur âge (41 ans) et leur passion pour le Rif. Marmié, journaliste de métier (ancien de Médi 1 et de l'Associated Press dont il assurait la couverture des actualités marocaines et maghrébines), connaît bien le Maroc. Courcelle-Labrousse, avocat pénaliste à Paris, aussi, lui dont le grand-père, lieutenant à l'époque, a été parmi les acteurs de la Guerre du Rif. “L'histoire (de la guerre) du Rif est un peu taboue, mal connue ou mal exposée, tant en France qu'en Espagne et au Maroc. Alors qu'elle est extraordinaire”, nous expliquent les deux auteurs, qui ont effectué de longues recherches avant de boucler ce “grand reportage (de guerre)” qu'est “La Guerre du Rif”. Trois années de travail ont été nécessaires pour éplucher les dizaines d'archives militaires ou diplomatiques, inédites pour certaines, compiler les témoignages et recouper les données. Au bout du compte, donc, un reportage de haute volée, une enquête passionnante qui vient renforcer la littérature existante (au sujet du Rif, ou de Abdelkrim) et apporte, comme l'explique l'éditeur sur la jaquette du livre, un éclairage intéressant sur “les liens très spéciaux de la France et du Maroc, tout comme la sensibilité des rapports du royaume chérifien avec l'Espagne”.

 

Plus loin. Un corps, une blessure


Cette anecdote est complètement inédite. On la doit à Mimoun Charqi, ami de la famille Khattabi, et auteur de “L'Emir guerillero” (2003, Rabat, Collection Histoire et lectures politiques) : en 1967, M'hammed Khattabi, frère de Abdelkrim et “vice-président” de l'éphémère République du Rif, a émis, à partir de son exil cairote, le double souhait de rentrer au Maroc et de rencontrer le roi Hassan II. La demande a reçu le feu vert de Rabat et M'hammed s'apprêtait à prendre un vol régulier pour la capitale du royaume… “A l'aéroport de Rabat, deux heures avant l'atterrissage, les autorités sont venues inviter les amis et proches de M'hammed, arrivés en masse, à repartir chez eux puisque l'avion en provenance du Caire allait avoir au moins quatre heures de retard. Tout le monde est reparti, sauf un vieil anonyme, resté à attendre, et à témoigner de ce qui allait se passer…”, nous raconte Mimoun Charqi. Ce qui allait se passer est une horreur à la mesure des mille et une surprises qui ont pavé le long règne hassanien. “L'avion est arrivé à l'heure, sans aucun retard. Et M'hamed Khattabi, qui n'a eu droit à aucun honneur, a été conduit directement à l'hôtel Hassan où il a été immédiatement assigné à résidence avec interdiction de quitter sa chambre !”. Le héros du Rif a été “consigné” dans son hôtel, trois longs mois. Jusqu'au jour où, malade, il a été conduit à l'hôpital où il a rendu l'âme. L'une de ses dernières phrases, comme nous le rapporte Mimoun Charqi : “C'est la seule fois où je ne n'ai pas écouté les conseils de Abdelkrim. Je le regrette amèrement”. On comprend pourquoi, aujourd'hui, le débat sur le rapatriement du corps du grand Abdelkrim, qui gît au Caire, n'est toujours pas tranché. Le Maroc officiel a bien essayé, via la défunte IER (en la personne des deux Driss, El Yazami et le regretté Benzekri), voire de l'ancien conseiller royal Mansouri Benali, de “ramener” Khattabi au Maroc. Il y arrivera le jour où il décidera, enfin, d'y mettre la forme : en désenclavant complètement le Rif et en consentant (en concédant ?) au corps du défunt un accueil digne du rang de Abdelkrim. Et sans surprise !

Karim Boukhari



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À quoi joue El Himma ? Et qui est-il vraiment ?

15/11/2007 16:32 par juste-1980

  • À quoi joue El Himma ? Et qui est-il vraiment ?

    À quoi joue El Himma ? Et qui est-il vraiment ?

    15/11/2007 16:32 par juste-1980

Par Karim Boukhari et Driss Bennani

Enquête. À quoi joue El Himma ? Et qui est-il vraiment ?

 
(AIC PRESS)

Fidèle à Mohammed VI depuis 30 ans, Fouad Ali El Himma a quitté le gouvernement pour atterrir au Parlement, où il chamboule, déjà, l'ensemble de la classe politique marocaine.


Vendredi 12 octobre 2007, Rabat est au garde-à-vous. En milieu d'après-midi, Mohammed VI préside la séance d'ouverture de la session législative d'automne. Au siège du Parlement, au centre-ville, les quelques jellabas blanches (qui attendent depuis plusieurs heures) piaffent d'impatience. Beaucoup découvrent l'hémicycle pour la première fois. Mais dans la foule, une jellaba attire particulièrement
l'attention : celle de Fouad Ali El Himma. Décontracté et souriant, “limite euphorique” comme nous l'a rapporté ce témoin de la scène, l'homme ne marche pas mais flotte dans les couloirs astiqués de la vieille bâtisse du centre-ville r'bati.

Ce jour-là, le parlementaire des Rhamna a certainement bu chaque syllabe prononcée par Mohammed VI lors de son discours d'ouverture. “Fouad Ali El Himma fait partie des hommes et femmes qui ont affiné, développé et contribué à l'élaboration de l'agenda de règne de Mohammed VI, il n'est pas étrange que les discours des deux hommes se ressemblent ou qu'ils utilisent les mêmes formules et expressions”, explique un vieux parlementaire de l'Istiqlal.

Quand Mohammed VI termine son discours, les dignitaires du régime s'éclipsent l'un après l'autre. Quelques heures avant la rupture du jeûne, la route des Zaërs, celle qui mène tout droit vers la résidence royale, voit défiler des berlines de toutes les couleurs. Hamidou Laânigri, Rochdi Chraïbi, Khelli Henna Ould Errachid… et enfin Mohammed VI. Comme à son habitude, le roi conduit lui-même une voiture de sport noire. Il traverse doucement l'avenue John Keneddy, en roulant à une allure de sénateur, “escorté” de particuliers qui n'en reviennent pas de rouler si près du souverain chérifien. Mais en quittant l'hémicycle, le roi n'a pas oublié d'embarquer son parlementaire préféré. Installé sur le siège passager, Fouad Ali El Himma passe plusieurs minutes … accroché à son téléphone. Depuis quand se permet-on de parler au téléphone lorsqu'on est en présence du roi du Maroc ? “Lorsqu'on est ami du roi et qu'on mange à la maison un jour sur deux”, répond spontanément, avec un joli sourire en coin, cet intime d'El Himma.

Allo, le roi ?
Fouad Ali El Himma est un homme pressé. “Il est très occupé… à voir le roi et à lui parler”, plaisante à peine l'un de ses habituels relais. Le député de Rhamna continue d'être, selon l'expression de cet observateur, “la première ombre du roi”, celui qui le rencontre ou l'appelle au téléphone à une cadence quasi quotidienne. C'était déjà le cas avant la démission-surprise du 7 août 2007, et cela n'a pas changé. “Pourquoi vous en étonner ? Ils (le roi et El Himma) sont amis et rien ne les empêchera de garder le contact”, poursuit notre source. Personne ne connaît, bien entendu, la teneur des échanges entretenus entre les deux “amis”. Disert mais avare en confidences, El Himma n'hésite pourtant pas à rappeler la fréquence de ces échanges devant tous ses interlocuteurs. Une façon de leur rappeler, sans forcément le dire : “Ma proximité avec le roi est restée intacte, je suis toujours le porteur de sa parole, sa pensée, ne l'oubliez pas”.

Cela résume bien la situation actuelle de Fouad Ali El Himma. L'ancien ministre délégué à l'Intérieur a changé de casquette mais pas d'habitudes. Il a gardé ses réseaux, ses manières (de signifier les choses sans toujours les dire), ses réflexes, ses tics. Simplement, il n'est plus au même étage ou, pour reprendre encore la formule de l'une de nos sources, “il agit à la manière d'un sous-marin, inexistant en surface mais à la présence diffuse, informelle, que l'on peut soupçonner partout”. Si Fouad, comme l'appellent religieusement ses fidèles, reçoit toujours. A sa villa (“Je vous jure que je ne fais que la louer, et je suis prêt à vous révéler le montant du loyer”, assure-t-il, avec un savant dosage de sincérité et de cynisme, au premier cercle de ses amis) de Bir Kacem, à Rabat. Il n'hésite pas à se déplacer, quand son agenda le lui permet, et que le standing de son hôte l'y prédispose. Il filtre ses appels (“Quand il ne répond pas et ne rappelle pas, c'est sa manière à lui de vous dire non”), mais reste à l'affût de la sonnerie de son téléphone portable, prêt à bondir pour répondre à la sollicitation d'un proche ou d’un “ami”. Et il bouge, beaucoup, dans tous les sens.

Depuis son élection à une écrasante majorité, l'heureux député ne compte plus les kilomètres parcourus, la poussière avalée, à sillonner inlassablement son bled natal des Rhmana. “Il avait donné des promesses (rénovation et construction d'écoles, d'hôpitaux, etc.), alors il revient pour les tenir”. El Himma maintient la flamme. Il renforce ses liens avec le réseau associatif local, promet des dons de mécènes (“Je reviendrai avec de l'argent offert par un mécène qui tient à son anonymat”, aurait-il ainsi plusieurs fois répété), et donne l'impression d'être encore en campagne électorale.

Une démarche de séduction un peu folle, exubérante, à peine interrompue, bien entendu, par les contacts de Si Fouad avec son “ami” le roi. Le temps d'un échange verbal en voiture, à travers les quartiers chics de Casablanca ou Rabat, le plus souvent sans témoin, El Himma est ailleurs, déconnecté, hors réseau, coupé de son monde. Exemple de cette anecdote, rapportée par nos confrères d'Al Massae : dans les premiers jours du ramadan, et alors qu'il s'apprête à assister à un f'tour au siège du ministère de l'Intérieur, organisé en guise de pot d'adieu à l'ancien ministre délégué, El Himma brille inexplicablement par son absence, laissant les convives, dont le ministre Chakib Benmoussa, sans nouvelles, complètement désemparés. Lassé d'attendre son invité, Benmoussa prend son courage à deux mains, passe une série de coups de fil, avant d'expliquer, soulagé, aux employés de la maison que “Si Fouad est en f'tour privé avec Sidna et il n'y a pas lieu de l'attendre, on peut entamer, nous, notre f'tour”.

L'étonnante, l'extraordinaire proximité entre le roi et son numéro 2 a été encore une fois vérifiée, spectaculairement, dans la soirée du 10 septembre, au lendemain de sa victoire électorale. “El Himma était venu directement aux studios de 2M à Aïn Sebaâ pour enregistrer une interview. Dès le générique de la fin, il est parti précipitamment pour reprendre la route, cette fois en direction de Khouribga, où le roi était en visite”, révèle l’un de ses proches. Pour ceux qui en douteraient encore, El Himma est toujours l'interlocuteur favori du roi, et il tient à le faire savoir.

