Les 100 qui font bouger le Maroc

02/09/2007 17:42 par juste-1980

Un dossier de la rédaction

Les 100 qui font bouger le Maroc


5 réunions marathons et près de 20 heures de débats souvent enflammés. Voilà ce qu'il a fallu à la rédaction de TelQuel pour dégager cette liste des “100 qui font bouger le Maroc”. Il y avait un précédent : le palmarès portant le même nom, dressé par la magazine français L'Express, en 2000. Sept ans plus tard, beaucoup de choses ont changé, suffisamment pour que nous ressentions le besoin de réactualiser la liste. Et de fait, peu parmi ceux qui y figuraient à cette époque, y figurent encore aujourd'hui. En 7 ans, le royaume a beaucoup changé, et ceux qui ne brillaient que par leurs déclarations d'intention ont largement eu le temps de démontrer que parler n'est pas agir…

“Faire bouger”, ça veut dire quoi ? C'était le premier sujet de débat de la rédaction. Les kamikazes de mars-avril 2007, par exemple, ont fait indéniablement bouger ce pays. Mais dans le mauvais sens. Ce dossier, avons-nous tranché, ne sera pas uniquement une enquête journalistique, mais aussi un acte de foi envers notre pays. Faire bouger le Maroc, avons-nous donc décidé, signifie le faire avancer. Et dans le bon sens : celui d'un royaume plus moderne, ouvert, entreprenant et décomplexé. à cette aune-là, il faut avouer que trouver 100 profils convaincants n'a pas été chose facile. Ne serait-ce que parce que beaucoup parmi eux préfèrent travailler dans l'ombre.

L'équipe de TelQuel a donc mobilisé tous ses réseaux, et a finalement réussi à dresser une belle liste, faite de Marocaines et de Marocains (dont un de cœur) dont l'action est non seulement bénéfique, mais salutaire pour ce pays. Nous les avons classé(e)s en 14 sections mais pas, comme c'est l'usage dans ce genre d'exercice, en fonction de leurs catégories socio-professionnelles. Nous avons préféré les distinguer en fonction du sens de leur action, et de ce qu'ils apportent de nouveau à notre pays. Reste à préciser que nous avons délibérément choisi de ne pas inclure les journalistes de la presse écrite dans ce palmarès, histoire de ne pas être juges et parties.
Bonne lecture, et bonne découverte !

TelQuel



(TNIOUNI / NICHANE)

Mohammed VI hors concours

Certains sursauteront en découvrant que Mohammed VI ne fait pas partie, pour TelQuel, des “100 qui font bouger le Maroc”. Qu’ils ne se méprennent pas sur nos intentions. Que le roi fasse bouger le Maroc, il n'y a aucun doute sur cela. Mais, primo, dans quelle catégorie le classer ? Celle de “roi”, dans laquelle il serait le seul à figurer ? Ce serait étrange… Celle des “décideurs” ? Il est le décideur suprême, et quels que soient les mérites (réels) de ceux que nous avons nominés dans cette section, le champ de leur action, et donc sa portée, n'ont aucune commune mesure avec ceux du roi. Secundo, et c'est là la

différence fondamentale entre Mohammed VI et “les 100”, faire bouger le Maroc est son métier, alors que pour les autres, c'est une dimension additionnelle qu'ils apportent à leur vie et à leur action publique. Raison de plus pour décréter le monarque “hors concours”.




Les icônes

Lalla Salma
Son apparition publique a été une première révolution. Son activité sociale et protocolaire en est une deuxième. Incontestablement, Lalla Salma est pour beaucoup dans le changement de la perception qu'ont les Marocains du Palais, devenu grâce à elle plus humain. Après s'être engagée dans le domaine social, la voilà qui commence à avancer dans le champ diplomatique, mais à pas feutrés, histoire de ne pas bousculer les traditions makzéniennes. Ainsi, en pleine discussion du plan d'autonomie du Sahara, c'est Lalla Salma qui a ouvert la semaine de l'Algérie au Maroc. Et dans les réceptions officielles, elle est presque toujours aux côtés de son mari. Faut-il voir sa touche dans l'interview et la séance photo accordée à des magazines marocains par la famille royale, pour la première fois, à l'occasion de la naissance de son second enfant ? Sans doute…

Assia El Ouadie
Infatigable et incontournable. Quasi sexagénaire, la magistrate casablancaise, militante de la première heure, née dans une famille d'opposants politiques, poursuit ses combats, discrète mais omniprésente. Droits des femmes, de l'homme et des jeunes en bandoulière, Assia El Ouadie a, tour à tour, été membre fondatrice et cheville ouvrière de l'OMDH, de l'Observatoire marocain des prisons, de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus et de l'Association des amis des centres de réforme. La voix cassée à force de la faire entendre, on doit également à “Mamma Assia”, telle que l'appellent les mineurs détenus en l'embrassant sur le front lors de ses visites presque quotidiennes, d'avoir désamorcé la grève de la faim des détenus islamistes à Outita (prison de Sidi Kacem) en 2005 et, un an avant, d'avoir pesé pour la grâce des détenus d'opinion (Chriî, Lmrabet…).

Abdellah Taïa
Sa voix douce trahit sa fragilité et cache ce qui fait sa force : son obstination… à être lui-même, en permanence. Abdellah Taïa est homosexuel. Il écrit pour se raconter et, quelque part, pour porter la voix d'un certain Maroc, différent, singulier et - surtout - silencieux. En opérant son coming out, le jeune écrivain s'est affranchi des pressions familiales, sociales, culturelles, religieuses, etc. Il a donné libre cours à un talent fou qui fait de lui, probablement, le meilleur écrivain marocain de la jeune génération. Un auteur complet, donc, qui n'hésite pas à monter au créneau et à s'exprimer sur des sujets chauds, sur un ton éminemment personnel (“Je suis un kamikaze” écrira-t-il en commentant les attentats terroristes de mars-avril 2007). Un grand bonhomme.

Les décideurs

Nabil Benabdellah
Libéralisation de l'audiovisuel, contrat-programme pour la presse écrite, révision du Code de la presse… Si les réformes majeures amorcées ou simplement accompagnées par l'actuel ministre de la Communication n'ont pas toutes abouti, et si certaines restent plus que contestables (notamment celle du Code de la presse), elles ont eu au moins le mérite de lancer une réelle dynamique dans un champ médiatique marocain trop longtemps figé, formalisant au passage une forme inédite de dialogue entre la presse et le Pouvoir. On se rappellera surtout de Nabil Benabdellah comme le premier à avoir donné une vraie substance au ministère de la Communication, auparavant cantonné dans des prérogatives purement symboliques.

Chakib Benmoussa
La majeure partie de la carrière de ce polytechnicien s'est faite au ministère des Travaux publics, où il a activement participé au lancement du programme autoroutier. Chakib Benmoussa a aussi occupé nombre de hauts postes dans le public et le privé, mais c'est certainement depuis qu'il a été nommé ministre de l'Intérieur, en février 2006, qu'il a marqué le pays. Ses deux hauts faits d'armes : le “fichage” général et sans violence des membres d'Al Adl Wal Ihsane, ce qui les a neutralisés sans leur donner le bénéfice du martyre, la campagne de procès contre les députés corrupteurs de la Deuxième chambre du Parlement, qui va sans doute en faire réfléchir beaucoup avant les prochaines élections. Dans l'hypothèse où Mohammed VI ne nommerait pas un premier ministre partisan en octobre, le nom de Benmoussa commence à circuler.

Anis Birou
Il est à la tête d'un département vital pour l'avenir du pays, qu'il dirige avec autant d'énergie que de discrétion. Après quatre ans au poste de secrétaire d'Etat à l'Alphabétisation, Anis Birou, peut se flatter d'avoir ramené le taux national de 43% à 38%. Une performance obtenue avec une stratégie novatrice, basée sur la flexibilité des cours d'alphabétisation, auxquels chaque bénéficiaire “peut aller quand il veut”. Non seulement le pilotage des opérations d'alphabétisation se fait au niveau régional, mais il associe également des ONG et le ministère des Habous. Récemment, Birou a publié une étude aux résultats surprenants. “Quand j'ai annoncé que 76% des électeurs en 2002 étaient analphabètes, tous mes collègues ministres ont sursauté”, témoigne cet ingénieur statisticien. Qu'ont-ils dit à propos des 130 000 fonctionnaires analphabètes ?

Mohamed Boussaïd
Lui, c'est monsieur DVD, qui est enfin arrivé à dégraisser le mammouth. Le programme de départs volontaires lancé par Mohamed Boussaïd, ministre de la Modernisation des secteurs publics, a permis à l'administration de se délester de 7,6% de ses fonctionnaires, avec, à la clé, une économie de 4,8 milliards de DH sur la masse salariale publique, soit environ 1% du PIB. Au passage, l'opération a permis de resserrer l'étau sur les fameux fonctionnaires fantômes. À 46 ans, Boussaïd a également hâté l'introduction de l'horaire continu, un projet qui moisissait dans les tiroirs de plusieurs ministres avant que ce "pontiste", membre du bureau exécutif du RNI, que l'on dit proche de Meziane Belfqih, ne décide de l'appliquer. Comme prévu, le projet a créé un effet boule de neige : une grande partie du privé s'est même trouvée dans l'obligation de s'y conformer.

Adil Douiri
Il est encore jeune (pour un ministre), il est compétent et il n'en finit pas de surprendre. Peu misaient, au début, sur la stratégie 2010 pour le tourisme qu'il a mise en place. Aujourd'hui que les résultats commencent à être tangibles (6 millions de touristes en 2006 et lancement effectif des stations balnéaires entrant dans le cadre du Plan Azur), Douiri s'attaque à un dossier économique des plus sensibles : l'artisanat, désormais doté d'une stratégie jusqu'à 2015 et d'un budget de 240 millions de DH. Véritable porte-parole du Parti de l'Istiqlal sur les questions économiques, lauréat de l'Ecole des Ponts et Chaussées de Paris, il porte les espoirs de son parti et a sans aucun doute encore de beaux jours devant lui en tant que haut commis de l'Etat. Confirmation au prochain gouvernement ?

Taïb Fassi-Fihri
Il est, sans conteste, le vrai patron des Affaires étrangères. Et il est sur tous les fronts : négociations avec l'Union Européenne, accord de libre-échange avec les Etats-Unis… Depuis quelques temps, surtout, il est l'une des chevilles ouvrières du plan d'autonomie du Sahara. Membre influent de la “dream team” chargée du dossier, Fassi-Fihri parle, s'engage et ferraille au nom du roi. Réservé de nature, il fuit autant que possible les feux des projecteurs et affectionne plutôt les rencontres informelles et les briefings officieux, qui se tiennent souvent chez lui à Rabat. Ses relations avec Mohamed Benaïssa, ministre “officiel” des Affaires étrangères, sont “purement protocolaires”. “Quand Fassi Fihri planche sur un dossier décisif pour l'avenir du pays, Benaissa est toujours en train de faire de la figuration dans un sommet arabe ou africain, quelque part dans le monde”, affirme ce cadre aux AE. Sera-t-il nommé ministre de plain-pied au prochain gouvernement ?

Abdelaziz Meziane Belfqih
Sa discrétion en tant que conseiller du roi n'a d'égal que l'étendue et la pertinence de ses actions sur le terrain. Il est l'homme de tous les grands chantiers d'infrastructure. Ingénieur des Ponts et chaussées, longtemps ministre de l'Equipement, Abdelaziz Meziane Belfqih est aussi le recruteur en chef de bon nombre de “jeunes technos”, dont certains sont aujourd'hui ministres (Adil Douiri, Karim Ghellab…). C'est aussi sous sa direction que le rapport du cinquantenaire a été élaboré. Sans oublier les grands investisseurs du Golfe qu'il a œuvré personnellement à convaincre de l'opportunité de miser sur le Maroc (Dubaï Holding pour l'aménagement du Bouregreg, Jebel Ali pour Tanger Free Zone). On lui doit également la Charte de l'enseignement et, plus récemment, la stratégie de formation de 10 000 ingénieurs par an.

Karim Ghellab
En décrochant le portefeuille de l'Equipement et des Transports en novembre 2002, Karim Ghellab entrait de plain-pied dans le club très sélect des premiers de la classe. Dès ses premiers mois d'activité, le jeune ministre étonne par son dynamisme. Sous son mandat, le Maroc a, par exemple, construit 160 km d'autoroutes par an, contre 40 avant lui. Ghellab est également derrière des projets comme la libéralisation du ciel, la réforme portuaire, ou le port obligatoire de la ceinture de sécurité. En 2006, il peaufine le projet de son mandat : un Code de la route révolutionnaire qui dérange fortement l'ordre établi, c'est-à-dire les syndicats de routiers. Ghellab ne se laisse pas faire et défend son projet bec et ongles, et pratiquement en solitaire, mais il finit par y laisser des plumes… sans que le nouveau Code ne soit voté au Parlement. Peu importe, “l'intérêt général passe avant ma popularité”, se plaît-il à répéter. Seule question : son Code lui survivra-t-il ?

Mohamed Hassad
Des artères réaménagées, des espaces verts de plus en plus nombreux, des constructions illégales rasées, une corniche relookée… Tanger est devenue méconnaissable depuis la nomination de Mohamed Hassad au poste de wali. Surnommé “le bétonneur” depuis qu'il a réussi à transformer Marrakech, il est à Tanger sur tous les fronts : investissements, tourisme, promotion de la candidature à l'Expo internationale… Et quand il le faut, le wali va jusqu'à payer de sa personne : quand le ministère de l'Aménagement du territoire a annoncé en 2006 que les plages tangéroises étaient inaptes à la baignade, Hassad n'a pas hésité à piquer une tête sous l'œil des caméras, histoire de rassurer les estivants. “C'est un fonceur qui fait ce qu'il faut pour atteindre ses objectifs”, commente un des proches.

Taoufiq Hjira
Connu pour être un travailleur infatigable à l'humeur égale, Taoufiq Hjira n'a pourtant pas la tâche facile. Mais le jeune Istiqlalien, archétype du technocrate, a incontestablement réussi son passage au ministère de l'Habitat. D'abord en donnant un sérieux coup de fouet au rythme de construction de logements sociaux, atteignant pour la première fois le chiffre de 100 000 logements par an. Ensuite en menant au pas de charge le programme “Villes sans bidonvilles”, avec des succès probants. Idem pour les ERAC, établissements publics moribonds, dont le ministre a conduit l'épineuse restructuration avant de les regrouper au sein du groupe Al Omrane, aujourd'hui premier promoteur immobilier public. Seul bémol : Hjira n'a pas réussi à endiguer la hausse vertigineuse des prix des terrains. Mais on parle quand même de lui pour le prochain gouvernement…

Yassine Mansouri
Plus discret que lui, tu meurs. Jamais d'interviews, aussi peu de photos que possible... Ceux qui l'ont rencontré en sont tous ressortis avec l'impression qu'il n'a rien dit de précis tout en…
faisant parler ses interlocuteurs un maximum ! Yassine Mansouri est tout à fait dans son rôle de patron de la DGED, le service d'espionnage marocain. Intelligence économique, participation active à la lutte contre le terrorisme et, plus surprenant, une implication sans limites dans le dossier Sahara (il a défendu le plan d'autonomie depuis le début). Ancien camarade de classe du roi et incarnant l'aile modérée de son entourage, on dit qu'il multiplie les rencontres secrètes avec l'ennemi, histoire de mieux préparer les prochains rounds de négociations à Manhasset, auxquel il participe.


Salaheddine Mezouar
Ceux qui l'ont côtoyé au cours de ses missions d'affaires disent tous qu'il est infatigable, et le premier ministre Driss Jettou, qu'il lui a “tapé dans l'œil”. Enchaînant réunion sur réunion, le ministre du Commerce et de l'Industrie s'agite dans tous les sens pour promouvoir l'économie marocaine, ou pour dénicher des formules gagnantes à dupliquer. Le plan Emergence, qu'il a commandé à un cabinet de conseil international, constitue une feuille de route assez fiable pour le développement des secteurs les plus prometteurs au Maroc. La formule fonctionne dans certaines activités comme l'offshoring, qui a le vent en poupe ces derniers mois. D'autres initiatives comme le plan Rawaj, pour le développement du commerce intérieur, sont aussi à mettre à son actif.

Les politiques

Hassan Aourid
Dans la fournée des anciens camarades de classe de Mohammed VI, Hassan Aourid est un cas atypique. Ce docteur en sciences politiques, intellectuel reconnu et militant engagé de la culture amazighe, qui fut le premier à être nommé au poste, inédit dans l'histoire du Maroc, de porte-parole officiel du Palais a, depuis, connu une carrière en demi-teinte. Mais avec sa nomination au poste de wali de Meknès, l'homme semble avoir trouvé un challenge à sa mesure : développer l'une des régions les plus pauvres du pays… et faire contrepoids à l'unique mairie islamiste du pays. Entre autres réalisations et chantiers ambitieux, on retiendra surtout ses efforts pour le lancement de deux événements majeurs : le Salon de l'agriculture à Meknès et le Festival des musiques du désert à Errachidia, sa ville natale.

Abdelkrim Benatik
Bien qu'il traîne un bilan en demi-teinte, du temps où il était secrétaire d'Etat dans le gouvernement Youssoufi, Abdelkrim Benatik a le mérite d'avoir secoué le cocotier du paysage politique à l'approche des élections législatives. À la tête du Parti travailliste, qu'il a créé après avoir claqué la porte de l'USFP, Benatik a confirmé son premier talent : communiquer et faire parler de lui. Après avoir rassemblé des milliers de jeunes dans un meeting géant, l'homme a récidivé en rameutant, cette fois-ci, autant de femmes. Objectif non avoué : narguer des formations politiques plus importantes, mais encore peu rompues à l'art de “se vendre”. Rien que pour cela, il mérite d'être applaudi. Même si souvent, l'on a l'impression que le Parti travailliste n'existe que par (et pour) lui.

Mustapha Khalfi
Défenseur d'un islam libéral, Mustapha Khalfi est une des figures islamistes les plus appréciée par les laïcs. Après un séjour d'un an aux Etats-Unis (il avait bénéficié d'une bourse pour étudier l'avenir des mouvements islamistes dans le monde), ce jeune homme de 34 ans, bardé de diplômes (notamment en sciences politiques), est l'auteur du volet politiques publiques du programme de son parti, le PJD, pour les besoins duquel il a coordonné le travail de nombreux experts. Ancien rédacteur en chef d'Attajdid (avant que ça ne dérape), Khalfi est également conseiller éditorial d'Array, le nouvel hebdomadaire du parti. Le PJD compte sur lui pour aider à lisser son image aux yeux d'une élite toujours méfiante à l'égard des islamistes, même s'ils se déclarent “soft”.

Mohamed Sassi
Ne nous y trompons pas : le grand leader de gauche, celui qui a les mots et les attitudes de gauche, c'est bien lui. Grand producteur d'idées, orateur inspiré, très écouté, Mohamed Sassi n'a pourtant jamais été ministre, ni même chef de parti. Il lui manque peut-être une “qualité”, pourtant répandue dans la classe politique : le sens du consensus. Sa force vient, paradoxalement, de ce handicap. Sassi peut dire non, mais sans jamais verser dans le négativisme, un non objectif, serein, et dans tous les cas percutant. Non à une monarchie absolue, non au baisemain royal, non… au refus de dialoguer avec ceux d'en face, les hommes du Pouvoir. Ancien de la Chabiba ittihadie, Sassi est le numéro un bis du meilleur représentant de la gauche marocaine : le PSU. Avec de la chance, il devrait se retrouver au Parlement dès la rentrée 2007. Pour commencer ?

Les nouveaux acteurs publics

Ahmed Abbadi
À la tête de la Rabita mohammadia des oulémas, Ahmed Abbadi mène une révolution tranquille dans le milieu religieux. Son objectif : former des experts religieux “modernes”, de leur époque. Depuis quelques mois, ce docteur de la Sorbonne, à qui l'on doit la sortie de la première promotion de morchidate (une première dans le monde musulman), s'attaque aux interprétations religieuses figées des oulémas. Abbadi a ainsi troqué les antédiluviens livres du Fiqh contre des manuels de sciences sociales, d'environnement et de droit international. Parfait anglophone, apprécié dans les cercles intellectuels américains, il n'hésite pas à sensibiliser les oulémas sur la sexualité et les MST, quitte à choquer. Sa grande ambition : organiser un séminaire sur la relecture du Coran. Courage !

Anas Alami
Rien ne prédestinait ce fils de postier à être propulsé, en février 2006, directeur général de… la Poste ! Cofondateur de la banque d'affaires Upline Securities, Anas Alami était auréolé de la réputation de meilleur analyste financier de la Bourse de Casablanca, dont il fut également le président du conseil de surveillance. Son talent et son expertise, il les met aujourd'hui au service d'un établissement public qui devra se positionner en tant que banque. Pour cela, le postier en chef décide d'aller au-delà de la simple activité de collecte de dépôts, pour s'attaquer aussi à la distribution de crédits. La consolidation de l'activité courrier, qui a toujours, selon lui, un grand potentiel de croissance, est l'autre axe de sa stratégie, censée donner un nouveau visage à Poste Maroc.

Salim Cheikh
Au bout d'un an à la tête du vénérable Service autonome de publicité (SAP, régie de la SNRT), ce jeune leader de 33 ans a réussi là où tout le monde s'était cassé les dents avant lui : refonte du système d'information et de l'organigramme, mais aussi croissance du chiffre d'affaires de 30% (pour atteindre 200 millions de dirhams). La filialisation qui donnera naissance à Maroc Publicité Médias (nouvelle dénomination du SAP) est attendue dans les prochains mois. Un pas de plus pour redorer l'image de la structure par laquelle transitent toutes les recettes de l'audiovisuel public, hormis le gros morceau 2M. Cheville ouvrière des projets OJD (contrôle de la diffusion de la presse) et MarocMétrie (contrôle d'audimat), Cheikh, qui avait quitté un poste plus que confortable à Paris, est en voie de réussir son challenge : transformer un poussiéreux office public en entreprise moderne et performante.

Saïd El Hadi
Inauguré tout récemment, le port Tanger Méditerranée est tout simplement le projet d'infrastructure le plus ambitieux jamais réalisé au Maroc. L'enjeu : 20 milliards de dirhams d'investissement et un fort positionnement du pays sur la carte maritime internationale. Saïd El Hadi, président du directoire de l'Agence spéciale Tanger Méditerranée, est la cheville ouvrière de cet énorme chantier. Ce diplômé de Ponts et Chaussées, qui a longtemps roulé sa bosse dans le secteur privé, a rassemblé autour de lui une “dream team” qui a démontré son efficacité en livrant le projet dans les délais impartis. Au Maroc, c'est suffisamment rare pour être applaudi. Et le meilleur reste à venir : Tanger Med vient déjà d'entamer un projet d'extension, ce qui va pratiquement lui permettre de tripler sa capacité.

Rabie Khlie
Ingénieur d'Etat de l'Ecole mohammadia, Rabie Khlie est un pur produit de l'Office national des chemins de fer (ONCF). Une entreprise où il a fait ses armes en tant que directeur de l'exploitation et bras droit de l'ancien DG, Karim Ghellab, avant d'en prendre les rênes. Depuis, et ayant retrouvé sa bonne santé financière (2,4 milliards de DH de chiffre d'affaires en 2006), l'Office a fait du chemin. Les projets se multiplient, boostés par une démarche de contrat-programme avec l'Etat qui a montré son efficacité. A l'extension du réseau ferroviaire s'ajoutent la modernisation et la création de nouvelles gares, ainsi que l'acquisition d'une nouvelle génération de matériel roulant, dont 24 rames automotrices à double étage. Ne jurant que par le MBO (management par objectifs), Rabie Khlie est aussi un homme de grands projets. Le plus ambitieux : le TGV, dont les études sont désormais finalisées.

Younès Maâmar
Peu disert ingénieur en automatisme et robotique, on aurait pu le croire renfermé et mal à l'aise dans les contacts humains. On se serait trompé. Sitôt nommé directeur général de l'Office national de l'électricité (ONE), il prend son bâton de pèlerin pour aller à la rencontre des hommes et femmes de l'Office aux quatre coins du pays. Riche d'une expérience professionnelle dans le domaine de l'énergie au sein de la Banque mondiale, c'est sur lui que repose aujourd'hui la conduite d'une nouvelle stratégie énergétique pour le pays. Une stratégie davantage en adéquation avec le contexte actuel, marqué par le renchérissement des prix des combustibles et la croissance de la demande. Et Maâmar prend son rôle au sérieux : il a été le premier à tirer la sonnette d'alarme sur le risque imminent de pénurie… et à mettre l'option nucléaire sur la table.