“Svp, laissez-moi parler !”
La bougeotte de l'ancien ministre délégué fait dire à ses interlocuteurs, unanimes : El Himma est porteur d'un projet royal. “Il n'hésite pas à le rappeler, parfois directement, le plus souvent au détour d'une banale conversation, en évoquant une entrevue en tête-à-tête avec le roi ou, plus généralement, en mettant en avant les priorités du royaume, de la monarchie”. Ce projet, ces priorités, il les relaie de proche en proche et, fait nouveau, en public. Dès la proclamation des résultats des élections, le député a brûlé la politesse à tous les chefs de parti pour obtenir, le premier, un entretien télévisé sur 2M. Il inaugurait ainsi un cycle d'interviews sur les deux chaînes nationales, qui verront passer, bien après lui, les ténors du PJD, de l'USFP ou de l'Istiqlal. Comme pour sa toute première sortie médiatique, dans un long entretien accordé au quotidien Al Ahdat Al Maghribiya au cours de l'été 2005, c'est El Himma qui prend l'initiative et contrôle tout. Avant de passer devant les caméras, le député prépare en comité restreint les grandes lignes à débattre, les réponses à apporter, et demande expressément au journaliste-interviewer de l'interroger sur l'attitude (plutôt frondeuse) des islamistes du PJD au lendemain des élections. D'abord prévu chez lui à Rabat, en léger différé, le tournage se fait sur les plateaux de la chaîne “et en direct”, nous assure cette source à 2M. El Himma, sûr de lui, évoque sa proximité avec le roi, revient largement sur le développement social et économique du royaume, habituel refrain officiel, et critique ouvertement le PJD. Son passage à la télévision, largement vécu comme un dépucelage, lui a permis de s'adresser aux élites, aux ménagères, à Monsieur tout le monde. Et de gagner, comme on a pu le constater ici ou là, l'image “d'un fils du peuple aux accents à la fois sévères et sincères”, voire “d'un zaïm (politique) potentiel”, dans tous les cas loin, très loin, de l'image plutôt pantouflarde habituellement collée aux officiels. Une réussite.

“Alors, comment tu m'as trouvé ?”, demande inlassablement l'ancien ministre délégué à toutes ses relations, dès le lendemain de l'émission. L'un de ses proches résume l'impression générale récoltée auprès de ses “amis” : “On a dit à Fouad qu'il était bon et paraissait sûr de lui, mais que son attaque frontale du PJD et des islamistes en général avait étonné. Sa réponse a été : c'était voulu, c'était voulu !”.

El Himma venait de dévoiler, là, l'une des grandes lignes du “projet” dont il se veut le vecteur : faire front aux islamistes. Sur un plan plus intime, personnel, il a étalé au grand jour ce que ses nombreuses connaissances ont toujours vu en lui : un homme psychologiquement soucieux d'épater son interlocuteur et, selon la formule consacrée, “de lui en mettre plein la vue”. C'est cette même assurance, ce même objectif séduction, qui lui ont fait dire, lors d’une table ronde organisée par Al Massae, et alors que son temps de parole avait largement expiré : “Mais laissez-moi parler, âafak âafak, cela fait 20 ans (ndlr allusion aux 21 années passées dans les couloirs du ministère de l'Intérieur, entre 1986 et 2007) que je me tais !”, en portant sa main à la bouche, comme font les enfants pour supplier un adulte ! Le modérateur n'en revenait pas, le parterre des invités non plus, partis dans des éclats de rires. Lui était ravi, avait un sourire jusqu'aux oreilles… Et il a obtenu, en finesse, une rallonge de 20 minutes sur son temps de parole ! Efficace en plus.

Affable, charmeur, El Himma a le verbe haut et l'œil en permanence vissé sur son interlocuteur. Il contrôle. “C'est lui qui décide quand, à qui, et de quoi il veut parler”, explique un proche. Confirmation, donc, à la table ronde d'Al Massae où El Himma, surpris de voir débarquer les caméras d'Al Jazeera, tranche fermement devant les organisateurs : “Non, non, je ne veux pas de ça, je suis ici dans un débat entre Marocains. C'est moi qui décide quand je veux passer sur Al Jazeera ou ailleurs”. El Himma s'ouvre à tous, en public, pour dévoiler ce qu'il veut bien dévoiler de son “projet”, ou celui du roi, pour le Maroc.

Des relais dans la gauche
Depuis sa démission-surprise du 7 août, Si Fouad a entrepris une campagne de charme à l'échelle nationale. A ceux qu'il croise pour la première fois, il n'hésite pas à prendre les devants pour demander : “Vous voulez mon numéro de téléphone ? Je vous le donne. Vous comptez venir me voir ? Ne vous dérangez pas, c'est moi qui viendrai vous voir”. Vraiment ? En fait, comme nous l'explique ce familier du personnage, “El Himma est tel qu'en lui-même, mais à la puissance dix ! Ses traits sont forcés, exagérés, mais ils existaient tous à la base”. Exact. El Himma a toujours fait sien l'un des grands classiques du Makhzen, au moins depuis Hassan II. Quand il a besoin de quelqu'un, il l'assiège d'une cour assidue, l'appelle au téléphone plusieurs fois par jour, multiplie les familiarités, les plaisanteries, etc. Et quand il se détourne de la personne ? “Il ne répond plus au téléphone, ne rappelle jamais, disparaît pendant plusieurs mois, voire plusieurs années… avant de réapparaître, comme si de rien n'était, le jour où le vent tourne de nouveau en faveur de ladite personne, pour demander : alors, pourquoi tu ne m'appelles plus, ach dert lik, tu es fâché contre moi ?”, explique cette source qui a appris à composer avec les “méthodes” du personnage.

El Himma récite toujours ses classiques, éprouvés par son long séjour à Dar El Makhzen. “C'est sa nature, c'est lui, mais ce n'est pas cela qui pousse les gens vers lui”, objecte l'un de ses adeptes (de plus en plus nombreux). Si le compagnon de classe de Mohammed VI séduit et recrute autant, c'est que, en plus de mettre en avant sa proximité royale, il s'efforce de se construire l'image d'un producteur d'idées à part entière, au même titre qu'un leader politique.

“On savait qu'il pouvait régler un problème par un simple coup de fil sans préalable, qu'il était un homme d'action. Aujourd'hui il se déploie à ajouter une corde à son arc : celle d'un homme de réflexion”, explique cet acteur associatif.

El Himma, idéologue du régime ? “Pourquoi pas, Basri a bien mis en musique les orientations générales de Hassan II. El Himma, avec d'autres arguments, a largement contribué à la gestion des affaires du pays. Qu'est-ce qui l'empêcherait de revendiquer aujourd'hui la légitimité de produire et de faire circuler des idées ?”, s'interroge cet analyste.

Le député des Rhamna a battu le rappel de tous ses contacts pour débattre de ses “idées”, et éventuellement relayer. Il a entamé de larges cercles de réflexions, au sein du tissu politique ou associatif, avec une étonnante prédilection pour les anciens opposants et, plus généralement, des figures de gauche. “Il a gardé un bon souvenir de l'expérience, au départ très complexe, de l'Instance équité et réconciliation, avec des opposants hier encore républicains”, rappelle ce militant associatif. “El Himma y a gagné des amis, des relais, il est normal qu'il les associe aujourd'hui à sa réflexion”. Ce qui est sûr, c'est que l'ancien ministre délégué, qui a le sens de l'accroche, répète à des interlocuteurs bien ciblés que “sa rencontre avec les gens du Forum vérité et justice, et plus tard ceux de l'IER, a changé le cours de sa vie”. Une formule roublarde, qui fait dire à de nombreux acteurs de la gauche marocaine que “lui, au moins, il lui arrive d'afficher un air de progressisme dans ses idées, son discours”.

Le rassemblement des SEP
Depuis l'ouverture du Parlement, le 10 octobre, le député des Rhamna se livre à un rodéo qui promet de faire mordre la poussière à bien des chefs de parti, affolés, perturbés, par un élu qui attire tous les regards. “Il a fait répandre l'idée qu'il voulait se constituer en groupe parlementaire (ndlr : la condition, pour se constituer en groupe, est de rassembler un minimum de 20 élus), alors il a commencé à contacter les petites formations représentées dans l'hémicycle”, confie ce député. El Himma, fidèle à son habitude, cible ses approches. Il contacte en priorité des formations étiquetées de droite (ADL, FC, UMD, etc), avant de jeter son dévolu sur l'alliance PND - Al Ahd, forte au départ de 14 parlementaires. Abdellah Kadiri, le secrétaire général du PND, recalé aux législatives du 7 septembre mais tout heureux d'accueillir El Himma dans son alliance avec Al Ahd, confirme à tout venant. “Oui, oui, Si Fouad nous a rejoints avec d'autres SAP (candidats sans appartenance politique), nous formons désormais un groupe parlementaire, c'est officiel”, explique-t-il à tous ses interlocuteurs, au soir du 24 octobre. Au-delà de l'effet de surprise, le PND et Al Ahd n'étant pas les partis les plus “sexy” de l'hémicycle, l'annonce, relayée par toute la presse, prête à confusion. Et si El Himma avait tout bonnement rejoint le PND, et pas seulement l'alliance, comme certains ont pu l'écrire ?

“Faux, archi-faux”, répètent à l'unisson les fidèles de “Si Fouad”, que l'on dit alors “furieux des sorties médiatiques très maladroites de Abdellah Kadiri”. Le 15 octobre, un article paru sur la Une du Matin remet violemment les pendules à l'heure. “Abdellah Kadiri risque de payer cher ses sorties”, titre notre confrère pour nous expliquer, dans la suite, que l'erreur si fatale de Kadiri a été de “laisser entendre que Fouad Ali El Himma a rallié les rangs du PND”. C'est tout ? Oui, bizarrement.

Non, El Himma, pour reprendre une expression lâchée par cet élu, “ne peut appartenir à aucun parti, il est au-dessus”. Kadiri cloué au pilori, El Himma s'est appliqué, tout au long de la semaine, à chasser le doute. Le groupe qu'il s'est constitué (“Nous sommes 29 élus”, nous a déclaré, jeudi, la porte-parole du groupe, Fatiha Layadi) est un rassemblement constitué autour de sa personne. “Il est constitué d'individus sans étiquette politique (les SEP), même si certains ont été élus sous la bannière d'un parti existant”, nous explique ce membre du groupe. Le rassemblement des SEP, qui n'est pas sans rappeler celui des SAP (qui a débouché sur la constitution du RNI autour d’Ahmed Osman, alors Premier ministre de Hassan II, en 1978), porte déjà un nom : Attadamoun Wal Mouwatana (Solidarité et citoyenneté), en droite continuité de la campagne électorale de l'enfant des Rhamna. La confirmation, encore une, que le député est toujours en campagne…

La ruée vers le “parti” de Si Fouad
La question coule de source : et si les SEP d'El Himma se muaient demain en parti politique ? En dehors d'El Himma himself (et du roi ?), personne ne peut apporter de réponse exacte. Qu'à cela ne tienne. Une bonne partie des pensionnaires de l'hémicycle a entamé une folle cavalcade pour rejoindre les rangs de ce parti qui ne dit pas son nom : le groupe de la solidarité et de la citoyenneté ! “C'est surtout le cas des députés du MP et de l'UC (ndlr : 68 élus au total), les partis restés à l'écart du gouvernement”, commente ce parlementaire.

Jusqu'en milieu de semaine, les SEP d'El Himma étaient officiellement au nombre de 29. Ce qui place déjà le “parti” en sixième position, juste derrière l'USFP ! Le score pourrait atteindre des niveaux plus surréalistes si, demain, la porte est ouverte à tous les élus, de droite comme de gauche. Il n'est d'ailleurs pas exclu que ce groupe, que la rumeur parlementaire indexait mercredi à 45, dépasse rapidement le score du premier parti au Maroc : l'Istiqlal avec 52 heureux élus du 7 septembre, dont le Premier ministre Abbas El Fassi. De quoi donner des idées à tout le monde…

Car oui, demain, le groupe bien né des SEP, qui ne s'est toujours pas clairement prononcé pour le soutien ou l'opposition (au gouvernement fraîchement nommé “pour” Abbas), est en droit de se muer en parti politique. Et, pourquoi pas, en alternative sérieuse, dès 2012, date des prochaines législatives (voire avant si le roi le juge utile), à la dream team de Abbas El Fassi.

Entourloupe ? Hold up ? Non, même pas. Juste une acrobatie intellectuelle, politique, dont le système marocain, au moins depuis Hassan II, est potentiellement capable.




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1976. Un miraculé au Collège royal

C’est en 1976, à l'âge de 14 ans (il est né à Marrakech en 1962) qu'El Himma a intégré le Collège royal. Une chance inespérée pour ce pur produit de la classe moyenne (père instituteur, famille nombreuse) que rien ne destinait, a priori, à une proximité aussi précoce avec le futur roi du Maroc, d'un an son cadet. En 1976, donc, Fouad Ali El Himma est un élève studieux dans un collège de Kelaât Sraghna, après des études primaires à Ben Guerir, haut lieu des Rhmana. Brillant mais quelque peu rebelle, le jeune adolescent au caractère bien trempé a, à son actif, plusieurs petits mouvements de protestation collective. De la graine de gauchiste, même s'il n'y avait sans doute pas de quoi le conduire aux geôles hassaniennes, qui regorgeaient à l'époque de jeunes étudiants indisciplinés. Pourtant, lorsqu'on est venu convoquer le père de Fouad chez le gouverneur de Marrakech en 1976, la petite famille El Himma est convaincue d'être à la porte d'une catastrophe. Se préparant au pire, le père refile à son enfant de gros tricots de laine et le sermonne durant tout le trajet. Arrivé à Marrakech, El Himma père apprend qu'il est en réalité convoqué… par le ministre de l'Education nationale. Ira-t-on jusqu'à les expulser, son fils et lui, de l'école pour insubordination du gamin ? La question taraude l'esprit de Fouad et son père, qui ont pris cette fois la direction de Rabat, pour répondre à la convocation du ministre. Il leur faudra patienter deux longues journées avant d'être enfin reçus. “On ne les a pas laissé entrer car personne, parmi les employés du département, n'a cru qu'ils avaient réellement rendez-vous avec le ministre”, raconte un ami de la famille. Et c'est dans le bureau du ministre que Fouad apprendra la nouvelle qui allait transformer sa vie : Hassan II avait discrètement mis en place une commission pour ratisser toutes les académies du royaume et choisir, selon des critères dictés par le souverain lui-même, les meilleurs élèves qui allaient rejoindre le Collège, pour y accompagner la formation du prince héritier. Fouad Ali El Himma en faisait partie !
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1986. Dans les couloirs de l'Intérieur

En 1986, El Himma a soutenu une licence en droit et droit comparé à la Faculté de droit de Rabat. Après un mémoire de fin d'études sur les finances des collectivités locales, il est logiquement choisi pour effectuer son stage au ministère de l'Intérieur, alors sous la coupe du tout-puissant Driss Basri. Yassine Mansouri est affecté au même stage, alors que deux parmi les produits les plus en vue du Collège royal, Hassan Aourid et Noureddine Bensouda, atterrissent respectivement aux Affaires étrangères et aux Finances. Hassan II, de toute évidence, préparait la jeune pousse qui allait former plus tard la garde rapprochée du futur Mohammed VI… A l'Intérieur, El Himma, qui prépare un certificat en sciences politiques puis en sciences administratives, est un stagiaire studieux, assez éloigné du modèle du fonction-naire de l'Intérieur de cette époque. Mansouri et lui, restés proches du prince héritier et d'un Aourid étiqueté intellectuel de la bande, gardent de solides attaches avec leurs régions d'origine, entretenant et développant leurs contacts avec les élites locales. A l'orée des années 90, les copains de Son Altesse Royale côtoient d'anciens détenus politiques, des hommes de gauche, des intellectuels, étoffant au passage leurs réseaux relationnels. El Himma aide même quelques militants en difficulté financière. “On sentait qu'il n'oubliait pas ses origines modestes, témoignant une certaine affection pour les personnes en situation difficile”, raconte un militant associatif qu'il l'a fréquenté à cette époque. En fait, l'enfant de Ben Guerir a compris, vite, les premiers signes de détente de Hassan II, rapidement concrétisés par l'amnistie quasi générale décrétée au début de ces années 90. El Himma, qui a pleinement profité de cette brèche ouverte par le monarque, construit déjà l'image qui l'accompagne aujourd'hui encore : celle de “serviteur du Makhzen mais passablement sympathique”.
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1998. Au cabinet de Sa Majesté

En 1992, et sur recommandation spéciale du prince héritier, El Himma se présente aux élections communales à Ben Guerir. Basri, qui ne le porte pas spécialement dans son cœur, choisit (devant l'insistance du prince héritier ?) de laisser faire. Et le jeune El Himma de passer l'examen et de se retrouver, à 26 ans à peine, président du Conseil communal de Ben Guerir, la ville qui l'a vu grandir. Douce revanche pour le fils du peuple. Dès 1992, El Himma n'est plus, de facto, stagiaire à l'Intérieur. Même sur son CV officiel, son “stage” a été longtemps étalé sur dix années (1986 - 1996). Le “stagiaire” s'émancipe et s'affranchit progressivement de la tutelle de Basri, avec lequel les relations sont parfois difficiles. Opportuniste, il saisit une belle aubaine (le décès du député des Rhamna) pour se présenter aux élections partielles de 1995 et gagner un siège inespéré au Parlement. Pour l'anecdote, son directeur de campagne de l'époque n'est autre que la tête de liste PJD qui s'est présentée contre lui en 2007… Toujours pensionnaire de l'Intérieur, le désormais député boude l'hémicycle mais garnit son portefeuille relationnel. Et il se démarque, empruntant un parcours complètement différent de celui d’un Yassine Mansouri, resté dans l'ombre de Basri. “El Himma a la passion de la politique, Mansouri a la prudence de l'homme d'Etat”, résume ainsi un ancien cadre à l'Intérieur. Cette démarcation vaut à El Himma, dès la fin de son mandat parlementaire (qui se résume à deux années d'absence prolongée !), d'être nommé directeur de cabinet du prince héritier en 1998. Hassan II en a décidé ainsi. Question : pourquoi El Himma, pourquoi pas un Aourid, Mansouri ou Chraibi ? “Il y a sans doute la préférence du prince héritier, validée par le roi. Peut-être que le choix s'est porté sur El Himma parce qu'il a été très proche du prince. C'est par exemple le seul, avec Mansouri, à être resté en permanence à ses côtés. Et puis c'est un fonceur, quelqu'un qui peut trancher. Il prend des risques contrairement à un Mansouri qui calcule le moindre de ses faits et gestes”, analyse avec le recul notre source à l'Intérieur.
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2000. Un élan de gauche

Quand Mohammed VI accède au trône, Fouad Ali El Himma est donc son chef de cabinet. Il ne tarde pas à être nommé secrétaire d'Etat, et bientôt ministre délégué à l'Intérieur. Le ministère qu'il n'a, en fait, jamais quitté. Il officie, dans un premier temps aux côtés d'Ahmed Midaoui et intervient, avec discrétion, dans des dossiers sensibles. Du menu fretin en somme, jusqu'à l'année 2000 où El Himma reçoit, au siège du ministère de l'Intérieur, une délégation du tout nouveau Forum vérité et justice (FVJ), une association montée pour faire la lumière sur les exactions de l'ère Hassan II. El Himma n'est pas le seul “négociateur” mais c'est lui, incontestablement, qui mène la danse. “Il donnait des assurances, des garanties, et semblait porter la pensée du roi”, raconte ce membre du FVJ. El Himma, qui a toujours eu, pour reprendre notre source, “un certain élan de gauche”, monte une série de deals successifs avec l'équipe de Driss Benzekri. De ces deals naîtront successivement le célèbre pèlerinage de Tazmamart et, surtout, l'IER (Instance équité et réconciliation). El Himma a mené, et gagné, une grande bataille menée au nom du roi : celle de résoudre à moindres frais l'équation des années de plomb. Cette opération, qui a servi de révélateur, a permis à “l'ami du roi” de tisser de solides amitiés parmi les rangs des anciens opposants irréductibles de Hassan II. “Avec lui, on a compris qu'il était possible d'avancer, et qu'il disposait d'une certaine marge de manoeuvre”, souligne ce militant des droits de l'homme. Exemple : quand les membres de l'IER veulent déterrer les corps des victimes des émeutes de Casablanca en 1981 dans la caserne de la protection civile à Hay Mohammadi, c'est Si Fouad qui donne le feu vert alors que Mohammed VI était … au Japon. “Et lorsque les négociations le dépassaient, il disait : on va voir avec Sa Majesté”, nous explique cette source à l'IER. Et d’ajouter, l'air aussi ému que surpris : “El Himma a déjà dit à l'un des nôtres que sa rencontre avec les fondateurs du FVJ a changé le cours (politique) de sa vie”. Les élans de gauche, plus ou moins sincères, ont largement bonifié l'image de l'enfant des Rhamna.
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Depuis 2003. Après le Roi, c'est Moi !