Khalid Zerouali
Nommé en 2005 gouverneur-directeur de la Migration et de la surveillance des frontières au ministère de l'Intérieur, Khalid Zerouali, diplômé de l'Ecole mohammadia des ingénieurs, s'est notamment distingué par son franc-parler lors de la crise des clandestins subsahariens de l'automne 2005. Sur ce dossier épineux, cet expert des migrations, dont les supérieurs louent l'éloquence, n'a pas hésité à aller au devant de la presse internationale pour expliquer la complexité du phénomène et la position délicate des autorités marocaines. Résultat, les reportages télé occidentaux se sont moins focalisés sur les brutalités de nos garde-frontières que sur le moyen d'aider le Maroc à affronter la vague de migrants illégaux. On doit aussi à Zerouali des succès notables dans la réduction des surfaces cultivées de cannabis, qui fait partie de ses missions.

Les lobbyistes et médiateurs

Noureddine Ayouch
“Il a toujours été un pionnier malgré lui”. C'est ainsi que l'un de ses proches résume le parcours pour le moins atypique de Noureddine Ayouch. Fondateur en 1983 du magazine Kalima, en avance sur son temps, l'un des premiers à se lancer dans la publicité avec l'agence Shem's, Ayouch est aussi celui qui a introduit le micro-crédit au Maroc, avec la fondation Zakoura, également active dans la lutte contre l'analphabétisme, la santé et la formation professionnelle. Mais c'est dans la politique qu'il s'est illustré cette année. L'Association 2007 Daba et l'action de marketing politique pour la mobilisation des électeurs pour les prochaines législatives, c'est lui. Véritable chef d'orchestre de toutes les initiatives entrant dans ce cadre, c'est à lui que les partis politiques doivent l'engagement des agences de communication dans l'élaboration de leurs campagnes respectives.

Kamal Lahbib
D'une ouverture d'esprit remarquable, cet ancien prisonnier politique unanimement respecté a su admirablement se reconvertir dans l'action associative. C'est dans le sillage du premier Forum social mondial de Porto Alegre, en 2001, que Kamal Lahbib a lancé, avec l'aide d'une poignée d'amis, le premier Forum social maghrébin (FSM) qui stigmatise l'aggravation des fractures sociales, la détérioration des conditions de vie de la classe ouvrière, le chômage grandissant des jeunes… Mais le FSM n'est que la dernière facette de ses foisonnantes activités, puisque Kamal est sur quasiment tous les fronts, de la sensibilisation citoyenne pour 2007 Daba au lobbying discret (et porteur) auprès des autorités pour la défense des libertés publiques.

Ilyass Omari
Il s'occupe de tout, et plutôt bien. “Mais qui est-il, que fait-il, qui sert-il exactement ?”, s'interrogent en permanence ses détracteurs. Bonne(s) question(s). Réponse : c'est un trait entre les hommes de gauche et ceux du Pouvoir. Proche d'un Fouad Ali El Himma (et même, dit-on, du roi), Ilyass a longtemps été le confident d'un Driss Benzekri, au point qu'il a recueilli ses mémoires et testaments. Il a multiplié les médiations à tous les niveaux, toujours dans l'ombre. Très impliqué dans l'INDH, proche des milieux des droits de l'homme, à l'écoute de la problématique des MRE, source (très) généreuse pour une bonne partie de la presse marocaine, il a aussi monté une association au Rif, sa région natale, pour défendre la mémoire des victimes des armes chimiques. La dynamo (cachée) du nouveau règne, en quelque sorte.

Les militants et combattants

Azzeddine Akesbi
“Transparency Maroc, c'est lui”, se plaît à dire un de ses amis et fervents supporters au sein de l'association. Lui, se contente de se définir comme un simple acteur parmi d'autres au sein de l'association anti-corruption. Mais ce combat, Azzeddine Akesbi en fait sa cause, sa raison d'être. Si cette année, tous les textes sur la déclaration de patrimoine ont été adoptés, la création de l'instance anti-corruption amorcée et les conventions internationales en la matière adoptées, c'est en grande partie grâce à son engagement et à la pression exercée par Transparency Maroc. Une action qui en fait désormais un interlocuteur incontournable - bien que, souvent, il ne soit pas le bienvenu…

Abdelhamid Amine
C'est un excessif, mais un nécessaire poil à gratter du régime. Président sortant de l'AMDH, Abdelhamid Amine revient par la fenêtre en tant que vice-président, omniprésent et incontournable, maîtrisant l'art de se faire toujours autant matraquer lors des sit-in et autres manifestations. En priorité, même. Car bien qu'il s'en défende, l'AMDH est devenue sous sa houlette l'association la plus “politique” du Maroc. Un réseau de refuzniks, à la fois bureau des plaintes, agence de presse officieuse avec correspondants locaux, et troupes de manifestants où se retrouvent les membres de l'extrême gauche marocaine. Se situer au bout de l'échiquier politique marocain a déjà valu à Amine 14 ans de prison, sous Hassan II, pour appartenance à l'organisation marxiste Ilal Amam. Aujourd'hui, ses convictions ne semblent quasiment pas avoir varié : Amine continue à demander des excuses publiques au nouveau roi, au nom de l'Etat coupable.

Le réseau Anaruz
Grâce au réseau Anaruz, une ONG qui regroupe 40 centres d'écoute implantés un peu partout au Maroc, il est désormais possible de dresser un portrait-robot de la femme victime de violence et de son agresseur (les trois quarts du temps, son propre mari !). Elle, c'est une femme au foyer plutôt jeune, mariée il y a à peine un an, ayant tout au plus un enfant et sans aucune instruction. Lui, c'est un homme entre 30 et 40 ans, marié et au niveau d'instruction tout aussi basique. En réalisant son enquête, le réseau ne s'attendait pas à ce résultat. En un an, de septembre 2005 à octobre 2006, ses centres de proximité ont reçu 3500 plaintes pour violence, soit une moyenne de 8 par jour. De plus en plus de femmes, aujourd'hui, savent qu'elles sont en droit de réclamer justice. Bravo !

Najat Anouar
Dans sa tête, le déclic s'est produit pendant l'été 2004. Choquée par la clémence d'un verdict prononcé contre un pédophile, responsable de la mort d'un jeune garçon de 3 ans, Najat Anouar, juriste et mère de famille, décide de réagir. Elle crée la première association marocaine dédiée à la lutte contre un phénomène jusque-là tabou. Forte de son réseau d'avocats et de bénévoles, Touche pas à mon enfant se porte partie civile dans la plupart des procès de pédophilie qui sont intentés au Maroc. Sa stratégie : mobiliser les médias et l'opinion publique pour faire bouger les autorités et la justice contre cette déviance criminelle, trop longtemps tue par convenance sociale. La jeune mais très dynamique association gagne très vite en crédibilité. Son influence grandit d'année en année, et son réseau de bénévoles s'étoffe chaque jour, ralliant de nouveaux “chasseurs de pédophiles”. Hélas, il y a du boulot !

Lhoussaïn Azergui
C'est la nouvelle coqueluche des défenseurs de la cause amazighe. Son premier roman a reçu de nombreux prix internationaux. Aghrum n Ihaqqaren (Le pain des corbeaux) représente une forme de résistance de la culture amazighe. Journaliste indépendant à ses heures (il a claqué la porte de la MAP), l'auteur s'intéresse notamment à la censure exercée sur les journalistes d'une manière générale et sur ceux qui revendiquent leur amazighité en particulier. Installé en France, il est à l’originede la mobilisation pour abroger la fameuse circulaire du ministère de l'Intérieur, qui défend l'inscription sur les listes de l'état civil marocain de prénoms à connotation amazighe.

Amina Bouayach
C'est avant tout la première femme à présider une organisation des droits de l'homme au Maroc. Mais c'est aussi celle qui a fait sortir l'Organisation marocaine des droits de l'homme d'une certaine torpeur. Avec Amina Bouayach à sa tête, l'OMDH communique davantage, et se montre surtout moins conciliante qu'auparavant… En 2006, des membres du défunt corps des GUS sont impliqués dans la mort d'un citoyen à Salé. Avec son équipe, Bouayach se rend sur place, enquête, établit un rapport accablant… et arrive à faire traduire les policiers en justice. “À l'OMDH, nous avons toujours privilégié la recherche de solutions. La protestation n'est qu'un moyen de pression qu'il faut utiliser à bon escient, jamais une fin en soi”, répète à l'envi Bouayach qui, il y a quelques mois, a gravi un autre échelon en se faisant élire vice-présidente de la Fédération internationale des droits de l'homme.

Saïd Essoulami
Depuis près d'un quart de siècle, ce diplômé en sciences politiques est de tous les combats en faveur des médias dans les pays arabes. Après une quinzaine d'années à Londres, où il a dirigé la branche Moyen-Orient et Afrique du Nord chez Article 19 (association internationale pour la liberté d'expression), il crée en 1998 le Center for Media Freedom in the Middle East and North Africa (CMF-MENA), “un centre de recherche, de promotion et de plaidoyer pour la liberté des médias”, dont le siège londonien est transféré à Casablanca en Octobre 2005. Depuis cette date, le CMF-MENA, financé par des organisations internationales, a produit un rapport très critique sur le projet de réforme du Code de la presse, des études très intéressantes sur l'accès des femmes aux postes de responsabilités dans les médias, le droit d'accès à l'information, la gouvernance de l'Internet et les médias arabes…

Khalil Jemmah
Il est depuis une dizaine d'années l'un des militants associatifs les plus actifs du pays. Son nom reste étroitement lié à l'Association des familles des victimes de l'immigration clandestine (AFVIC), une ONG qu'il a créée en 2001 et qui est très vite devenue un acteur incontournable en la matière. Le 13 avril 2007, cet assureur de Khouribga cède la présidence de l'AFVIC “pour laisser la place à la relève”, mais également pour se lancer un nouveau défi : la création d'une section droits de l'homme de son ONG. Elle aura pour objectif “la vulgarisation des droits de l'homme tels qu'universellement connus” et la mise en place, dans les semaines à venir, de deux centres de vigilance, l'un à Casablanca et l'autre à Khouribga. Objectif : élaborer des rapports sur les exactions sous-médiatisées des petites villes et de la campagne.

Youssef Madad
A 50 ans, Youssef Madad a fait de l'abolition de la peine de mort plus qu'un objectif, un véritable leitmotiv. “Il y a huit ans, ce sujet était tabou. Aujourd'hui, tout le monde en parle”, indique ce diplômé en philosophie (et en ingénierie informatique). Sit-in, congrès internationaux, pétitions… le militant associatif fait feu de tout bois pour mettre la pression sur le gouvernement et le pousser à abroger la peine capitale, qui maintient aujourd'hui encore 130 personnes dans le couloir de la mort. L'abolition n'est pas encore acquise mais il en est officiellement question, ce qui est déjà un grand succès. Peut-être le prochain gouvernement le fera-t-il ? En 2006, Madad a aussi créé l'association “Relais société-prisons”, dont l'objectif est de combattre la récidive chez les anciens détenus.

Abderrahim Mouhtad
C'est l'un des acteurs associatifs les plus en vue du moment. Depuis 2004, Abderrahim Mouhtad est le remuant président de l'association Annasir, qui regroupe les familles des détenus islamistes post-6 mai. Coordination entre détenus, aide matérielle aux familles, sit-in de protestation… Mouhtad est derrière toutes les initiatives qui touchent aux barbus maudits du royaume. “Le dossier des Salafistes intéresse toutes les composantes de la société marocaine. Que fera-t-on de leurs enfants, par exemple ? Comment gérer les tensions dans les prisons ?”, interroge-t-il. Fort de son passé de dirigeant de la Chabiba Islamia, Mouhtad a réussi à sensibiliser une bonne partie de la presse nationale et internationale à la question des détenus islamistes. Mais pour l'Etat, il reste toujours infréquentable…

Abdelaziz Nouaydi
Son combat est celui de tout le Maroc moderne : l'indépendance de la justice. Cela tombe bien pour Abdelaziz Nouaydi, puisqu'il est avocat, membre fondateur de l'OMDH (Organisation marocaine des droits de l'homme), dirigeant de Transparency Maroc, etc. De toutes ses casquettes, c'est celle d'ancien conseiller de Noubir Amaoui, et surtout de Abderrahmane Youssoufi (1998-2002), qui marque le plus. C'est là que Nouaydi, confronté de très près à l'exercice du (supposé) pouvoir, a compris la faillite de l'appareil judiciaire, rongé par la corruption et l'inféodation au (vrai) Pouvoir. C'est avec Adala, l'ONG qu'il a fondée en 2005, que l'homme mène désormais son combat. Adala, donc, comme justice, ou équité. Deux “étoiles” qui devraient, normalement, accompagner tout justiciable marocain…

Khadija Rebbah
Depuis quelques semaines, Khadija Rebbah a pris son bâton de pèlerin pour aller prêcher la bonne parole auprès des associations féminines des quatre coins du Maroc. Objectif : encourager la participation des femmes à la chose politique, à commencer par les prochaines élections. Un volet quasi absent dans les missions des ONG féminines, malgré leur grand nombre sur le terrain. “Nous avons pu constituer une commission dans chaque ville qui prendra le relais au niveau de la sensibilisation”, affirme cette sociologue de formation, également présidente d'une association féminine. Une mobilisation qui a dépassé l'axe Rabat-Casablanca pour aller vers les campagnes reculées “parce que c'est là-bas que les femmes ont le plus besoin de sensibilisation”.

Abderrahim Jamaï
Il fait partie de cette génération de grands avocats, farouchement attachés aux principes universels des droits de l'homme. Plusieurs causes le passionnent : liberté d'expression, libertés publiques, action syndicale, lutte contre la pédophilie… “Il se fait rarement payer pour ce genre d'affaires, même si ça lui prend beaucoup de temps”, affirme l'un de ses collègues au barreau de Rabat. Militant de la première heure et avocat chevronné, il bouillonne d'idées nouvelles, et nourrit la noble utopie de “faire respecter la dignité du Marocain au commissariat, devant le tribunal ou en prison”. Malgré ses positions tranchées, Abderrahim Jamaï arrive à conserver de bonnes relations avec les hauts responsables de l'Etat. Ses responsabilités au sein de l'Observatoire des droits de l'enfant le rapprochent même des (plus qu'influentes) sœurs de Mohammed VI…

Les dérangeurs publics

Najib Bachiri
Si Robin des Bois vivait à Berkane, il s'appellerait Najib Bachiri. Ecologiste du cru, il donne des sueurs froides au géant espagnol de l'immobilier Fadesa, adjudicataire de l'aménagement de la station balnéaire de Saïdia. Bachiri dénonce depuis des années les répercussions sur l'écosystème de la construction du gigantesque ensemble touristique. Et à force de s'agiter, il a fini par attirer l'attention des caméras de la chaîne française M6 qui lui a donné, il y a quelques semaines, la parole dans le cadre de l'émission Capital. Résumé : la vision 2010 du tourisme ne passera pas par Bachiri… pas plus que la vision “tolérance zéro” vis-à-vis des clandestins subsahariens. L'homme a en effet créé une association d'aide aux immigrants d'Afrique subsaharienne, installée dans une ancienne église de Berkane. Un petit havre de paix pour les clandestins, jugés indésirables à Melilia l'Espagnole, dans l'Algérie voisine et au Maroc.

Abderrahmane El Yazidi
Ce capitaine de pêche gadiri s'est taillé une réputation de refuznik et de grande gueule. Son hobby : dénoncer toutes les formes d'injustice, et pas uniquement dans son secteur. Ça a commencé par des sit-in répétitifs contre les situations de rente dans le secteur de la pêche, les licences accordées sans cahiers des charges et les accords de pêche bradés avec l'Europe. Puis El Yazidi s'est diversifié. Le mouvement de défense des victimes de Philippe Servaty, le pornographe d'Agadir, c'est lui. Dans la capitale du Souss, El Yazidi s'est fait l'avocat de “tous les damnés d'une société hypocrite”. Récemment, l'homme s'est même lancé dans la défense de la liberté d'expression, en s'associant aux mouvements de protestation contre l'arrestation des journalistes d'Al Watan. En attendant une nouvelle cause…

Lahbib Hajji
Lahbib Hajji et ses camarades arriveront-il à décrocher le prix annuel de Transparency international pour l'intégrité, qui honore le courage d'individus qui se sont illustrés dans la lutte contre la corruption ? C'est ce que souhaitent beaucoup de Marocains, séduits par le courage de ces avocats radiés du barreau après avoir publié une “lettre pour l'Histoire”, qui dénonce la corruption dans les rouages de la justice locale du Nord, gangrenée par la mafia de la drogue. Pour la petite histoire, Hajji, qui est aussi membre actif de l'Association marocaine des droits de l'homme, avait aussi, avec ses collègues Abdellatif Kenjaa et Khalid Bourheil, adressé la fameuse “lettre” à Mohammed VI. Sans réponse, à aujourd'hui.

Chakib Khyari
Le président de l'Association du Rif pour les droits de l'homme est sur tous les fronts. Pas une manifestation ni une action de protestation publique ne se tient dans la région de Nador sans que Chakib Khyari ne l'ait initiée ou qu'il n'y ait, au moins, activement participé. Début 2007, il s'est même offert le luxe de faire vaciller la mafia de la drogue après avoir aidé des journalistes espagnols à réaliser un reportage explosif sur le trafic dans la lagune de Mar Chica. Depuis, ce militant iconoclaste est devenu la bête noire des trafiquants et des ripoux de tout bord. L'activisme de Khyari, qui est également membre de la Fondation Abdelkrim Khattabi (toujours interdite), lui attire bien entendu des menaces à la pelle. Il répond que “ce sont des risques à prendre”…

Mohamed Laghdaf Eddah
Trois ans après son lancement, la télévision régionale qu'il dirige dérange toujours autant. Créée presque par accident en novembre 2004, Laâyoune TV est aujourd'hui l'une des stations les plus regardées au Sahara. Dès ses premiers reportages, la chaîne étonne par son indépendance et sa liberté de ton. Ses plateaux accueillent d'anciens dirigeants du Polisario ou des ex-détenus à Mgouna et à Agdz. Ses reportages couvrent toutes les manifestations sociales de Guelmim à Dakhla. Une performance qui fait forcément grincer des dents les notables de la région, qui réclament la tête du directeur, souvent accusé de “traîtrise”. “C'est exactement ce dont m'accusent les Sahraouis de Tindouf. Cela veut simplement dire que je fais bien mon travail”, se contente-t-il de répondre.

Tarik Sbaï
Cet avocat rbati est également le président de l'Instance nationale de défense des biens publics. Créée en 2006, cette association s'est particulièrement illustrée lors des manifestations contre la vie chère, qu'elle a encadrées aux quatre coins du pays. L'instance n'entend pas s'arrêter en si bon chemin, avec la publication (bientôt) d'une liste des “dilapidateurs des biens publics”. “J'ai participé à l'élaboration et à la publication par l'AMDH de la liste des responsables impliqués dans les atteintes graves aux droits de l'homme. Cette nouvelle liste n'en est que la continuation”, affirme Tarik Sbaï. Détournement de fonds, abus de pouvoir ou fautes graves de gestion… l'instance de Sbaï a été à l'origine de plusieurs poursuites engagées contre certains responsables de l'administration territoriale

Réda Taoujni
Quasiment pas un jour sans que son nom apparaisse dans la presse. Et pour cause, Réda Taoujni, ancien pilote automobile reconverti dans le militantisme pour la marocanité du Sahara, multiplie les effets d'annonce, osés pour les uns, fantaisistes pour les autres : voyage collectif à Tindouf, construction d'une réplique des camps du Polisario pour les besoins d'un documentaire, marche populaire vers Tifariti… Pourtant, “il est l'une des principales sources d'information sur le Sahara de toute notre profession”, ajoute ce journaliste. Si Taoujni a mis plus d'une fois les voisins algériens dans l'embarras, il ne ménage pas plus les responsables marocains. L'ASM a ainsi été la seule ONG marocaine à rejeter le plan d'autonomie du Sahara qui, selon Taoujni, pèche par manque de… concertation nationale !

Les entrepreneurs

Othman Benjelloun
Symbole d'un nouveau capitalisme marocain, Othman Benjelloun continue à tenir tête au tentaculaire holding ONA. Le président du groupe Finance.com est de fait le seul concurrent sérieux du groupe royal dans le secteur bancaire et des assurances, tout en gardant une bonne avance dans celui des télécoms. Et des velléités d'indépendance, Othman Benjelloun en a de plus en plus. C'est ainsi que le développement de la BMCE Bank à l'international aurait pour but final de donner les coudées franches au groupe financier face à l'ONA, mastodonte surprotégé au Maroc. Certains proches de Othman Benjelloun n'hésitent d'ailleurs pas à le présenter comme “le deuxième homme le plus riche du royaume après Sa Majesté”. Une manière de dire que leur boss a l'arsenal financier pour boxer même dans les plus hautes catégories.

sahara..le plan d'autonomie

21/08/2007 15:45 par juste-1980

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    21/08/2007 15:45 par juste-1980

  Mardi 21 Aôut 2007
 
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Par Ahmed R. Benchemsi

En exclusivite mondiale
Plus enquête

Le retour du référendum
Comment le Maroc a piégé l’Algérie
Le rôle des services secrets


Sahara. Le plan d’autonomie (Le texte intégral)

 
(AFP)

Document exclusif.
Initiative marocaine pour la négociation d'un statut d'autonomie de la Région du Sahara



I. L'engagement du Maroc en faveur d'une solution politique définitive :
1. Depuis 2004, le Conseil de Sécurité appelle régulièrement “les parties et les Etats de la région à continuer de coopérer pleinement avec l'ONU pour mettre fin à l'impasse actuelle et progresser vers une solution politique”.
2. En réponse à cet appel de la communauté internationale, le royaume du Maroc s'est inscrit dans une dynamique positive et constructive, en s'engageant à soumettre une initiative pour la négociation d'un statut d'autonomie de la Région du Sahara, dans le cadre de la souveraineté du royaume et de son unité nationale.
3. Cette initiative s'inscrit dans le cadre de l'édification d'une société démocratique et moderne, fondée sur l'Etat de droit, les libertés individuelles et collectives et le développement économique et social. Comme telle, elle apporte la promesse d'un avenir meilleur pour les populations de la région, met fin à la séparation et à l'exil et favorise la réconciliation.
4. Par cette initiative, le royaume du Maroc garantit à tous les Sahraouis, à l'extérieur comme à l'intérieur, toute leur place et tout leur rôle, sans discrimination ni exclusive, dans les instances et institutions de la Région.
5. Ainsi, les populations du Sahara géreront elles-mêmes et démocratiquement leurs affaires à travers des organes législatif, exécutif et judiciaire dotés de compétences exclusives. Elles disposeront des ressources financières nécessaires au développement de la Région dans tous les domaines et participeront, de manière active, à la vie économique, sociale et culturelle du royaume.
6. L'Etat conservera ses compétences dans les domaines régaliens, en particulier la défense, les relations extérieures et les attributions constitutionnelles et religieuses de Sa Majesté le roi.
7. L'initiative marocaine, inspirée par un esprit d'ouverture, tend à créer les conditions d'un processus de dialogue et de négociation débouchant sur une solution politique mutuellement acceptable.
8. Le statut d'autonomie, résultat des négociations, sera soumis à une consultation référendaire des populations concernées conformément au principe de l'autodétermination et des dispositions de la Charte des Nations Unies.
9. Dans cette perspective, le Maroc lance un appel aux autres parties pour qu'elles saisissent cette occasion d'écrire une nouvelle page dans l'histoire de la région. Il est prêt à s'engager dans une négociation sérieuse et constructive sur la base de cette initiative, ainsi qu'à apporter sa contribution à la création d'un climat de confiance.
10. A cette fin, le royaume demeure disposé à coopérer pleinement avec le Secrétaire Général de l'ONU et son Envoyé Personnel.

II. Les éléments de base de la proposition marocaine
11. Le projet marocain d'autonomie s'inspire des propositions pertinentes de l'ONU et des dispositions constitutionnelles en vigueur dans les Etats géographiquement et culturellement proches du Maroc, et s'appuie sur des normes et standards internationalement reconnus.