“Seuls Fouad Ali El Himma et Mohammed VI ont cru Hamidou Laânigri, alors patron de la DST, lorsqu'il s'alarmait de la situation catastrophique des banlieues et du pays profond, bien avant les événements du 16 mai 2003”, nous confie cette source à l'Intérieur. L'année 2003 est celle où El Himma, de l'aveu même de cet ancien responsable sécuritaire, “devient le coordonateur entre les différents services (de sécurité) du pays”. L'irruption du terrorisme, menace directe pour le trône, lui permet en outre d'affûter davantage son profil de “politique”. Les négociations les plus délicates, dont les célèbres rappels à l'ordre faits au PJD au lendemain du 16 mai, portent son empreinte personnelle. “L'Etat devait jouer son rôle de régulateur du champ politique, et il l'a fait”, a-t-il ainsi clamé lors de la table ronde d'Al Massae, pour justifier cette attitude. Une manière aussi de signifier, sans le dire : “Et l'Etat, en l'occurrence, c'était (largement) moi !”. Le ministre délégué joue au tribun, fait appel à ses lectures, décline avec un mélange d'habileté et de fermeté la “ligne” officielle. “Depuis 2003, on a clairement senti chez lui cette volonté d'être pris au sérieux, de casser le cliché selon lequel les hommes du sérail sont des grands enfants”, raconte cet interlocuteur qui a pratiqué El Himma avant et après 2003. Le n° 2 recrute des “amis”, des adeptes. Il flirte pêle-mêle avec les milieux politiques, associatifs, médiatiques. En un mot, il fait son Basri mais à une nuance près, et elle est de taille : Basri n'a jamais été “l'ami de Hassan II”. L'amitié entre El Himma et Mohammed VI conduira le souverain à rendre un vibrant hommage à son ministre délégué, quand celui-ci perd son père, courant 2007. Cette même amitié explique, en partie, qu'El Himma n'ait informé personne parmi ses proches de sa démission, avant son officialisation le 7 août 2007.
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Plus loin. Notre ami Fouad

El Himma n'a rien perdu de ce qui faisait réellement de lui le numéro 2 du régime : un solide rapport amitié-proximité avec le roi. Redéployé en homme politique, surprenant élu des Rhamna, il est en passe de reconfigurer les contours du Parlement et peut-être bien, au-delà, de tout le champ politique. El Himma a atteint avec une rapidité déconcertante deux de ses premiers objectifs : constituer un groupe parlementaire et “sauter” sur la présidence de la commission des Affaires étrangères à l'hémicycle. Le groupe, qui talonne déjà celui de l'USFP, peut lui servir de noyau dur pour un parti politique plus fort que toute la droite réunie. La commission des Affaires étrangères lui assure une connexion et un suivi permanents du dossier Sahara. Et il a pu réaliser tout cela en moins d'une semaine passée au Parlement ! Plus généralement, El Himma met déjà à mal plusieurs formations politiques, du MP à l'UC, en passant par tous les hizbicules de droite, dont les élus sont de plus en plus nombreux à lorgner le “groupe de Si Fouad”, qui rappelle quelque peu le “groupe de Si Osman”, monté pour préparer la naissance du RNI en 1978. Vidées de leurs élites, l'avenir de ces formations, et de leurs zaïms respectifs, s'inscrit désormais en pointillés... Et les mêmes secousses peuvent parfaitement gagner, dans un effet boule de neige, des formations de gauche, l'USFP à leur tête. Tout ce remue-ménage porte un nom, c'est évident : une recomposition-redéfinition transversale de l'ensemble de la classe politique, avec l'émergence d'élites et d'alternatives nouvelles, pour parer à toute crise politique d'ici 2012. Est-ce là l'objectif assigné (par le roi ?) à l'ancien ministre délégué à l'Intérieur ? En ciblant par ailleurs, via une surprenante opération de charme, les milieux associatifs, notamment de gauche, El Himma semble installer en douce, sans forcément le dire (c'est sa marque de fabrique), l'idée que “le développement humain et la réforme de l'institution monarchique, c'est possible… mais avec des interlocuteurs (partis, ONG, groupes de pensée) agréés”. Est-ce là un autre parmi les objectifs assignés à Si Fouad ?

Karim Boukhari

L’engagement amoureux

28/10/2007 14:23 par juste-1980

  • L’engagement amoureux

    L’engagement amoureux

    28/10/2007 14:23 par juste-1980

L’engagement amoureux
Par Michelle Larivey , psychologue



Table des matières

    Introduction
    A- Un point de vue sur la relation amoureuse
      Deux individus à part entière
      Une relation mouvante par définition
      La permanence est un constat
    B- S'investir dans une relation et s'y abandonner?
      S'abandonner à la relation
      S'investir dans la relation
    C- L'engagement refusé: un faux problème
      L'engagement de celui qui réclame
    D- Comment faire autrement?
      L'expression de la demande exige moins que celle du besoin
      L'expression du besoin permet d'évoluer
      L'expression du besoin affectif
    Conclusion



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    Introduction


    Combien de femmes se plaignent du refus d’engagement des hommes qu’elles rencontrent! Combien d’hommes fuient comme la peste les femmes qui réclament leur engagement! Un grand nombre d’entre nous, des femmes surtout, exigent l’engagement de leur partenaire avant de se compromettre elles-mêmes dans la relation. Pour elles, la sécurité virtuelle procurée par l’engagement de l’autre est même un prérequis à leur investissement total dans la relation ou encore une condition «sine qua non» à s’y abandonner.

    C’est un sujet qui revient souvent en psychothérapie et le travail que nous effectuons à ce sujet est généralement bénéfique. Parfois il permet de redonner vie à une relation qui s’éteignait, d’autres fois de renouer une relation qui s’effritait et souvent il amorce l’approfondissement d’une relation qui autrement aurait été abandonnée, malgré une forte attirance au départ.


    A- Un point de vue sur la relation amoureuse


    Il serait trop long de définir ici la vision de la relation amoureuse sur laquelle s’appuie cet article. Je m’appuierai donc sur une série d’articles de Jean Garneau se rapportant à l’amour. Ces textes sur l’amour et la vitalité de la relation de couple sont disponibles dans la section infopsy du site www.redpsy.com et devraient être lus avant celui-ci. Les plus directement pertinents à cet article sont «L’amour contact» et «Évaluer la vitalité de ma relation de couple».
    Voici un résumé très succinct des principaux éléments que j’en retiens pour cet article. J’invite toute personne à lire les articles suggérés si ces conclusions sommaires ne lui semblent pas suffisamment claires ou lui apparaissent mal fondées.


    Deux individus à part entière

    La relation de couple à laquelle je réfère dans cet article est celle où les partenaires choisissent d’être des individus à part entière. La relation leur sert à répondre à certains besoins psychiques, mais chacun continue de porter toute la responsabilité de ces besoins. Ceci ne signifie pas qu’ils veulent répondre eux-mêmes à ces besoins indépendamment de la relation; chacun porte ses besoins en ce sens qu’il prend lui-même l’initiative nécessaire pour obtenir satisfaction. Cette responsabilité implique nécessairement qu’on assume un risque: celui de ne pas toujours recevoir la réponse souhaitée.


    Une relation mouvante par définition

    Comme tout ce qui est vivant, la relation entre deux personnes est en mouvement continuel. Non seulement elle se transforme avec le temps, mais d’un moment à l’autre le vécu de chacun et le rapport entre les deux personnes se modifie sans cesse. La relation s’apparente donc au vécu émotionnel de chaque personne qui, lui aussi, est en mouvement continuel. Nous voyons donc, dans la relation, deux individus dont l’expérience émotionnelle et les besoins affectifs sont en mouvement constant et, par conséquent, une relation qui est en changement continuel. ( Cette notion du mouvement de l’expérience est décrite de façon plus détaillée dans «L’Auto-développement: psychothérapie dans la vie quotidienne» .)

    La relation se transforme toujours continuellement, mais c’est seulement à certaines conditions que ce changement se fait dans le sens d’un épanouissement. Une des conditions les plus importantes de cette croissance c’est que chaque partenaire consente à l’existence de ses besoins psychiques et affectifs ainsi qu’à la nécessité d’agir pour les satisfaire (comme nous le faisons pour nos besoins d’ordre physique). Sans ce consentement fondamental, on assiste à une répétition du vécu qui se traduit la plupart du temps par la reprise fréquente des mêmes scénarios relationnels et des mêmes comportements stériles. (À ce sujet, les articles concernant le transfert sont particulièrement éclairants. Voir: «Le transfert dans les relations» et ceux qui y font suite.)


    La permanence est un constat

    Dans cette relation caractérisée par le mouvement continuel, la permanence du lien est une réalité qu’on ne peut que constater après un certain temps; elle ne peut jamais être décidée à l’avance ou devenir une promesse.

    Cette promesse chère aux amants enflammés de faire durer leur amour n’est en réalité que l’expression d’un bonheur actuel qu’ils espèrent faire durer. En plus intense, elle ressemble à celle qu’on fait à des amis de se revoir très bientôt lorsque la soirée a été délicieuse. Rien ne garantit qu’on le fera; la promesse exprime avant tout notre désir de perpétuer le plaisir actuel. Combien d’amitiés de vacances restent sans suite malgré des promesses du genre!

    Il faut donc se rappeler de cette réalité fondamentale: l’amour n’est pas un contrat mais une expérience vivante! Le mariage, par contre, en est généralement un: il fournit l’encadrement qui tend à assurer la sécurité qu’on considère comme la «gardienne» d’un amour durable. C’est sur un tel fondement que deux individus peuvent perpétuer une relation sans qu’elle soit «nourrissante». Il existe des milliards de relations dans lesquelles les individus régressent, s’éteignent ou se dessèchent plutôt que de se construire.

    Mais ce dont il est question ici c’est plutôt d’une relation entre partenaires qui désirent répondre à des besoins psychiques et affectifs l’un avec l’autre. Et pour y parvenir, il doivent demeurer vivants: chacun doit rester vivant à la fois par lui-même et dans la relation.

    Même si la permanence ne peut s’appuyer sur un engagement direct, il demeure que certaines attitudes et certains comportements peuvent la favoriser. Le lecteur pourra facilement repérer ces facteurs dans l’analyse que je propose un peu plus loin.

    B- S’investir dans une relation et s’y abandonner?


    S’abandonner à la relation


    Avant d’aller plus loin, voyons comment on peut considérer l’engagement et l’abandon dans cette vision humaniste de la relation amoureuse que présente l’Auto-développement,

    Commençons par l’idée d’abandon car elle est la plus facile à expliquer. Il s’agit tout simplement de ne pas faire obstruction à la mouvance naturelle de la relation. En d’autres mot, il s’agit de rester vivant et de laisser la relation se développer en conséquence.

      Par exemple, il s’agit de vivre sans tenter de contrôler la trajectoire de la relation en usant d’artifices. ne va pas du tout, mais pour ne pas ajouter à la perturbation, je fais comme si tout allait pour le mieux.»

      Il s’agit aussi de vivre sans tenter de figer les bons moments. «Nous sommes particulièrement heureux ensemble en ce moment, donc je demeure immobile et n’exprime rien qui puisse intoduire quelque changement.»

      De même, ignorer les mauvais passes c’est aussi faire obstacle au déroulement naturel de la relation. «Ce n’est rien, ça va passer tout seul.» Car s’il y a un passage difficile, c’est qu’il y a un problème qui doit être réglé pour que la relation continue son cours sans demeurer «handicapée».