A. Les compétences de la Région Autonome du Sahara
12. Dans le respect des principes et des procédures démocratiques, les populations de la Région Autonome du Sahara, agissant par l'intermédiaire d'organes législatif, exécutif et judiciaire auront, dans les limites territoriales de la Région, la compétence notamment dans les domaines :
• de l'administration locale, de la police locale et des juridictions de la Région ;
• économique : le développement économique, la planification régionale, l'encouragement des investissements, le commerce, l'industrie, le tourisme et l'agriculture ;
• du budget et de la fiscalité de la Région ;
• des infrastructures : l'eau, les installations hydrauliques, l'électricité, les travaux publics et le transport ;
• social : l'habitat, l'éducation, la santé, l'emploi, le sport, la sécurité et la protection sociales ;
• culturel, y compris la promotion du patrimoine culturel sahraoui hassani ;
• de l'environnement.
13. La Région Autonome du Sahara disposera des ressources financières nécessaires à son développement dans tous les domaines. Ces ressources seront notamment constituées par :
• les impôts, taxes et contributions territoriales édictés par les organes compétents de la Région ;
• les revenus de l'exploitation des ressources naturelles affectées à la Région ;
• la partie des revenus des ressources naturelles situées dans la région et perçus par l'Etat ;
• les ressources nécessaires allouées dans le cadre de la solidarité nationale ;
• les revenus provenant du patrimoine de la Région.
• L'Etat conservera la compétence exclusive, notamment sur :
• les attributs de souveraineté, notamment le drapeau, l'hymne national et la monnaie ;
• les attributs liés aux compétences constitutionnelles et religieuses du roi, commandeur des croyants et garant de la liberté du culte et des libertés individuelles
et collectives ;
• la sécurité nationale, la défense extérieure et de l'intégrité territoriale ;
• les relations extérieures ;
• l'ordre juridictionnel du royaume.
15. La responsabilité de l'Etat dans le domaine des relations extérieures sera exercée en consultation avec la Région Autonome du Sahara concernant les questions qui se rapportent directement aux attributions de cette Région. La Région Autonome du Sahara peut, en concertation avec le Gouvernement, établir des liens de coopération avec des régions étrangères en vue de développer le dialogue et la coopération inter-régionales.
16. Les compétences de l'Etat dans la Région Autonome du Sahara, telles que prévues au paragraphe 13 ci-dessus, seront exercées par un délégué du Gouvernement.
17. Par ailleurs, les compétences qui ne sont pas spécifiquement attribuées seront exercées, d'un commun accord, sur la base du principe de subsidiarité.
18. Les populations de la Région Autonome du Sahara sont représentées au sein du Parlement et des autres institutions nationales. Elles participent à toutes les consultations électorales nationales.

B. Les organes de la Région Autonome du Sahara
19. Le Parlement de la Région Autonome du Sahara sera composé de membres élus par les différentes tribus sahraouies, et de membres élus au suffrage universel direct par l'ensemble de la population de la Région. La composition du Parlement de la Région Autonome du Sahara devra comprendre une représentation féminine appropriée.
20. Le pouvoir exécutif de la Région Autonome du Sahara sera exercé par un chef de Gouvernement élu par le Parlement régional. Il est investi par le roi. Le chef de Gouvernement est le représentant de l'Etat dans la région.
21. Le chef du Gouvernement de la Région Autonome du Sahara forme le Gouvernement de la Région et nomme les administrateurs nécessaires pour exercer les pouvoirs qui lui sont dévolus en vertu du statut d'autonomie. Il est responsable devant le Parlement de ladite Région.
22. Des juridictions peuvent être créées par le Parlement régional afin de statuer sur les litiges nés de l'application des normes édictées par les organes compétents de la Région Autonome du Sahara. Leurs décisions seront rendues, en toute indépendance, au nom du roi.
23. Le Tribunal Régional Supérieur, la plus haute juridiction dans la Région Autonome du Sahara, statue en dernier ressort, sur l'interprétation de la loi de la région, sans préjudice des compétences de la Cour Suprême et du Conseil Constitutionnel du royaume.
24. Les lois, les règlements et les décisions de justice émanant des organes de la Région Autonome du Sahara doivent être conformes au statut d'autonomie de ladite Région et à la Constitution du royaume.
25. Les populations de la Région bénéficieront de toutes les garanties qu'apporte la Constitution marocaine en matière de droits de l'Homme tels qu'ils sont universellement reconnus.
26. La Région Autonome du Sahara disposera d'un Conseil Economique et Social composé de représentants des secteurs économiques, sociaux, professionnels et associatifs, ainsi que de personnalités hautement qualifiées.

III. Processus d'approbation et de mise en œuvre du statut d'autonomie
27. Le statut d'autonomie de la Région fera l'objet de négociations et sera soumis à une libre consultation référendaire des populations concernées. Ce référendum constitue, conformément à la légalité internationale, à la Charte des Nations Unies et aux résolutions de l'Assemblée Générale du Conseil de Sécurité, le libre exercice, par ces populations, de leur droit à l'autodétermination.
28. A cette fin, les parties s'engagent à œuvrer conjointement, et de bonne foi, en faveur de cette solution politique et de son approbation par les populations du Sahara.
29. De surcroît, la Constitution marocaine sera révisée, le statut d'autonomie y sera incorporé comme gage de sa stabilité et de sa place particulière dans l'ordonnancement juridique national.
30. Le royaume du Maroc prendra toutes les mesures nécessaires afin d'assurer aux personnes qui seront rapatriées une réinsertion complète au sein de la collectivité nationale, dans des conditions garantissant leur dignité, leur sécurité et la protection des biens.
31. A cette fin, le royaume adoptera notamment une amnistie générale excluant toutes poursuites, arrestations, détention, emprisonnement ou intimidation de quelque nature que ce soit, fondées sur des faits objets de l'amnistie.
32. A la suite de l'accord des parties sur le projet d'autonomie, un Conseil Transitoire composé de leurs représentants apportera son concours au rapatriement, aux opérations de désarmement, démobilisation et réinsertion des éléments armés se trouvant à l'extérieur du territoire, ainsi qu'à toute autre action visant l'approbation et la mise en œuvre du statut, y compris les opérations électorales.
33. A l'instar des membres de la communauté internationale, le royaume du Maroc est persuadé, aujourd'hui, que la solution du différend sur le Sahara ne peut être que le fruit d'une négociation. Dans cet esprit, la proposition qu'il soumet aux Nations Unies constitue une réelle opportunité à même de favoriser des négociations ayant pour finalité de parvenir à une solution définitive à ce différend, dans le cadre de la légalité internationale et sur la base d'arrangements conformes aux buts et principes énoncés dans la Charte de l'ONU.
34. Dans ce cadre, le Maroc s'engage à négocier, de bonne foi, dans un esprit constructif d'ouverture et de sincérité, afin de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable à ce différend dont la région pâtit. A cet effet, le royaume est disposé à apporter une contribution active à la mise en place d'un climat de confiance qui pourra aboutir au succès de ce projet.
35. Le royaume du Maroc nourrit l'espoir que les autres parties mesureront la signification et la portée de cette initiative, l'apprécieront à sa juste valeur et y apporteront une contribution positive et constructive. Le royaume considère que la dynamique engendrée par cette initiative offre une chance historique pour régler définitivement cette question.

 

Le texte et son contexte

Le Conseil de sécurité de l’ONU
sera appelé à examiner le projet
d’autonomie, tout récemment
déposé par le Maroc.
(AFP)

Voilà, c'est fait. Le plan est déposé, le Maroc a marqué un point, et le Conseil de sécurité de l'ONU va s'agiter pendant quelques semaines. Mais quoi qu'il décide, l'enjeu, déjà, est ailleurs : amener l'Algérie à la table des négociations. C'est loin d'être gagné. Et quand bien même cela arriverait, la partie ne ferait que commencer…


C’est toujours comme ça, au Maroc. Il peut se passer des mois sans que rien ne bouge. Et un beau jour, sans crier gare, tout s'emballe. C'est ce qui s'est passé concernant le dossier du Sahara. Un an qu'on
fait semblant de s'intéresser au Corcas (Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes), cette improbable collection de notables sahraouis nommés par le roi, et qui s'est très vite déchirée pour de sombres considérations tribales… Deux mois qu'on entend parler de “plan d'autonomie”, sans qu'on en connaisse autre chose que des bribes, et les échos d'une “tournée promotionnelle” d'autant plus étrange qu'on ne savait rien de ce qui était “promu”… Et brusquement, cette semaine, tout s'est accéléré. Lundi 9 avril, le premier ministre, Driss Jettou, a annoncé “une série de rencontres explicatives sur le plan d'autonomie” avec les partis politiques. Mardi 10, le plan (détaillé) a été officiellement remis à Ban Ki Moon par El Mostapha Sahel, ambassadeur du Maroc aux Nations Unies. Mercredi 11, le ministre de l'Intérieur, Chakib Benmoussa, donnait une conférence de presse sur le sujet. Et ce n'est pas fini. Le 16, le secrétaire général de l'ONU devra se prononcer sur la proposition marocaine, dans un rapport qu'il remettra au Conseil de sécurité. Lequel devra émettre une résolution dans les quinze jours qui suivront. En attendant, nos officiels peinent à cacher leur jubilation. Certains parlent même - incroyable ! - de “solution définitive au conflit”. Mais ne nous emballons pas. Tâchons plutôt de comprendre, en posant quatre questions-clés.

1. Pourquoi cette attente (et ce mystère) ?
Sur le dossier Sahara, l'attitude de nos hauts responsables, ces derniers temps, a été particulièrement énigmatique. Les personnages les plus en vue de l'Etat et de l'entourage royal (notamment la “dream team” Ali El Himma/Benmoussa/Fassi-Fihri/Mansouri) se faisaient prendre en photo aux quatre coins du monde, aux côtés d'une impressionnante palette de chefs d'Etat et de gouvernement étrangers. Plus de trente pays, dont la quasi-totalité des membres du Conseil de sécurité, ont ainsi été visités pour “promouvoir le plan d'autonomie du Sahara”. Mais aucun écrit n'a été distribué. Les grands de ce monde n'ont eu droit qu'à des explications orales sur ce mystérieux plan. Contrairement aux Français qui l'ont qualifié de “constructif”, aux Américains qui l'ont estimé “prometteur” ou aux Espagnols qui l'ont trouvé “intéressant”, certains, comme les Britanniques, se sont agacés de tant de secret, et ont refusé de commenter le plan tant qu'ils n'en avaient pas vu les détails. L'Algérie et le Polisario, pendant ce temps, s'époumonaient en qualifiant le plan d'“inacceptable” - alors qu'ils ne savaient strictement rien de son contenu. C'était - maintenant on peut le dire - le but de la manœuvre marocaine : rendre fous nos adversaires et, le moment venu, les assommer par surprise. Bien joué, admettons-le. D'autant plus que notre diplomatie ne nous avait pas habitués à autant de finesse…

Là-dessus, franchement, nous revenons de loin. Dans le dossier Sahara, les dirigeants marocains ont toujours eu la réputation (amplement méritée) de revenir constamment sur leur parole. C'est Hassan II qui, le premier en 1981, avait proposé un référendum. L'idée était audacieuse et le scrutin, annoncé “confirmatif”. Le Polisario et l'Algérie ont d'abord refusé, puis fini par accepter. Mais c'est le Maroc qui, de blocages en tromperies (la “guerre des listes électorales” de Driss Basri a donné la migraine à trois secrétaires généraux de l'ONU) a fini par enterrer l'idée de référendum, qu'il avait pourtant lancée. En 1999, juste avant de mourir, Hassan II a eu une autre grande idée : la “troisième voie” (entendez : entre le rattachement au Maroc et l'indépendance), autrement dit l'autonomie du Sahara sous souveraineté marocaine. Là encore, tollé du Polisario et de l'Algérie puis, finalement, acceptation du principe, sous réserve d'un référendum quatre ans plus tard. C'était le plan Baker II - rejeté par le Maroc, alors même qu'il en avait inspiré les deux axes essentiels. D'où la lamentable réputation de “pays qui s'oppose à tout mais ne propose plus rien”. A tel point qu'en 2003, les Etats-Unis ont perdu patience et ont menacé d'“imposer” le plan Baker II, à la grande frayeur des Marocains. Le boulet n'est pas passé loin, et il a laissé des traces. Lentement, à Rabat, on a alors commencé à comprendre qu'en matière diplomatique, rien ne valait l'initiative. Mais il faudra encore deux ans de réflexion et de remises en question, suivis de quinze mois de préparation, à grands renforts de “consultations” et autres “débats participatifs” (le Corcas et ce qui s'ensuit) pour qu'enfin, le Maroc soit en mesure de proposer quelque chose de sérieux, de réfléchi… et même de malin (le coup du plan fantôme, franchement, est à saluer). Et voilà. Cette semaine, le fruit, enfin mûr, est tombé.

2. Qu'apporte ce plan (de nouveau)
Sur le fond, pas grand-chose. On savait déjà que le Sahara autonome aurait son parlement, son gouvernement et ses instances judiciaires, tandis que l'Etat central conserverait le monopole de la défense et des relations extérieures. On a désormais un peu plus de précisions (lire en page 34) - et surtout celle-ci : avant d'être mis en application, le statut d'autonomie du Sahara devra être validé par un référendum chez les “populations concernées”. Le plan d'autonomie marocain, c'est en quelque sorte le plan Baker II, mais à l'envers : le référendum d'abord, l'autonomie ensuite. Audacieux, mais, pour les spécialistes du dossier, pas si surprenant que ça.