      Enfin, s’abandonner à la relation c’est la vivre sans chercher à l’enfermer dans des certitudes illusoires. «Je te promets de toujours t’aimer, de toujours être là.»
    C’est dans cette perspective que l’on parle du constat de sa permanence. Au lieu de la viser comme un but, il s’agit de se comporter d’une façon qui peut la favoriser. Et la meilleure manière de la favoriser c’est de s’investir affectivement dans la relation.

      J’expliquais un jour ce concept à un homme d’affaires très florissant qui accumulait les échecs dans ses relations amoureuses. Lui qui considérait comme une évidence la nécessité, en affaires, d’investir à long terme pour obtenir des résultats de qualité, me répondit: «Je n’aurais jamais pensé que c’est la même chose en amour». Pourtant il s’agissait d’un milliardaire plus que brillant.

    S’investir dans la relation

    S’investir dans la relation c’est essentiellement y être vivant et régler les problèmes qui surgissent inévitablement. Il ne faut pas l’oublier: une relation amoureuse réunit deux êtres distincts. Chacun a sa personnalité propre, un passé particulier qui a contribué à le façonner, des besoins affectifs particuliers (même si, pour l’essentiel, ceux-ci se ressemblent d’un humain à l’autre), des besoins individuels qui émergent rarement en synchronisme avec ceux de l’autre, des aspirations qui lui sont propres... une vie qui se déroule en-dehors de la vie à deux. En somme, plusieurs facteurs se combinent pour faire que la relation rencontre inévitablement des embûches à répétition, même sans considérer les perturbations découlant des inévitables de transferts respectifs. (Voir à ce sujet «Le transfert dans les relations» et «Aux sources du transfert» .)

    C- L’engagement refusé: un faux problème


    L’engagement qu’on tend souvent à exiger au seuil d’une relation de couple n’est pas la sorte d’engagement qui favorise la croissance et la vitalité dont il a été question plus haut. Sans le vouloir, c’est plutôt la sclérose qu’on recherche en demandant l’assurance rassurante de sentiments futurs inchangés. Quel que soit le secteur de la vie, la recherche de sécurité n’est jamais au service de la croissance. Elle constitue au contraire une tentative pour déterminer les directions où la vie pourrait nous amener.

      «Dis-moi que tu m’aimeras toujours.» «Promets-moi que nous, c’est pour la vie.»
    De telles promesses sont nécessairement impossibles; comment pourrait-on réellement garantir que nos sentiments resteront inchangés sans connaître à l’avance les événements qui pourraient les affecter? Même l’engagement à investir dans la relation pour en traverser les crises, une promesse apparemment plus réaliste, ne peut être que relatif car il suppose une motivation qui resterait intacte indépendamment des événements et du comportement de l’autre.

    Je vais présenter maintenant un exemple typique de la demande d’engagement afin de montrer ensuite par quoi cette demande peut être remplacée si on veut permettre à la fois le mouvement et la croissance dans la relation. Je lui donne un titre qui évoque le rêve que bien des personnes caressent secrètement et que d’autres réclament plus ou moins ouvertement.

      Si tu m’aimais vraiment, tu me promettrais de toujours m’aimer.

      Julia aime passionnément Louis-Philippe depuis huit ans. Ils vivent ensemble depuis environ six ans, sans mariage toutefois. Dernièrement ils ont acheté une propriété ensemble, tous deux conscients que ce choix les liait encore davantage. Louis-Philippe est un père substitut exemplaire pour les deux enfants de Julia. Jusqu’à maintenant, il a traversé (avec courage) plusieurs tempêtes provoquées par les enfants de Julia ou par la relation tumultueuse de celle-ci avec son ex-mari.

      Malgré une la grande implication de Louis-Philippe dans le quotidien de Julia et bien que ce dernier soit démonstratif de ses sentiments amoureux, cette dernière demeure insatisfaite. Elle se dit incapable de savourer totalement cet amour. Il lui semble que pour s’abandonner à la relation il faudrait que Louis-Philippe lui promette un amour permanent.

      Celui-ci lui refuse toujours cette promesse. Parfois avec impatience, parfois calmement mais toujours fermement.

      Au fond d’elle-même, Julia sait bien qu’il a raison: «l’amour ne peut pas s’accompagner d’une garantie» déclare-t-elle lorsqu’elle discute de ce problème avec ses amies. Rationnellement, elle est tout à fait d’accord avec le point de vue de Louis-Philippe, mais sa réaction affective reste imperméable à tous les raisonnements qu’elle se sert elle-même et qu’on lui sert depuis des années.

      Il en est de même de son insécurité dans la relation: sa peur de perdre Louis-Philippe et sa conviction qu’il peut toujours trouver une femme plus intéressante qu’elle. Aucun «raisonnement» ne peut et ne pourra jamais la convaincre du contraire.
    On peut se demander pourquoi Julia réclame ces déclaration de la part de Louis-Philippe. Pourquoi elle ressent le «besoin», comme elle le dit, d’une garantie sur son amour?


    L’engagement de celui qui réclame

    Julia est sincèrement convaincue que la solution à son problème résiderait dans l’engagement de Louis-Philippe. Elle est persuadée que si elle obtenait ce serment elle pourrait enfin se laisser aller et profiter pleinement de l’amour qu’il lui prodigue. C’est pour cela qu’elle ne peut renoncer à son attente, même si elle la qualifie elle-même de déraisonnable et d’impossible à combler.

    Mais ce que Julia ignore, c’est que c’est elle qui a un problème d’engagement. C’est sa propre peur de s’engager à fond qu’elle projette aveuglément sur son conjoint. C’est ce qu’elle finira par comprendre en psychothérapie.

    Mais un premier temps Julia nie vigoureusement toute réticence à s’engager. Comment pourrait-on croire qu’elle n’est pas impliquée à fond dans cette relation alors que Louis-Philippe “sait” bien qu’il est l’homme de sa vie. Ne le lui rappelle-t-elle pas “parfois”? Ne se montre-t-elle pas plus qu’aimante dans leurs rapports sexuels? Ne se plaint-elle pas régulièrement du fait que sa présence lui manque?

    Toutes ces preuves peuvent effectivement être considérés comme les signes d’une forme d’engagement. Mais ce que Julia ne fait jamais, c’est de “livrer le fond de son coeur”, sans emballage ni manières subtiles d’en atténuer la portée. Et si elle n’y consent pas, c’est à cause de l’image d’enfant carencée qu’elle craint de donner d’elle-même. Une femme accomplie et indépendante sur le plan professionnel peut-elle donner une telle image d’elle-même? Julia y résiste de toutes ses forces et ce depuis le tout début de sa relation avec Louis-Philippe. (On peut supposer qu’elle avait la même attitude dans ses relations importantes précédentes).


    D- Comment faire autrement?


    L’expression de la demande exige moins que celle du besoin


      Paradoxalement, Julia accepte (parfois) de faire connaître son attente impossible. On pourrait facilement s’en étonner. Pourquoi est-elle capable de demander une promesse d’amour alors qu’elle se refuse complètement à montrer son «besoin» d’amour?

      C’est toujours la même chose que fait Julia depuis huit ans (en fait depuis toujours). Elle choisit de mettre l’accent sur sa demande tout en dissimulant son besoin et c’est justement ce qui l’amène à un piétinement stérile dans son développement psychique. Pourquoi continue-t-elle de faire ce choix, malgré la stagnation qu’elle constate assurément dans son cheminement à ce sujet?
    Pour comprendre, il faut noter une subtile différence entre une demande d’implication de l’autre et l’implication de soi par la révélation d’un besoin affectif. C’est un piège dans lequel tombent sans s’en rendre compte même les adeptes les plus sophistiqués de la croissance personnelle.

    Une partie de l’explication réside, je crois, dans notre environnement culture. Il est relativement acceptable, dans notre société, d’espérer être aimé pour toujours. Plusieurs institutions encouragent même depuis longtemps un engagement de cette nature. Une telle attente est si bien passée dans nos moeurs qu’elle semble relativement acceptable par les esprits modernes. Mais il en va tout autrement des besoins affectifs «infantiles»; ils qui sont d’emblée inacceptables, sinon carrément tabous, aux yeux de la plupart des gens. Laisser voir de tels besoins, c’est sans contredit se rendre très vulnérable: vulnérable à la fois au jugement et au rejet.

      Pour Julia, comme pour la plupart d’entre nous, le risque affectif est trop grand. Et si Louis-Philippe la rejetait parce qu’elle manque de maturité affective? Julia est hantée par cette peur chaque fois que surgit en elle le besoin d’être rassurée sur l’amour de Louis-Philippe. Il lui arrive parfois de parler du sujet sur lequel elle se morfond, notamment pour expliquer l’origine d’une querelle que Louis-Philippe ne comprend pas. Mais chaque fois elle se garde de se livrer complètement. Elle transforme son besoin en demande: une demande à Louis-Philippe de «se mouiller» davantage dans la relation. Elle impose alors subtilement une pression à son amant plutôt que risquer de se compromettre totalement. Voici, par exemple, ce qu’elle aurait alors à lui exprimer:

        combien en ce moment elle est dans l’insécurité
        combien son amour est important pour lui donner l’impression d’être aimable et
        même pour faire d’elle un être valable à ses propres yeux

      Julia considère ces expériences affectives comme infantiles. C’est d’autant plus vrai qu’elle éprouve souvent ce besoin de se faire rassurer. À ses yeux, de tels propos n’ont aucun sens dans une relation entre adultes car ce sont des insécurités d’enfant.

      Il est vrai que son insécurité provient de l’échec de ses attachements antérieurs, plus particulièrement avec sa mère qui l’a en quelque sorte abandonnée en tombant gravement malade alors qu’elle était encore toute petite. Ce sont des questions qu’elle a bien explorées en thérapie. Maintenant qu’elle en est consciente, elle espère devenir capable d’être raisonnable et de se comporter en adulte, sachant bien, après tout, que Louis-Philippe l’aime.
    L’expression du besoin permet d’évoluer

      Tout serait tellement plus simple si Julia parvenait à exprimer ce besoin chaque fois qu’il apparaît. Plus simple pour lui permettre de se développer dans cette relation, plus simple pour maintenir la vitalité de la relation, plus simple aussi pour établir la relation avec Louis-Philippe sur ses bases réelles lorsqu’elle se trouve en transfert avec lui. Enfin et surtout, une telle expression rendrait énormément plus simple et plus efficace sa conquête du «droit à l’existence».
    En effet, les besoins vécus par Julia dans cet exemple se rapportent à la problématique d’un «transfert du droit à l’existence». (Voir «Transfert et droit de vivre» .) Louis-Philippe prend alors une valeur de mère substitut aux yeux de Julia. Elle attend de lui ce qu’elle n’a pas suffisamment obtenu de sa mère: la confirmation de fait qu’elle est un être aimable. Sans s’en rendre compte, Julia adopte avec Louis-Philippe la même attitude d’indépendance qu’elle prenait avec sa mère insuffisamment aimante. Elle restait muette et s’éloignait même, de peur de s’imposer. Aujourd’hui, avec son amant, elle tait son besoin criant pour des raisons semblables: il pourrait trouver son besoin insupportable et la rejeter pour s’en protéger.

    Ceci conduit à un autre comportement paradoxal. La peur du rejet amène Julia à repousser l’amour de Louis-Philippe: elle n’en jouit pas entièrement et elle ne s’en nourrit pas complètement. Elle n’y croit pas tout à fait, elle s’imagine qu’il peut la tromper, elle a souvent des accès de jalousie et elle est persuadée que cet amour aura une fin. Cette dernière crainte devient une autre raison pour laquelle il lui semble dangereux de s’impliquer sans une véritable garantie. Mais en fait Julia a justement adopté la méthode la plus sûre pour que sa relation échoue:

      se tenir sur la réserve, faire pression sur Louis-Philippe pour qu’il s’engage davantage, éviter de se laisser profondément toucher par son amour et en douter malgré des manifestations évidentes.
    Selon mon expérience comme psychothérapeute, ce n’est pas le fait d’exprimer à son amoureux toute son importance qui le fait fuir. Ce sont les demandes d’investissement que l’on répète au lieu d’assumer ouvertement nos propres besoins. Ce sont les pressions indues et indirectes qu’on lui fait subir pour qu’il nous donne ce qu’il ne peut nous donner: la promesse d’une constance dans ses sentiments, l’assurance qu’on aura été la seule bonne amante dans sa vie, l’assurance qu’aucune autre femme n’attise son désir... en d’autres mots, l’exigence qu’il se compromette plutôt que de nous compromette nous-même. À mon avis, même l’homme souffrant du syndrome de «la corde au cou» peut supporter d’être revêtu de toute l’importance transférentielle que lui accorde sa conjointe. (Voir «N’y a-t-il pas d’amour heureux» par Guy Corneau.) Il suffit que cette importance ne lui soit pas assignée comme un poids, un devoir de délivrer des actes précis, une obligation d’éprouver ou de ne pas éprouver des sentiments particuliers.


    L’expression du besoin affectif

    La plupart d’entre nous sommes peu familiers avec la forme d’expression qui permet de sortir d’un piège de ce genre. Les conventions sociales et notre environnement culturel ne l’encouragent évidemment pas. Voici donc un aperçu des éléments qu’elle pourrait intégrer dans une situation comme celle de Julia. (Voir aussi «L’expression qui épanouit» par Gaëtane La Plante .)

    L’expression par Julia de son besoin affectif exigerait qu’elle montre à Louis-Philippe l’importance réelle qu’il a pour elle. Elle lui exprimerait ses réactions émotives à propos de son besoin d’être aimée chaque fois qu’elles surviennent. De plus, dans la mesure où elle est consciente d’assimiler Louis-Philippe à sa mère, elle aurait avantage à reconnaître cette réalité afin de mieux intégrer cette expérience affective. Il est fort possible aussi, comme cela se produit souvent, que la conscience de ce transfert allège la responsabilité à laquelle Louis-Philippe pourrait se contraindre, lui-même tributaire de son propre transfert en face de Julia.

    Voici donc la forme que pourrait prendre l’expression de Julia à l’égard de sa mère substitut.

      Je tiens à toi comme à la prunelle de mes yeux.
      Ton amour me valorise.
      Chaque fois que tu t’éloignes, je crains de te perdre (même si je sais que c’est insensé). Je suis jalouse du moindre regard que tu déposes sur une autre femme.
      Je vis à peu près constamment dans la peur que tu en préfères une autre à moi (même si tu m’affirmes souvent que c’est moi que tu aimes).
      Si tu t’éloignes pour ton travail, j’ai peur que tu te détaches de moi (même si ça n’est jamais arrivé depuis le temps que tu t’absentes régulièrement).
      Si je te perdais, mon amour, ce serait la catastrophe.
      Etc...

      Saches aussi que je ne te demande pas de me donner ce que tu n’as pas envie spontanément de me donner parce qu’il s’agit de ton expression à toi. Je veux seulement te signaler que tu as toute cette importance pour moi.
    Et Julia pourrait aussi exprimer ce qu’elle ressent au moment où elle reçoit ce qu’elle recherche sans l’avoir demandé. Par exemple:

      Je me sens aimée par toi en ce moment et cela me fait un bien énorme.
      Je suis heureuse quand tu me jettes un regard affectueux pendant que tu es occupé à aider le petit à ses leçons. (Je sais que c’est infantile, mais on dirait que j’ai besoin d’un regard amoureux constant de ta part.)
      J’ai eu si peur que tu restes éloigné de moi longtemps après que je t’ai manifesté mon mécontentement hier. Je suis soulagée de voir que ma colère ne t’a pas heurté.
      Etc...
    Et, si nous comprenons bien les enjeux réels d’une telle expression, nous pouvons ajouter qu’en agissant ainsi, Julia contribue justement à se donner le droit d’être qu’elle voudrait obtenir de Louis-Philippe. Elle s’accorde un droit qu’ils ne serait jamais capable de lui donner, le droit d’exister vraiment en contact avec sa mère et avec tous ceux qui en sont les substituts ou les équivalents.



    Conclusion


    J’espère avoir montré clairement l’importance de faire la différence entre la demande d’expression faite à l’autre et notre propre expression d’un besoin affectif. Chaque fois qu’il s’agit d’un besoin fondamental rattaché aux conquêtes de “la liberté de vivre”, chaque fois que celui-ci est vécu dans une relation transférentielle, cette distinction est cruciale et détermine les résultats qu’on peut espérer. On ne peut, sans perdre l’essentiel, faire l’économie de ce type d’implication personnelle. C’est le principal prix à payer pour assurer notre développement psychique et aussi notre croissance dans la relation.

    Ces besoins fondamentaux sont nécessairement présent dans une relation aussi importante qu’une relation amoureuse. Si on les laisse se manifester uniquement dans les formes indirectes que nos craintes nous amènent à leur donner, ils deviennent la plupart du temps les germes de la destruction du couple ou de sa stagnation qui détruit la vitalité des partenaires. Mais si au contraire on s’emploie à en faire une expression complètement assumée comme celle que je présente dans cet article, on évite de nombreuses frictions stériles et on y gagne un épanouissement considérable et nos libertés les plus importantes.

Événement.

20/10/2007 02:35 par juste-1980

  • Événement.

    Événement.

    20/10/2007 02:35 par juste-1980

Par Ahmed R. Benchemsi
et Nadia lamlili

Événement.
Formation du gouvernement. Crises, coulisses et surprises


(DR)

Débordé par les folles exigences des ses “partenaires”, Abbas, comme on pouvait s'y attendre, s'est abrité derrière le roi. Lequel a chargé son conseiller Meziane Belfqih de régler l'affaire en deux jours. Résultat : un gouvernement surprenant, et une série d'implosions partisanes dans son sillage. Mais tout n'est pas encore joué…


Mercredi 10 octobre dans la soirée, Abbas El Fassi a appelé sur leurs portables les chefs de parti de sa majorité, un par un. Et il a rendu une visite personnelle à chacun d’eux, pour les “informer de la liste

définitive du gouvernement”. Les “informer”, oui. Tout à coup, après trois semaines de négociations et l'impression générale que la situation était irrémédiablement bloquée. Oui mais voilà, le Premier ministre a aussi apporté d'autres nouvelles : cette liste était “validée” par Mohammed VI, lequel avait aussi décidé de changer d'interface. Désormais, c'est l'influent conseiller Abdelaziz Meziane Belfqih qui chapeautera les tractations gouvernementales au nom du roi, en lieu et place de son homologue Mohamed Moâtassim, témoin impuissant de l'impasse dans laquelle El Fassi et ses “partenaires” s'étaient progressivement enferrés. La liste peut-elle encore être modifiée ? Peu de chances, d'après nos sources : “Tout amendement risquerait d'être interprété comme un affront direct à Sa Majesté”. Voilà qui est clair. Et tant pis pour la pureté de la “méthodologie démocratique”. On n'allait pas y passer 110 ans non plus…

Abbas en façade, Belfqih à la manœuvre

La nuit de mercredi a été longue. De téléphone en téléphone, la liste s'est répandue comme une traînée de poudre et tous les états-majors des partis se sont réunis - souvent, aux domiciles de leurs chefs, et parfois jusqu'au s'hour. Certains ont pavoisé, d'autres ont serré les dents. Et tous ont commenté l'afflux au gouvernement de “stars” fraîchement repeintes aux couleurs d'un parti ou d'un autre : Aziz Akhennouch, Nawal El Moutawakil, Amina Benkhadra… Que de surprises, M. Belfqih !

Jeudi 11 octobre en fin de journée, la liste était quasi définitive, mais l'investiture officielle du gouvernement annoncée seulement en début de semaine prochaine. C'est du moins ce que croyaient savoir les responsables politiques que nous avons interrogés ce jeudi soir, avant de passer sous presse. Le roi, justifient-ils, a un agenda serré. Vendredi, il se rendra au Parlement pour y prononcer son traditionnel discours d'ouverture de la session inaugurale. Et vu que l'Aïd tombe ce week-end, il y a “de fortes chances”, disaient-ils, que l'annonce se fasse lundi ou mardi. Ils n'en savaient certainement rien, pas plus qu'ils n'étaient préparés, mercredi encore, à un dénouement aussi soudain. Le roi, que nul ne l'oublie, est toujours le maître du jeu, et son calendrier s'impose à tous.

Le nouveau gouvernement comprend donc, toujours à l'heure où nous mettons sous presse, 31 ministres et secrétaires d'Etat, dont 6 dits “de souveraineté”. C'est plus qu'El Fassi n'avait annoncé au début des négociations. Son objectif d'alors (sans doute ces “orientations et conseils royaux” qu'il disait vouloir appliquer “à la lettre” le jour de sa nomination) était de distribuer 20 portefeuilles et d'en réserver 8 autres au Palais. On sait ce qu'il est advenu de ce pieux objectif, tant que Abbas était seul à le défendre : tous les partis ont demandé des rallonges. Pire : moins bien ils étaient classés au Parlement, plus ils en demandaient. L'USFP, arrivé bon cinquième, réclamait ainsi 6 sièges (au lieu des 4 proposés par El Fassi), et le RNI, quatrième au compteur, a carrément remis en cause toute l'architecture proposée par le Premier ministre, menaçant de… passer à l'opposition !