En revanche, la grande nouveauté, voire le coup de génie du Maroc… c'est sa démarche. Notre nouvelle proposition pour le Sahara n'est pas à proprement parler un plan d'autonomie mais plutôt (c'est d'ailleurs son titre officiel) une “initiative pour la négociation d'un statut d'autonomie”. Ça change tout, et ça explique notamment pourquoi ce plan tant attendu ne fait pas plus que quatre petites pages recto. “L'initiative n'est pas à prendre ou à laisser, explique ce diplomate marocain de premier rang. Si nous ne l'avons pas trop détaillée, c'est volontairement pour laisser une marge de négociation aux parties”. Exemple : le fruit de l'exploitation des ressources naturelles sera partagé entre l'Etat et la future “région”, mais dans des proportions qui restent à discuter. Ça peut être 50/50, ça peut être 70/30… “ou 30/70”, ajoute le même diplomate, petit sourire aux lèvres. Autre exemple - et sur celui-là, les négociations, si elles ont lieu, promettent d'être épiques -, celui du corps électoral du futur référendum. “L'initiative” marocaine propose qu'il soit formé en partie de Sahraouis de souche, et en partie de résidents sahraouis non originaires de la région. Quoi de plus raisonnable, de prime abord ? Reste à négocier les taux de représentation des uns et des autres… Et c'est pareil, pour quasiment chaque point de la proposition marocaine. “Nous aurions pu proposer des chiffres et des détails plus poussés dès le départ - et d'ailleurs, nous les avons en tête”, affirme un des concepteurs du plan. N'en doutons pas, ces “détails plus poussés” sont forcément en notre faveur. Mais les divulguer d'entrée aurait été une grosse erreur stratégique. Le couple Algérie-Polisario aurait eu beau jeu de déclarer ces “conditions inacceptables” pour refuser de négocier, contraignant le Maroc à affirmer qu'il est prêt à faire des compromis, et inversant par conséquent le rapport de forces. Mais nos surprenants diplomates ont bien calculé leur coup. Aujourd'hui, c'est indéniablement le Maroc qui mène le jeu. Et la pression, tout aussi indéniablement, pèse sur l'autre camp.

Dès la mi-mars, la diplomatie algérienne, rendue nerveuse par le mystère autour de la proposition marocaine, a entrepris de la dénoncer violemment, pour ainsi dire à tout hasard. Après coup - les Algériens s'en sont rendu compte cette semaine -, leurs arguments se sont révélés fallacieux. “Inacceptable décision unilatérale !”, a éructé le ministre des Affaires étrangères Mohamed Bedjaoui. Sauf que ce n'était pas une “décision”, mais une simple proposition, ouverte à la discussion… Le Polisario, de son côté, a fait pire : Brahim Ghali, son représentant en Espagne, a rejeté d'emblée “cette proposition qui écarte l'organisation d'un référendum d'autodétermination du peuple sahraoui”. Encore raté, puisque le référendum d'autodétermination est au cœur de la proposition marocaine !

Aujourd'hui, tandis que leurs adversaires étouffent probablement de rage, les Marocains rient sous cape. Et face aux caméras, ils jouent aux innocents, la bouche en cul-de-poule : “Mais pourquoi ils s'énervent, ces gens ? Tout ce qu'on veut, nous, c'est discuter tranquillement autour d'un verre de thé. Si même ça, ils le refusent…”. Et d'en rajouter, sans pitié : “Le Maroc espère trouver auprès des autres parties la même volonté politique et engagement de bonne foi qui sont les siens (…) et nourrit de grands espoirs dans vos efforts afin de convaincre les autres parties de saisir les chances de paix que cette initiative recèle”, dit la lettre d'accompagnement du plan remise à Ban Ki Moon. On ne savait pas nos diplomates capables de tant de cruauté… Mais il vaudrait mieux pour eux qu'ils gardent le triomphe modeste, car la partie vient tout juste de commencer. Nos adversaires ne sont pas nés d'hier ; ils vont vite changer de posture, et ouvrir le débat de fond. C'est là où les nôtres devront faire la preuve de leur solidité.

3. Les arguments marocains sont-ils solides ?
En tout cas, ce qu'on peut en dire, pour l'instant, c'est qu'ils sont bien préparés. Et d'abord, bien entendu, vis-à-vis de l'ONU. Argument numéro 1 : c'est à la demande du Conseil de sécurité que le Maroc ouvre la voie pour une solution politique négociée. Ça, c'est imparable. Le pauvre Kofi Annan n'en pouvait effectivement plus de réclamer le dialogue entre les parties. Le Maroc, aujourd'hui, y est prêt. “Et toutes les capitales que nous avons visitées applaudissent notre engagement pour une solution négociée”, ajoute ce haut diplomate, sans cacher son contentement. Propagande ? Pas forcément, car le même diplomate ajoute, avec une surprenante franchise : “S'ils nous prennent au sérieux, c'est parce qu'ils savent que nous avons vraiment travaillé et que, cette fois, on ne leur raconte pas de bobards”. Oui, “cette fois”, vous avez bien lu. Un aveu qui n'a l'air de rien mais qui, en fait, change radicalement la donne. Pour la première fois depuis très longtemps, notre diplomatie fait l'effort d'être crédible, au prix d'un recours inédit à l'autocritique. Stupéfiant, à quel point les gens peuvent changer… On verra si les Algériens sont capables de négocier des virages aussi spectaculaires. Pour l'instant, ils s'en tiennent à leurs arguments classiques - auxquels les Marocains, décidément studieux, ont peaufiné de jolies parades.

Argument-clé de l'Algérie : “La proposition marocaine n'est pas conforme avec la légalité internationale et le principe de l'autodétermination”. Faux, répond le Maroc. Et de brandir la résolution 1541 du Conseil de sécurité, paragraphe 4 : “L'indépendance, l'intégration ou l'acquisition de tout autre statut politique librement décidé par un peuple constituent, pour ce peuple, des moyens d'exercer son droit à disposer de lui-même”. Plus simplement, l'autodétermination, ce n'est pas forcément l'indépendance totale ou l'intégration totale. Ça peut être n'importe quelle autre option, pourvu qu'elle soit agréée par les parties. Qu'à cela ne tienne, “la proposition marocaine est unilatérale”, clame Alger. En effet, répond Rabat. Mais comme son nom l'indique, c'est une proposition, et une proposition émane forcément de quelqu'un. La solution, par contre, devra être mutuellement acceptée. Autre chose ?
A dire vrai, en attendant qu'ils renouvellent leur stock d'arguments (ce qui ne saurait tarder), les Algériens n'ont plus grand-chose à objecter. Si ce n'est ceci : “Le Maroc ne peut pas assumer une expérience d'autonomie”. Comprenez : le système-Makhzen n'est pas assez démocratique pour ça, lui dont l'histoire est faite de tortures, de disparitions forcées, et d'atteintes aux droits de l'homme en tous genres. Sur ce dernier point, les Marocains déroutent encore en jouant la modestie, voire… la contrition. “Oui, c'est vrai, notre pays n'est pas encore une démocratie achevée, avouent-ils. Mais quel pays de la région l'est vraiment ? Contrairement à nos voisins (suivez notre regard…), nous, au moins, nous avons lancé un processus de réformes”. Et de convoquer l'IER, l'IRCAM, la Moudawana, la loi sur les partis, la liberté de la presse… Certes, il y aura toujours des imperfections à pointer dans chacune de ces réformes (et notamment la dernière). Mais au moins, elles ont l'avantage d'exister et de démontrer que la démocratisation du royaume, à défaut d'être achevée, est un processus en cours. “Ce processus est un atout qui conforte notre position”, résume un haut responsable du ministère de l'Intérieur…

C'est bien possible, mais ça ne suffira pas. Dit crûment, ce n'est pas parce que l'Algérie est (relativement) moins démocratique que le Maroc que les puissances occidentales cesseront d'acheter son pétrole et son gaz, et de lui vendre des armes. La géopolitique ne s'est jamais encombrée de considérations morales, et sur ce coup là, les Marocains se bercent d'illusions. Hier comme aujourd'hui, et comme demain, les grandes puissances, celles qui comptent à l'ONU, tâcheront de maintenir des relations équilibrées avec le Maroc et l'Algérie, parce que cela sert leurs intérêts économiques et financiers. L'argument ultime du Maroc (“le pourrissement de la situation au Sahara pourrait engendrer un risque sécuritaire, vu que les groupes terroristes pullulent dans le Sahel”) a une limite : l'immensité de ce même Sahel, et donc l'impossibilité de le contrôler, que le problème du Sahara soit réglé ou pas.

Alors, les arguments des Marocains sont-ils plus solides que ceux des Algériens ? Cela revient en fin de compte à se demander si le Maroc est plus solide que l'Algérie. Et la réponse est non, pas plus que le contraire.

4. Et maintenant, que va-t-il se passer ?
Alger n'a pas attendu sa publication pour le claironner : “L'initiative marocaine est mort-née, car elle ne fera jamais l'objet de négociations”. Là-dessus, on pourrait penser les Marocains coincés. Après tout, personne ne peut obliger quelqu'un à discuter s'il n'en a pas envie, et stigmatiser la mauvaise foi de l'autre est un exercice qui a ses limites, surtout quand l'autre se bute. Les Marocains en savent quelque chose, eux qui ont abusé de cette technique pendant plus deux décennies… Le contre argument (l'article 33 de la Charte des nations Unies qui stipule que “les parties à tout différend (…) doivent en rechercher la solution, avant tout par voie de négociations”) est plutôt maigre (même si dans le document de plaidoyer de la “dream team”, les mots “doivent” et “négociations” sont en caractères gras et soulignés).

Du reste, l'Algérie a déjà une parade à toute épreuve, qui fonctionne impeccablement depuis le déclenchement du conflit, il y a plus de 30 ans : “Nous ne sommes pas une partie du conflit, c'est au Front Polisario, seul représentant légitime de la population sahraouie, de décider de son avenir”. C'est d'une mauvaise foi confondante, vu que le Polisario, depuis le début, campe sur le sol algérien et ne survit que grâce au soutien de l'Algérie. Mais ça marche quand même. Ce sera donc au Polisario de répondre à la proposition marocaine. D'ores et déjà, on peut prévoir que Mohamed Abdelaziz et son appareil politique auront beaucoup de mal à dire autre chose que “non”, puisque c'est ce qu'ils répètent depuis que l'idée de l'autonomie est dans l'air. Allons-nous inévitablement vers une impasse ?

Pas forcément… et c'est là où intervient le membre le plus discret de la “dream team” : Mohamed Yassine Mansouri, patron de la DGED (Direction générale des études et de la documentation), et à ce titre premier espion du royaume. Pourquoi cet homme, normalement astreint à la plus grande discrétion, a-t-il été depuis le début sur le devant de la scène ? Sans doute parce que, des quatre, il est celui qui connaît le mieux le Polisario de l'intérieur. Il est donc en position, si Abdelaziz et l'appareil séparatiste officiel se braquent (ce qui semble déjà acquis), de trouver d'autres interlocuteurs pour négocier l'autonomie. Nouveaux transfuges en vue ? “Du tout, rétorque un haut responsable sécuritaire marocain. Aujourd'hui, nous n'avons pas besoin de transfuges, mais uniquement de gens de bonne volonté qui accepteraient de s'asseoir autour de la même table que nous”. Y en a-t-il, et de calibre suffisamment gros, pour crédibiliser des négociations sous auspices internationaux ? “Oui, répond la même source. Beaucoup de jeunes et de leaders sahraouis, à Tindouf et en Europe, sont prêts à ouvrir le dialogue avec nous”. Il n'est pas interdit de penser à Mahjoub Salek, porte-parole du mouvement dissident Khat Achahid qui avait déclaré, il y a quelques mois à TelQuel, être prêt à dialoguer avec les Marocains. Qui d'autre ? Le sourire poli de notre interlocuteur se comprend sans peine : donner des noms consisterait à les griller instantanément. Mais le terreau, indéniablement, existe. Le Polisario a beaucoup de problèmes internes, depuis quelque temps. C'est la seconde année de suite, notamment, qu'il repousse son congrès, censé être l'occasion de renouveler ses élites dirigeantes. Aujourd'hui, à Tindouf, de plus en plus de cadres du mouvement s'élèvent contre la toute puissance de Abdelaziz et de son clan, mais sans endosser les thèses marocaines pour autant. Comment mieux secouer l'inamovible leader que de prendre langue avec les Marocains dans son dos ? Les semaines qui viennent pourraient réserver quelques surprises…

Reste à envisager un dernier cas : et si Abdelaziz, conseillé par une Algérie soucieuse de renverser la vapeur, acceptait de s'asseoir à la table des négociations… avec pour unique intention de les faire capoter à force d'intransigeance ? Pour le Maroc, l'effet boomerang serait assuré - et dévastateur. A moins que les négociateurs du royaume se montrent patients et habiles. Jusqu'à présent, ils l'ont été. Continueront-ils ? La bataille commence à peine, et ça va se jouer à l'endurance...