Vite débordé, El Fassi n'a pas tardé à s'en remettre à l'arbitrage royal. Pourquoi était-ce si désespérément prévisible… ? Au début de la dernière semaine de tractations, les principaux chefs de parti ont même été à Fès pour “rapprocher leurs points de vue” sous la supervision du conseiller Moâtassim, pas encore débarqué à ce moment-là. Cinq chefs de parti, dont le Premier ministre désigné, qui se déplacent tous pour rencontrer un seul conseiller royal, appréciez le symbole ! Pendant le dîner, Abbas, studieux, a proposé une “architecture gouvernementale retouchée”. Philosophie de la chose : “Il me faut plus de sièges pour contenter tout le monde”. On ne sait si c'est Moâtassim ou son successeur Belfqih qui a donné le feu vert à El Fassi (c'est probablement le second), mais ce soir-là, à Fès, le secrétaire général de l'Istiqlal s'est quand même fait drôlement enguirlander. Sa Majesté, lui aurait dit Moâtassim, n'apprécie pas que la présidence du Parlement soit intégrée dans les négociations. “Le conseiller royal a dit à El Fassi que son job était de former le gouvernement, pas de s'occuper du Parlement”, nous raconte-t-on. On imagine Abbas au comble de la contrition…

Puis Belfqih est entré en scène, avec les coudées plus franches et sans doute un soutien royal plus nettement marqué. Mais il fallait quand même tenir compte des revendications des partis. Premier dommage : la belle structure “en pôles” (un nombre réduit de “grands ministères thématiques” affublés de ministères délégués et de secrétariats d'Etat, et confiés chacun d'un bloc à une formation, pour une action gouvernementale plus claire)… a vite fait d'exploser. La fringale des partis était tellement grande que les architectes de l'ombre du gouvernement, menés par un Belfqih pressé, trop pressé, ont saucissonné les pôles pour arriver à satisfaire tout le monde. La pêche a ainsi été détachée de son vaisseau-amiral traditionnel, l'agriculture, l'artisanat est devenu un secrétariat d'Etat indépendant du tourisme…

Mais surtout, la répartition de la liste Belfqih est loin de respecter le classement des partis au Parlement. L'USFP, arrivé cinquième, hérite ainsi de 6 postes… autant que l'Istiqlal, arrivé premier. Il est vrai qu'avec Abbas, ça fait 7 pour l'Istiqlal ; et si on retranche Elyazghi, ministre d'Etat sans portefeuille et nouveau bonnet d'âne du gouvernement, ça en fait 5 pour l'USFP. Il n'empêche. Les Istiqlaliens, qui ont réuni leur conseil exécutif au lendemain de la divulgation de la liste, n'ont pas apprécié de se voir “traités sur un pied d'égalité” avec leurs frères ennemis socialistes - même si El Fassi a tout fait pour les associer au gouvernement. “Ce qui a ajouté à notre déception, déplore un Istiqlalien, c'est de voir la Jeunesse et les sports, où nous voulions placer Abdellah Bekkali, nous filer entre les doigts”. Que voulez-vous, ce sont les vicissitudes de la “méthodologie démocratique” !

Au RNI, on pavoise !
A la place de Bekkali, le Palais a choisi la très médiatique Nawal El Moutawakil, ancienne médaillée olympique et présidente du Comité international de désignation de la ville hôte des JO 2012. Un choix qui a indéniablement plus de gueule que celui du chef des Jeunesses istiqlaliennes, surtout que “Nawal”, comme l'appellent affectueusement les Marocains, a déjà été secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux sports, en 1997, sous Abdellatif Filali. Sauf que cette fois, “méthodologie” oblige, elle a été repeinte à la hâte aux couleurs du RNI. “On nous l'avait présentée il y a quelques années”, voilà tout ce que nous avons pu tirer de ce haut responsable au sujet de la nouvelle championne de son parti.
Mais tant pis. Chez les Bleus, l'ambiance était à la fête, ce mercredi soir. Au-delà du joli coup double qu'est la nomination de Nawal (il démontre le soutien du roi au RNI, en plus de le gratifier d'une nouvelle recrue à la brillante image), le parti de Mustapha Mansouri est comblé : 5 sièges (un de plus que ce qu'avait initialement proposé Abbas), dont les Finances ! Et, cerise sur le gâteau, Mansouri lui-même se retrouve promis au perchoir, malgré les rodomontades de Moâtassim, et en dépit du fait que Mohand Laenser, leader du MP, briguait le poste avec insistance. Avec ce bonus, le RNI devient le maître incontesté du Parlement, puisqu'il préside également la seconde chambre à travers Mustapha Oukacha. “Nous ne pouvions espérer mieux. Quelle chance !”, s'extasie un responsable du parti. “Chance”, oui, c'est le mot, tellement la formation de ce gouvernement semble échapper à ceux qui étaient censés en être les architectes… Alors que beaucoup d'analystes se demandent s'il faut en rire ou en pleurer, la joie des Rnistes est sans mélange. N'eût été ramadan, ils auraient volontiers sabré le champagne ! Dès qu'il a eu connaissance de la liste, Mansouri a vite réuni “ses” nouveaux ministres et arrêté, en leur compagnie, la réponse officielle du parti : “Non, vraiment, nous n'avons rien à redire à la proposition de M. El Fassi”. Ben voyons…

Grosse déprime au MP
Au Mouvement populaire, l'ambiance était plutôt aux lamentations. Etouffées ? Pas si sûr. Dans la nuit de jeudi à vendredi, on parlait même de signifier par écrit dès le lendemain, et au cabinet royal s'il vous plaît (on ne se cache même plus), le désaccord du parti avec la proposition… d'El Fassi. L'audace a tout de même des limites. L'histoire nous dira si ce fol vent de fronde n'est pas retombé dès vendredi matin, la nuit, comme chacun sait, portant conseil… En attendant, on confie, au MP, que “même si on lui a proposé le portefeuille de l'Emploi, M. le secrétaire général est très affecté” par la maigre moisson de son parti (5 sièges, malgré le statut de n°2 de la coalition), et surtout par le fait que le perchoir lui ait glissé des mains comme une savonnette mouillée. “En plus, on nous a collé deux ministres qui n'ont jamais milité au sein de notre parti”, se désole un proche de Laenser. Contrairement aux Rnistes qui se félicitent du cas Nawal, les dirigeants du MP ont du mal à avaler le parachutage du très puissant et très influent homme d'affaires Aziz Akhennouch, promu ministre de l'Agriculture, et de la directrice de l'Office national des hydrocarbures, Amina Benkhadra, nommée ministre de l'Energie et des mines - département où elle avait déjà officié en tant que secrétaire d'Etat, sous Abdellatif Filali, en même temps que Nawal. Akhennouch et Benkhadra sont indubitablement des “technos” prometteurs, mais tout aussi indubitablement des étrangers au Mouvement populaire. Mais tant pis encore. La “méthodologie démocratique” vaut tous les sacrifices (y compris celui du bon sens). Laenser finira bien par s'y faire…

PPS : motus et bouche cousue !
Au PPS, même si des noms circulent avec insistance, on préfère étonnamment rester discret, “tant que Sa Majesté n'a pas officiellement investi le gouvernement”. Sage attitude : on n'est jamais à l'abri des surprises de dernière minute. Surtout que l'ex-parti communiste semble s'être bien tiré des calculs de Belfqih, en décrochant trois portefeuilles (alors qu'El Fassi lui en proposait deux), et non des moindres : la Communication (on parle avec insistance de l'avocat Khalid Naciri), l'Education (on hésite encore entre le secrétaire général du parti, Ismaïl Alaoui, et le membre du bureau politique - et ancien ministre de l'Education - Taïeb Chkili) et le “Développement social”, un département dont le rôle reste à définir, et qui échoirait à Nouzha Sqalli ou à deux autres personnalités sur l'identité desquels le PPS préfère ne pas s'épancher. Alaoui a échoué aux législatives, et on sait le roi rétif à nommer ministres des perdants. Les jeux sont donc encore ouverts… et il est question que l'Education, un portefeuille où une vingtaine de ministres se sont cassé les dents depuis l'indépendance (sauf le technocrate Rachid Benmokhtar, aujourd'hui président de l'université Al Akhawayn, qui a laissé une très bonne impression) ne revienne finalement dans le giron souverain du Palais. Il ne serait pas étonnant, puisque la mode semble être aux grands come-back, que Benmokhtar lui-même, ami et complice de Belfqih pendant l'élaboration du fameux “rapport du cinquantenaire”, re-pointe le bout de son nez…

L'USFP n'en finit plus d'imploser
A l'USFP, tard dans la soirée de jeudi, la tension était à son maximum. L'état-major du parti était réuni depuis le début de l'après-midi. Une réunion agitée pendant laquelle le député Ahmed Zaïdi a violemment critiqué le premier secrétaire du parti, Mohamed Elyazghi, bombardé ministre d'Etat sans portefeuille, un poste largement considéré comme “décoratif”, voire “indigne”, par les socialistes. Tonnant et levant les bras au ciel, le député de Bouznika a refusé de discuter des postes proposés à l'USFP tant que la direction ne changeait pas “son attitude arrogante” vis-à-vis des parlementaires du parti. “Nous ne sommes pas une boîte d'enregistrement”, a protesté l'ancien présentateur du journal télévisé de la RTM. Six sièges, plus que le MP et le RNI, qui devancent pourtant l'USFP en nombre de députés, c'est pourtant une bonne affaire. Il n'empêche. Les cadres du parti ont pour ainsi dire mis Elyazghi en demeure de réunir immédiatement le bureau politique pour discuter de “l'offre d'El Fassi” (gros soupir). Aussitôt dit, aussitôt fait. A l'heure où nous mettions sous presse, dans la nuit de jeudi ou vendredi, cette instance était toujours réunie à huis clos, et aucun portable ne répondait.
Les socialistes auraient-ils la contestation dans le sang ? Déjà, en annonçant dans leur quotidien Al Ittihad Al Ichtiraki, en début de semaine, la candidature de Abdelouahed Radi à la présidence du Parlement (sans que le Conseil national du parti, pourtant réuni plusieurs fois depuis les élections, n'ait été mis au courant), l'USFP a mis un sérieux bâton dans les roues d'El Fassi, qui avait promis le poste à Laenser. Belfqih finira pas trancher, en ne réservant le poste ni à l'un ni à l'autre (na !). Le conseiller royal a malgré tout accordé aux socialistes les 6 ministères qu'ils demandaient. Mais ils râlent quand même ! “Ils n'arrêteront jamais de nous empoisonner la vie, ces enfoirés”, s'emporte un haut cadre de l'Istiqlal. Ambiance…

En fait, les socialistes sont surtout très forts pour se déchirer en interne. C'est ainsi que le même Ittihad Al Ichtiraki publiait, lundi 8 octobre, un “appel à la refondation”, signé par 19 jeunes Turcs du parti, accusant la direction de “gestion non collégiale” et de “mauvaise application de la ligne politique”. Début de putsch contre Elyazghi ? Que nenni ! Parmi les 19, on trouvait des parents par alliance d'Elyazghi, son ancien chef de cabinet, son secrétaire général au ministère de l'Aménagement du territoire, et son poulain à la tête de la Jeunesse du parti. “C'est un appel téléguidé, une énième manœuvre pour obtenir plus de portefeuilles”, soupire un jeune cadre du parti, qui a refusé de signer l'appel. Feindre un déchirement interne pour mieux se positionner dans la course aux portefeuilles… Ils ne seraient pas un peu tordus, ces socialistes ? Si, et plus encore qu'on peut le penser : les indomptables Ahmed Zaïdi et Hassan Tarik, peu susceptibles de complaisance envers Elyazghi, ont eux aussi signé l'appel. C'est à n'y plus rien comprendre !