Plan d'autonomie. Ce que ça va changer

C'est entendu, ce plan n'en est pas un. Il se contente de dresser le cadre de négociations futures. Un cadre souvent généreux, mais parfois aussi ambigu…



virginité..est-ce encore un tabou?

20/08/2007 15:18 par juste-1980

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    virginité..est-ce encore un tabou?

    20/08/2007 15:18 par juste-1980

Société.
Virginité. Est-ce encore un tabou ?

(TNIOUNI / NICHANE)

Pour les jeunes Marocaines, arriver “intacte” au mariage reste un puissant impératif social. Celles qui passent outre sont pourtant de plus en plus nombreuses… mais rares sont celles qui osent l'avouer, et encore moins l’assumer. Quant à le revendiquer, n'en parlons même pas…


La scène se passe dans l'un des pubs branchés de Casablanca. Adil, la trentaine, est accosté par une jeune fille qui le trouve “mignon” (elle le lui dit sans façons) et qui aimerait absolument “tenter quelque chose, pourquoi pas dès ce soir” (elle le lui dit aussi, les yeux dans les yeux).

Adil se laisse facilement convaincre, surpris que la jeune femme, 22 ans, plutôt BCBG, puisse être aussi directe. À 3 h du matin, voici que le couple improvisé se dirige vers le domicile de la fille - à sa demande. “À 6 h, après avoir fait notre affaire, elle m'a littéralement mis à la porte”, raconte Adil, encore sous le choc d'une telle audace.

Des filles “qui couchent”, il en a vu. Mais des comme celle-là, assumant leur sexualité avec autant de naturel - aussi facilement qu'il l'assumerait lui, pour tout dire - c'est quand même nouveau…

Dire que les toutes jeunes Marocaines d'aujourd'hui mènent une vie sexuelle décomplexée serait bien entendu une généralisation abusive. Cela dit, l'évolution des mœurs est de plus en plus perceptible. De l'avis de Adil et de ses nombreux semblables, celles qui attendent le feu vert des adouls pour passer à l'acte sont en passe de devenir une rareté. “Socio-statistiquement” parlant, les raisons sont faciles à imaginer : l'âge du mariage qui recule parallèlement à l'autonomisation croissante des femmes, les conditions économiques qui font que… Mais ce n'est quand même pas aussi simple que cela en a l'air.

Déjà, celles qui défrichent ce nouveau terrain des mœurs se recrutent dans une certaine catégorie, strictement urbaine, relativement aisée et consommatrice de loisirs. Si on les rapporte aux 15 millions de femmes Marocaines, il ne s'agit que d'une petite minorité, dont la perception moderne de la morale est à quelques années-lumière de celle du Maroc profond.

Amine, cadre supérieur de 32 ans, ne connaît qu'elles. “Une fille vierge, ça n'existe plus”, tranche-t-il sans ambages. Pour ce noctambule averti, la virginité est devenue une exception qui suscite l'étonnement, voire… un handicap ! “Avant, les filles avaient honte de dire qu'elles n'étaient plus vierges. Maintenant, ce sont celles qui le sont encore qui deviennent la risée de leurs copines”, soutient-il.

“La suite logique des choses”

Plus qu'une tradition “dépassée”, la virginité, pour les jeunes femmes des classes moyennes urbaines, est désormais perçue comme difficilement compatible avec la nouvelle réalité sociale. L'âge du mariage pour les femmes est désormais de 27 ans, sans doute la moyenne la plus élevée jamais enregistrée dans l'histoire du Maroc. Quant à la mixité, elle est inévitable dans l'espace public et professionnel. Ce n'est pas tant que les jeunes Marocaines “couchent” plus facilement parce qu'elles ont pris conscience de leur droit à une vie sexuelle aussi libre que celle des hommes. Mais le soubassement de l'impératif traditionnel de virginité (préserver sa “pureté” pour le futur mari) est de moins en moins soutenable. D'abord, elles n'ont plus besoin d'un mari pour être financièrement autonomes de leurs parents. Et puis, une question toute simple : et si le mari n'arrivait jamais ?

Beaucoup finissent donc logiquement par franchir le pas. “J'ai toujours su que je perdrais ma virginité le jour où je rencontrerai la bonne personne. Je l'ai fait à 25 ans et je ne le regrette pas”, témoigne Halima, 30 ans, célibataire. Pour Halima, la perte de la virginité n'a pas été une reddition à la réalité socio-économique, mais un choix assumé, dicté par l'envie de vivre pleinement sa sexualité. D'autant plus que “la bonne personne” avec qui elle a franchi le pas était un homme marié… “Il me plaisait et je me sentais bien avec lui. Alors, je ne me suis pas posé trop de questions”, explique-t-elle. Safae, la trentaine, cadre dans le privé, vit la chose d'une manière encore plus détachée : “Cela fait dix ans que je ne suis plus vierge. Et franchement, cela ne m'a jamais inquiétée, lance-t-elle avec le sourire. Je me rappellerai toujours de ce qu'un psy m'avait dit un jour : on ne perd pas sa virginité, on gagne en civilité”. D'autres jeunes femmes choisissent de perdre leur virginité parce qu'elles se sentent bien et épanouies avec leurs partenaires, et que “c'est la suite logique des choses”. Et le mariage, est-ce pour elles “la suite logique de la suite” ? Même si elles ne l'admettent pas facilement, l'idée est souvent là, tapie dans une sorte d'inconscient collectif encore difficile à évacuer totalement. On est encore loin d'un scénario à l'européenne, où les jeunes femmes trouveraient naturel de découvrir leur sexualité aussi tôt que possible.

Celles qui franchissent le pas gardent toujours un souvenir marquant de “la première fois”. Pour les plus chanceuses, c'est le modus operandi qui, a posteriori, les aide à surmonter une mauvaise conscience quasi instinctive. “Je n'ai pas eu mal. Cela s'est fait sur plusieurs fois et très doucement”, affirme Hasna, 30 ans. Ce n'est pas le cas de Zineb, 38 ans, aujourd'hui mariée, qui garde un souvenir franchement désagréable de sa première expérience. “J'ai été traumatisée. Je n'arrivais pas à dépasser mon angoisse par rapport à l'éducation que j'ai reçue. Mes regrets ne se sont complètement estompés qu'après un long voyage en France, et après avoir constaté la liberté dont jouissent les Européennes. Ce n'est qu'après avoir vu ça que je suis réellement arrivée à couper le cordon”.

Amal Chabach, sexologue à Casablanca, explique qu'il reste difficile pour une Marocaine d'assumer une sexualité épanouie, même après avoir perdu sa virginité. “A l'égard de la sexualité préconjugale, notre société cultive un triple interdit : éducationnel, religieux et légal. Comment voulez-vous ne pas culpabiliser dans ces conditions ?”, s'indigne-t-elle.

Reste que, même si la culpabilité est dépassée, l'espoir du mariage est toujours présent, en inéluctable trame de fond. C'est juste qu'un autre espoir s'y superpose : celui de tomber sur un mari “qui m'acceptera comme je suis”. Comprenez “malgré mon handicap”. Dur, dur, de dépasser complètement le traumatisme du “triple interdit”… Heureusement, de plus en plus d'hommes n'en font plus une affaire de principe. Il est vrai que le concept de mariage a aussi évolué. L’intervention des parents dans le choix de la promise n’est plus aussi décesif qu’elle l’était. L’homme, soumis à moins de pression, a désormais plus de latitude pour choisir seul sa fiancée, vierge ou pas. “La virginité reste toujours associée au mariage, explique le sociologue Jamal Khalil. Si elle n'est plus autant exigée, c'est parce que la question ne se règle plus entre les familles, mais au sein du couple”.

Qu'en pensent les hommes ?
Le rite moyenâgeux du seroual tâché de sang qu'on exhibe à la sortie de la chambre nuptiale comme preuve de la “bonne conduite” de la nouvelle mariée a, heureusement, quasiment disparu. Pourtant, beaucoup d'hommes, même parmi ceux qui se disent “modernes”, avouent n'envisager épouser qu'une vierge. “Dans un focus group, j'avais demandé à un jeune cadre s'il était prêt à se marier avec une fille qui avait déjà eu une expérience sexuelle. Il m'a répondu qu'il 'pourrait lui pardonner'”, raconte la sociologue Soumia Nouamane Guessous. Pas de raison que les hommes soient moins marqués par leur éducation que les femmes…

En réalité, le regard que portent les Marocains sur les filles dépucelées comporte un curieux paradoxe. Au sujet de l'impératif de virginité, beaucoup affichent une incontestable ouverture d'esprit. Dans le même milieu social, toujours (urbain, classe moyenne), de plus en plus d'hommes admettent qu'il est injuste de demander aux filles de rester vierges, alors que la réciproque n’est pas exigée des hommes - bien au contraire. Mais ceux-là sont encore loin de constituer la majorité. Hanane en sait quelque chose. Quand Karim a demandé sa main alors qu'ils n'avaient pas encore consommé, elle avait trouvé ça légèrement désuet mais “romantique”. “Par honnêteté”, elle lui a annoncé qu'elle n'était plus vierge. “Quand je lui ai dit ça, raconte-t-elle, il a serré les lèvres, puis m'a dit qu'il 'n'avait pas de chance', mais que ce n'était 'pas grave'. J'ai immédiatement rompu”. Réalisant sa bourde, le prétendant l'a harcelée au téléphone de longs mois durant. Mais Hanane n'a pas cédé. “Il a dit tout haut ce que beaucoup d'hommes pensent tout bas. Dans un sens, il m'a rendu service. Imaginez que je n'aie découvert sa vraie mentalité qu'après le mariage”, frémit-elle.

Encaisser des remarques blessantes, c'est peut-être le prix à payer par celles qui ont choisi d'afficher sans détours leur droit à la sexualité. “Ça veut dire quoi, la virginité ? Si c'est ne jamais avoir couché avec un homme, dans ce cas, aucune Marocaine n'est vierge”, se révolte Hasna. Car, c'est bien connu, on peut avoir une vie sexuelle des plus délurées sans perdre sa virginité pour autant. Obnubilées par le discours de leurs mères, les pressant de “préserver le 'trésor' qu'elles ont entre les jambes” (sic !), nombreuses sont les jeunes Marocaines à offrir leur corps à tous les plaisirs… sauf à la pénétration. Sodomie, fellation, frotti-frotta (aussi connu sous le sobriquet de “pinceau”)… tout est envisageable, pourvu que le sacro-saint hymen soit préservé. Et les hommes, qu'en pensent-ils ? “Tant qu'ils éjaculent, ils sont contents”, tranche Hind, 24 ans et grande adepte du “bricolage” sexuel. Mais Hind, elle, est-elle “contente” ? A cette question, nous n'aurons qu'une moue peu convaincue en guise de réponse… “L'épanouissement sexuel devient important pour les femmes aussi, assure Jamal Khalil. Ce n'est pas encore la norme, mais c'est une tendance qui progresse”. Ajoutons : dans la difficulté, parce que les hommes, de leur côté, ont du mal à s'habituer aux nouvelles exigences de leurs partenaires, hier encore majoritairement vierges. “J'ai plaqué mon copain parce qu'il était égoïste au lit, et ne recherchait que son propre plaisir”, raconte Halima. Il est loin le temps où elle se sacrifiait pour ses partenaires, juste “pour qu'ils sentent que je les aime”. Zineb, 28 ans, résume parfaitement cette évolution : “Au fil des expériences, on n'est plus gourmand mais on devient gourmet. C'est très différent”.

L'hypocrisie familiale
La famille, évidemment, reste le premier frein à une sexualité féminine pré-conjugale épanouie. Rares sont celles qui osent vivre seules, même si elles sont autonomes financièrement. La pression de la famille et du qu'en-dira-t-on reste très forte, tous milieux sociaux confondus et quel que soit l'âge de la jeune femme. D'après une enquête du quotidien l'Economiste, 62% des jeunes Marocaines considèrent “compliqué” d'avoir un flirt, jugeant que les principaux obstacles sont la famille (43%) et le voisinage (23%). Compliqué, mais pas impossible. Il suffit de se conformer à une autre “norme suprême” largement en vogue au Maroc : l'hypocrisie. Comme dit le proverbe, “si l'œil ne voit pas, le cœur ne souffre pas”… Les familles, surtout les mères, ne sont pas dupes. Elles se doutent bien que leurs filles ont une vie sexuelle, mais ne peuvent plus se permettre, comme cela se faisait naguère, de les mettre en demeure de quitter la maison si elles ne renoncent pas à la “débauche”. Elles pourraient bien les prendre au mot… Même une approche moins dramatique, qui consiste simplement à “en parler”, est généralement proscrite par les mères de famille. Leurs effrontées de filles pourraient bien, tout simplement, leur dire la vérité… et faire voler en éclats leur référentiel culturel. “Je ne peux pas en parler avec ma mère, malgré la complicité qui nous lie, se désole Halima. Elle serait instantanément persuadée que c’est à cause de la perte de ma virginité que je suis toujours célibataire, et le vivrait comme un drame”.

Le faire, donc, mais ne jamais l'avouer. Et pas qu'aux mères ! Selon la même enquête de l'Economiste, 67% des Marocains mâles disent avoir eu des relations sexuelles avant le mariage, alors qu'une proportion voisine de filles affirme… le contraire ! Selon une autre étude, pilotée par le Pr Nadia Kadiri, psychiatre au CHU Ibn Rochd, 98% des Marocaines de 20 ans et plus estiment que l'impératif de virginité avant le mariage est… “une règle sociale à préserver” ! Au-delà de la perplexité que peut susciter une hypocrisie aussi générale, ce chiffre laisse pointer une sérieuse inquiétude pour l'avenir : non seulement ces jeunes femmes mentent effrontément sur leur sexualité… mais elles semblent d'ores et déjà prêtes à éduquer leurs filles comme leurs mères les ont éduquées. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, et l'évolution socio-économique du Maroc étant, sauf accident de l'histoire, irréversible, la conclusion, hélas, s'impose : l'hypocrisie sur la virginité a encore de beaux jours devant elle !


 


Paroles de femmes.

Leila, 31 ans, directrice de communication
“Je n'ai jamais considéré l'hymen comme quelque chose de précieux que je devais préserver pour mon mari. Une fille vierge est une fille dont aucun homme n'a vu le corps. Et cela n'existe plus. Je n'ai pas honte de dire que je couche parfois avec des mecs juste pour le plaisir. J'assume pleinement ma vie sexuelle. Si un garçon me plaît, je lui dis clairement que j'ai envie de lui. Mais je sens que cela choque encore, même les filles les plus émancipées”.

Salima, 27 ans, avocate
“Je ne sais pas ce que c'est que la virginité. J'ai été violée à l'âge de 12 ans. Adulte, j'ai eu quelques aventures amoureuses, mais aucune n'a abouti au mariage. Je sens que c'est mon passé qui en est la cause. Chaque fois que je couche avec un homme, je culpabilise. La virginité est un don du ciel. On me l'a volé. Je me sens amputée, souillée… et c'est pour cela que je suis maintenant dans une période d'abstinence. Ma dernière relation était avec un homme très sympathique, mais qui ne voulait pas se marier. J'ai fini par laisser tomber, car cela n'avait aucun sens, aucune finalité”.

Hasna, 30 ans, cadre
“Mes relations amoureuses sont conflictuelles. Je n'arrive pas à me retrouver depuis la fin de ma première expérience, celle où j'ai perdu ma virginité. Je suis restée avec un homme pendant trois ans avant de découvrir qu'il était marié. Depuis, je crois que j'ai totalement perdu confiance. Des hommes, j'en ai connu, mais aucun ne pouvait remplir le vide laissé par le premier. Je lui en veux, parce qu'il était beaucoup plus proche de moi que n'importe qui. Quand je couche avec quelqu'un, je sens que c'est pour me venger de lui”.

Leila, 34 ans, sans emploi
“Je suis vierge, dans le vrai sens du terme. Aucun homme ne m'a jamais touchée, même pas pour un bisou sur la bouche. Avoir une sexualité avant le mariage est contraire à mes principes et à ma religion. Ma virginité, j'y tiens, quitte à rester seule jusqu'à la fin de mes jours. Pour moi, c'est le meilleur cadeau qu'on puisse offrir à son époux. Quant j'ai des pulsions sexuelles, je me masturbe. Mais jamais je ne céderai à la tentation. La virginité est pour moi une fierté et je n'ai pas honte de le dire autour de moi. Celles qui passent à l'acte ne valent pas mieux que des prostituées. Puisse Dieu les ramener à la raison”.

 


Paroles d'hommes.

Adil, 31 ans, homme d'affaires
“J'aimerais bien tomber sur une fille sérieuse, même si elle n'est pas vierge. L'important, c'est qu'elle soit sincère et cohérente dans ses idées. Ce que je redoute le plus, ce sont les filles qui affichent une ouverture à l'européenne, mais qui deviennent des épouses castratrices après le mariage. Je ne veux pas être dupé. Les filles sont très compliquées. Si tu leur expliques dès le départ que tu veux uniquement t'amuser, elles te suivront sans problème. Si tu commences à leur dire que tu es sérieux et que tu veux te marier, elles feront tout pour ne pas arriver au lit, te laisseront languir pendant plusieurs mois et te diront à la fin qu'elles sont toujours vierges et donc, qu'elles ne se donneront qu'après le mariage”.

Hamza, 29 ans, chef d'entreprise
“Je sors avec des filles clean, pas bnat zenqa (des filles de la rue). C'est plus simple d'avoir une sexualité épanouie dans une relation sérieuse. La virginité ? Je m'en fous. J'ai vécu deux expériences de concubinage et cela s'est très bien passé. Le courant passe facilement avec les filles ouvertes d'esprit qui ont fait des études à l'étranger. Et puis, arrêtons de nous fier aux apparences. Une fille qui s'amuse n'est pas forcément une salope. Elle ne va pas croiser les jambes en attendant le prince charmant”.

Amine, 33 ans, cadre
“Les filles d'aujourd'hui sont facilement abordables. Avant, il fallait sortir avec une fille pendant des mois pour pouvoir espérer quelque chose, un simple frotti-frotta dans le meilleur des cas. Maintenant, elles sont plus ouvertes et savent ce qu'elles veulent. Une soirée galante, quelques verres, et le tour est joué. Parfois, certaines te proposent carrément de les accompagner chez elles. Cela ne me surprend pas. Au contraire, elles me facilitent la tâche”.

 


Mentalités. L'hymen, ce “bijou précieux”

La réfection de l'hymen, “hyménoplastie” de son nom scientifique, a fait la fortune de beaucoup de chirurgiens marocains. Cette pratique, qui consiste à “recoudre” la membrane pour la ramener à son état initial, permet aux filles dépucelées, littéralement, de “se refaire une virginité” pour mieux duper de futurs maris un tantinet conservateurs. Et le marché est plutôt juteux. Pour les jeunes femmes qui cherchent à effacer une ou deux expériences “coupables”, le tarif oscille entre 3000 et 4000 DH, et l'intervention peut être effectuée la veille de la nuit de noces. Celles qui ont eu une activité sexuelle régulière doivent en revanche subir une opération plus lourde, au moins un mois avant la nuit de noces, et le prix peut aller jusqu'à 10 000 DH.
Bien que répandue, l'intervention reste illégale. Comme l'avortement, elle se fait dans l'arrière-boutique des cabinets de gynécologues ou de généralistes. Une clandestinité qui joue, bien entendu, à la hausse sur les prix. Mais selon les gynécologues que nous avons consultés, la pratique serait en perte de vitesse. La chose se pratiquerait nettement moins que dans les années 80 ou 90, “parce que les habitudes sexuelles ont changé”.
Un gynécologue raconte qu'il a un jour reçu un homme barbu, terrorisé que sa petite fille de 6 ans, dont le bas-ventre avait été accidentellement percuté par le guidon d'un vélo, ait… perdu sa virginité ! “Ce genre de névrose est très rare chez les gens issus de catégories sociales plus aisées”, précise notre gynéco. Une dame de la haute bourgeoisie lui avait un jour amené, pour une consultation, sa fille de 14 ans, qui avait utilisé un tampon hygiénique. “Mais la mère était beaucoup moins inquiète d'une éventuelle perte de virginité que d'une infection”. Ouf !

 


Au-delà de l'“avant-garde” citadine…
La misère sexuelle reste la norme


“àl'adolescence, les garçons et les filles découvrent leurs corps, subissent des pulsions, mais dans le silence le plus total. Adulte, le garçon est prisonnier du “syndrome de la virilité” qui le pousse à maintenir son érection coûte que coûte, plutôt qu'à rechercher le plaisir. Quant à la fille, habituée à la négation de son corps, elle sera incapable d'assumer sa féminité en dehors de la maternité”. L'analyse - lapidaire - est de la sociologue Soumia Nouamane Guessous, à laquelle on doit le fameux Au-delà de toute pudeur (Eddif), plus grand best-seller marocain de tous les temps. Elle démontre que l'indigence sexuelle dramatique dans laquelle vivent la grande majorité des Marocains (hors de la timide “avant-garde” urbaine de la classe moyenne) est, tout simplement, une affaire d'éducation. La “hchouma” qui entoure le sujet engendre toujours d'innombrables dégâts sur le rapport au corps, à la virginité, au plaisir. Selon une étude du Pr Nadia Kadiri, psychiatre au CHU Ibn Rochd de Casablanca, 68% des Marocaines n'ont jamais reçu d'éducation sexuelle d'aucune sorte avant d'avoir leurs premiers rapports sexuels. Pire, 31,5% des Marocaines pensent que l'éducation sexuelle est… néfaste pour les enfants ! La même étude montre que les relations sexuelles, chez les Marocaines, sont d'abord motivées par le besoin de procréation (70,3%) ou par la recherche de la satisfaction du mari (28,2%). La quête du plaisir n'est mentionnée que par un misérable taux de 1,3% des sondées. Les Marocaines étant majoritairement persuadées que les hommes ont plus d'expérience qu'elles, se laissent faire sans jamais exprimer leurs désirs. Mais les hommes ne sont pas, loin s'en faut, exempts de névroses sexuelles. La plus fréquente : la forte angoisse de ne pas maintenir leur érection assez longtemps. Quant au plaisir féminin, il est, pour la plupart des Marocains (femmes comprises !), entouré du plus grand mystère. Résultat, pour le Pr Kadiri : “Chez les Marocains, le sexe se traduit très rarement par un véritable partage. On ne pourra pas envisager d'éveil sexuel tant que les Marocaines et les Marocains ne recevront pas une éducation sexuelle dans leur première jeunesse”.

 


Lexique. Brutal langage

S’agissant de la virginité féminine (ou de son absence), les Marocains ont un lexique particulièrement riche… et brutal. On dira ainsi d'une fille vierge : mazala bent (“c’est encore une fille”), baqa nqia (“elle est encore propre”), ma 3ammarha daqtou (“elle n’y a jamais goûté” - en référence au pénis) ou encore le très élégant baqa f'mikt'ha (“elle est encore dans son emballage”). Quant à une fille dépucelée, les plus sobres diront d'elle wallat mra (“elle est devenue une femme”). Quant aux autres, ils auront le choix, pour la qualifier, entre les adjectifs mahloula ou mserrha (“ouverte”), metqouba (“trouée”) et mefrou3a (“éclatée”). Terrible… et édifiant !

me rachid ahmed-clinique koutoubia le 27/03/2007-

17/05/2007 22:59 par juste-1980

  • me rachid ahmed-clinique koutoubia le 27/03/2007-

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    17/05/2007 22:59 par juste-1980

soufiane+hanae

05/05/2007 19:34 par juste-1980

  • soufiane+hanae

    soufiane+hanae

    05/05/2007 19:34 par juste-1980

barhom+ soufiane

05/05/2007 19:33 par juste-1980

  • barhom+ soufiane

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    05/05/2007 19:33 par juste-1980

hahiya tani

24/04/2007 01:02 par juste-1980

  • hahiya tani

    hahiya tani

    24/04/2007 01:02 par juste-1980

alice 2007

24/04/2007 01:01 par juste-1980

  • alice 2007

    alice 2007

    24/04/2007 01:01 par juste-1980

alice 2007

24/04/2007 00:59 par juste-1980

  • alice 2007

    alice 2007

    24/04/2007 00:59 par juste-1980

22/04/2007

24/04/2007 00:05 par juste-1980

  • 22/04/2007

    22/04/2007

    24/04/2007 00:05 par juste-1980