Si Mohammed VI et Abdelaziz Meziane Belfqih ne prennent pas tout le monde de court une nouvelle fois, ce gouvernement ne devrait être officiellement nommé que lundi 15 octobre. Quatre jours se seront écoulés, depuis que Abbas El Fassi aura “informé” ses pairs de la “liste définitive”. Autant dire une éternité, pendant laquelle tout peut encore se passer...




Le gouvernement Abbas.

Ministères de Souveraineté

Ministre de l'Intérieur
Chakib Benmoussa

S'il n'y avait pas eu la “méthodologie démocratique”, il aurait été un premier ministrable sérieux. Le polytechnicien, qui s'est illustré par sa gestion brillante d'Al Adl Wal Ihssane et des élections, conserve son poste.

Secrétaire d'Etat à l'Intérieur
Mohieddine Amzazi

Réputé “bon exécutant”, ce professeur de droit pénal et spécialiste des processus électoraux a occupé plusieurs postes-clés au ministère de l'Intérieur. Il y a quelques mois, il avait été nommé à la tête des Affaires intérieures.

Ministre des Habous et des Affaires Islamiques
Ahmed Toufiq

Sauf surprise, le soufi adepte de la Tariqa Boutchichiya devrait être maintenu à son poste. Mais gare ! Le nom de Ahmed Abbadi, actuel président de la Rabita des Oulémas et opposant déclaré aux réformes de Toufiq, circule encore avec insistance.

Ministre des Affaires Etrangères
Taïeb Fassi Fihri

Bosseur, discret, efficace… l'homme des grands dossiers (surtout le Sahara) et la véritable dynamo du ministère des AE occupe enfin le poste qui lui revient “de fait” depuis des années. Avoir dégommé Benaïssa est sans doute sa plus grande victoire diplomatique !

Secrétaire général du Gouvernement
Abdessadek Rabii

Il est sérieusement malade, et toujours aussi rigide, bloquant toute loi qui a le malheur de déplaire au Palais. Mais il sera vraisemblablement maintenu à son poste. A moins que Omar Azziman, actuel ambassadeur en Espagne dont le nom circule avec insistance, ne crée la surprise.

Ministre délégué à la défense
Abderrahim Sbai

Il y a quelques années, un journaliste avait demandé à interviewer Abderrahman Sbaï. La secrétaire de l'éternel “ministre de l'administration de la défense nationale” avait… éclaté de rire au téléphone! Message reçu 5 sur 5 : Sbaï, on n'en parle même pas !

Istiqlal

Ministre des affaires Economiques et Générales
Nizar Baraka

Gendre de Abbas El Fassi, fin, mais aussi beau parleur, il s'installe à la droite du Premier ministre… ou plutôt à son chevet. Tâche principale de ce véritable “n°2 du gouvernement” : éviter autant que possible que Abbas fasse des gaffes. Bonne chance !

Ministre de la Santé
Yasmina Baddou

L'étoile montante de l'Istiqlal, qui a brillamment gagné son siège de députée dans la difficile circonscription de Casa-Anfa, se voit renforcée au gouvernement. De Secrétaire d'Etat, elle devient ministre de plein droit, et dans un secteur stratégique.

Ministre de l'Habita et de l'Environnement
Taoufiq Hjira

Pas de surprise. Compétent et fédérateur, Hjira conserve le département qu'il gère brillamment depuis 5 ans, avec en prime la responsabilité du développement territorial et de l'Environnement. Ça le consolera peut-être d'avoir raté la primature d'un cheveu.

Ministre de l'Equipement et des Transports
Karim Ghellab

Sabre au clair, il a guerroyé pendant 5 ans contre le système de rente qui gangrène son secteur, générant de brillants résultats…
et des haines tenaces. Mais le golden boy de l'Istiqlal conserve son siège. Il doit sans doute dire merci à son mentor Meziane Belfqih.

Ministre des Relations avec le Parlement
Saâd Alami

Rien de surprenant. Ce discret Chaouni conserve un département sans réel enjeu politique. Il continuera donc à jouer au pompier à chaque fois qu'un ministre refusera de perdre son temps en s'expliquant sur son action au Parlement.

Secrétaire d'Etat à l'Eau
Abdelkébir Zahoud

Malgré son animosité avec son ancien ministre de tutelle Mohamed Elyazghi, cet ingénieur de l'Ecole Hassania des Travaux Publics reste au gouvernement. Et gagne en épaisseur en se voyant confier la gestion de l'eau, une priorité depuis que la raréfaction menace le Maroc.

Union Socialiste des Forces Populaires

Ministre d'Etat sans portefeuille
Mohamed ElYazghi

En titrant “pour faire taire Elyazghi, on lui offre un ministère d'Etat sans portefeuille”, Assabah a tapé en plein dans le mille. En occupant l'ancien siège honorifique (et parfaitement inutile) d'El Fassi, le dinosaure socialiste vise-t-il la primature en 2012 ? Au secours !!

Ministre de la Justice
Abdelouahed Radi

Parlementaire depuis 44 ans (!!), deux fois président du Parlement, il hérite d'un poste prestigieux, mais à hauts risques. Y perdra-t-il son âme à force d'“instructions”, comme son camarade Bouzoubaâ qui sort aujourd'hui par la petite porte ? C'est hélas probable…

Ministre du Commerce et de l'Industrie
Habib El Malki

Malgré un bilan quasi-nul (pour ne pas dire largement négatif) à l'Education nationale, l'apparatchik socialiste s'accroche. Sera-t-il capable de maintenir la cadence des réformes, lancées par le travail titanesque de Salaheddine Mezouar ? Douteux, très douteux…

Secrétaire d'Etat aux affaires étrangères
Mohamed El Gahs

Alors que ses camarades voulaient sa peau, l'enfant turbulent de l'USFP (mais chéri du Palais royal) est le seul politique à se voir arrimer à un ministre de souveraineté. Mais avec une mission à portée réduite (les Marocains résidents à l'étranger), il ne touchera pas au sujet “sacré” du Sahara. Faut pas pousser !

Secrétaire d'Etat à la Pêche
Mohamed Chbaâtou

Qui l'eût cru ? Ancien ministre de la pêche MP, le revoilà qui revient au même poste, cette fois avec l'étiquette USFP !! Allez dire aux gens de croire en la politique, après ça… surtout que Chbaâtou traîne bien des casseroles, dont de multiples grèves dans les ports et le fiasco des négociations avec l'Union Européenne.

Ministre de la Culture
Rachida Benmessaoud

Membre du bureau politique de l'USFP, elle avait claqué la porte faute d'avoir été placée dans la “liste nationale féminine”. Elle revient donc de loin… mais reste toujours en ballottage, le nom de la comédienne Touria Jebrane revenant toujours avec insistance.

Mouvement Populaire

Ministre de l'Emploi
Mohand Laenser

On ne sait pas si c'est une promotion ou un piège . En tout cas, le secrétaire général du MP ne s'y attendait pas. Il voulait le perchoir, il se retrouve au bord d'un trou… dans lequel Abbas El Fassi est déjà tombé ! Bon courage, Si M'hand !

Ministre de l'Agriculture
Aziz Akhennouch

La grande révélation, c'est lui. Estampillé MP, même si ses attaches avec le parti sont bien vagues, ce proche d'El Himma a été recruté pour ses (indéniables) aptitudes managériales. Ça tombe bien, il y a disette en la matière. Quant à lancer une réforme agraire sérieuse…

Ministre de l'Energie et des Mines
Amina Benkhadra

Appelée à la rescousse d'un département qui a terriblement régressé sous le haraki Mohamed Boutaleb, réputée compétente, cette dame connaît bien la maison, qu'elle a dirigée en 1997. Avec elle, la prospection pétrolière gagnera en visibilité. Et peut-être, un jour…

Secrétaire d'Etat à l'Environnement
Mohamed El Morabit

Il a été écarté du gouvernement sortant dans des circonstances qui n'ont jamais été élucidées. Depuis, le département de l'Environnement qu'il gérait est devenu une simple direction affiliée à l'Aménagement du Territoire. Après sa traversée de désert, il revient au même poste.

Ministre du Commerce Extérieur
Mustapha Mechahouri

Il garde un poste où il a réalisé quelques avancées, notamment au niveau du dossier du Libre échange avec les Etats-Unis. Ancien secrétaire général de la CDG, il est considéré comme un des bons cadres du MP.

Rassemblement National des Indépendants

Ministre de l'Economie et des Finances
Salaheddine Mezouar

Brillant meneur des négociations de libre échange avec les Etats-Unis et l'UE, réformateur résolu issu du monde des affaires (il vient de la famille des texitiliens, comme Jettou), Mezouar vit là sa consécration. Un des bons points de ce gouvernement.

Ministre du Tourisme
Mohamed Boussaid

Le terrain est déjà balisé pour ce proche de Meziane Belfqih. Adil Douiri lui a laissé un département assaini, une vision stratégique claire, et un objectif 10 millions de touristes en 2010 tout proche d'être tenu. Il ne lui reste plus qu'à terminer le travail.

Ministre de la modernisation de l'Administration
Mohamed Abbou

Il était président du groupe parlementaire du RNI. Ce professeur universitaire entre pour la première fois au gouvernement, où il sera appelé à gérer la deuxième vague des départs volontaires des fonctionnaires, programme initié par Boussaïd. Y aura-t-il autant de réussite ?

Secrétaire d'Etat à l'artisanat
Anis Birou

Il se maintient malgré une vive concurrence dans son parti. Son bilan satisfaisant au secrétariat d'Etat à l'alphabétisation (il a fait progresser le Maroc de 6 points) a sans doute beaucoup joué dans sa promotion. Lui aussi marchera dans les pas de Douiri, qui a balisé le terrain.

Ministre de la Jeunesse et des Sports
Nawal El Moutawakil

C'est la grande revenante. La championne olympique et figure appréciée du CIO était d'ailleurs en voyage quand son nom a été annoncé. Elle connaît déjà la maison pour l'avoir dirigée dans les années 90. Quelques échauffements lui suffiront pour revenir dans le rythme.

Parti du Progrès et du Socialisme

Ministre de l'Education Nationale
Taïeb Chkili

Membre du Bureau politique du PPS, il a déjà occupé ce poste au début des années 90. Mais sa nomination, à l'heure où nous mettons sous presse, n'est pas encore acquise. Même recalé aux élections, Ismaïl Alaoui n'est pas définitivement écarté de la course.

Ministre de la Communication
Khalid Naciri

Président du fantomatique Institut Supérieur de l'Administration (une faveur accordée par Hassan II dans ses dernières années), sa nomination à ce poste surprend beaucoup. Benabdellah, avec tous ses défauts, était quand même un homme de dialogue. Les journalistes sont inquiets…

Ministre du Développement Social
Nouzha Sqalli

Avec Rachida Benmessaoud et Taïeb Chkili, elle est le ministre le moins “sûr” de ce gouvernement. Malgré son engagement féministe de longue date, un atout pour ce poste, elle peut encore sauter au profit d'autres cadres du PPS.

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